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Culpabilité.

Publié le 19 août 2013 par Encoreunblogdemere

Je pose un pied sur le parquet de sa chambre, et entre par la porte entrouverte. Dans la pénombre, la petite veilleuse rondouillarde émet une lumière rosée et rassurante, et l’odeur de bébé est partout dans la pièce. J’entends sa respiration douce et mesurée, et rien d’autre que le silence douillet de l’heure de la sieste.

Je m’approche du lit à barreaux et la découvre endormie, tout contre son tour de lit. Je resterais bien là des heures si je n’avais pas peur de la réveiller, et de devoir tout recommencer…

Elle dort enfin, après une heure de lutte, de guerre des nerfs, de pleurs, d’allers/retours, de tentatives de cododo, de grondements, de mots qui sont allés plus loin que ma pensée. Rien qu’y penser, j’ai mal au cœur, j’espère qu’elle sait que je n’en pensais pas une phrase, pas une syllabe. Elle dort et j’ai peur qu’elle en garde de mauvais souvenirs, des traces de mon énervement, de ma fatigue et de sa frustration.

Je m’assieds au pied du lit, la tête dans les mains. Non, je n’en pensais pas un traître mot. Non, je ne voulais pas crier, ni lui faire peur. C’est tout le contraire de ce que je veux pour elle, d’un univers de douceur et de confiance.

C’est notre premier jour de vacances à toutes les deux. Et il tient plutôt de la bataille rangée entre une maman qui idéalisait son rôle de mère au foyer provisoire et un enfant de 22 mois en pleine crise d’opposition. Un enfant qui me réclame à peine couchée, à laquelle je réponds que je suis fatiguée.

« Tu vas dormir oui ? »

« Tu me saoules, dodo maintenant!  »

« Arrête de jouer avec mes nerfs, s’il te plait. »

Comment puis-je dire ça à mon enfant ?

Elle ne joue aucunement avec mes nerfs, en fait. C’est l’interprétation que je m’en fais. D’accord, elle cherche les limites, elle teste, mais je ne suis pas sure que crier à tout bout de champ réglera quelque chose. Ce n’est pas facile tout le temps, on m’avait prévenue. Je voulais tellement ce bébé, le parcours a été tellement difficile que je n’avais pas pensé à l’après.

J’ai un goût amer dans la bouche. La culpabilité. Ce n’est pas la première fois et je commence à la reconnaître. Elle semble avoir été livrée avec le bébé, amplifiée par la pression que je mets sur mes épaules, jour après jour.

Je lui murmure que je suis désolée. Que je l’aime et que ce n’est pas sa faute si maman est énervée. Elle bouge doucement dans son sommeil, le visage vers moi. Comme si elle savait déjà. 

J’étreins sa petite main, qui serre doucement mes doigts. Elle soupire et un léger sourire se dessine sur son visage de poupon endormi.

« Tu te juges beaucoup trop maman. Moi je t’aime comme tu es. »

Est ce que c’est comme ça que je pourrais l’interpréter ?


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