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"Jeune et jolie", Ozon n'est pas Bunuel (mais qu'est-ce qui plait tant à la presse dans ce film?)

Par Vierasouto

sélection officielle/CANNES2013



Pitch.
Une adolescente va passer d'un dépucelage décevant en été à la prostitution de 5 à 7 manière "Belle de jour". Et pourquoi donc la jouissance d'une jeune fille de 17 ans passerait par des relations tarifiées avec des vieux (le film tente de rationaliser le fantasme)?

  Ci-dessous, mes impressions à la sortie du film en mai au dernier festival de Cannes. Cependant, une remarque : je lis ici et là, dans la presse (en vacances...) précédant la sortie en salles, une critique unanime sous le charme et du film et de la jeune actrice (assez moyenne, de mon point de vue)... A croire qu'on n'a pas vu le même film ou que le souvenir du film est embelli dans la mémoire de pas mal de critiques ciné...
Le film de Ozon est une tentative maladroite de greffe sur les problèmes d'adolescence du thème du célèbre "Belle de jour" de Bunuel, on y voit d'ailleurs une scène sosie de celle où Sévérine est allongée après une passe avec un client à mine patibulaire, la femme de chambre la plaint, elle lui répond "qu'est-ce que tu en sais?"... Ici, l'héroïne, Lea, prendra un air entendu sans un mot... Bref! N'est pas né le réalisateur qui fera un "Belle de jour" de nos jours.
Ca démarre banalement avec la rationalisation de l'histoire : en été, en famille recomposée, la mère, le beau-père, le petit frère, Isabelle, une jeune fille de 17 ans, découvre sa sexualité ; draguée par un allemand de son âge, elle accepte de coucher avec lui pour que "ça soit fait" mais quelle déception que cette première fois gauche... Retour à Paris en automne, Isabelle est devenue Léa, étudiante en lettres aux heures ouvrables, prostituée en fin d'après-midi, comme la Sévérine de "Belle de jour". Si l'argent semble le moteur, le danger de l'inconnu (frapper à une porte d'hôtel, découvrir un inconnu) est la pulsion première. Sans doute aussi, la distance que confère l'argent permet à Léa d'accéder à la sexualité pure sans sentiments.
Mais un jour, l'accident d'un client âgé qu'on voit venir gros comme une boite de Viagra dans une salle de bain. Léa démasquée par la police, sa mère dévastée, redevient Isabelle (en hiver) avec un nouveau petit ami de son âge qui ne convient pas plus que l'allemand du départ. Il y a aura donc un printemps...
Pour la troisième fois, Ozon a choisi des chansons de Françoise Hardy. Le grand défaut du film, c'est de vouloir expliquer les méandres psychologiques pervers de l'adolescence, pire, de décrire la génération d'aujourd'hui nourrie aux vidéos porno sur internet qu'Ozon tente de comprendre... (Sans parler de l'erreur d'Ozon de rationaliser, décrypter, les fantames féminins, Bunuel avait pris le parti inverse de maintenir en apnée l'opacité des fantames de Séverine, suscitant durablement le trouble et le malaise). En conséquence,  l'absence de mystère, le grand absent du film...

 


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