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Chronique d’une mort annoncée (envers de la Corse)

Par Borokoff

A propos de Les Apaches de Thierry de Peretti ★★★½☆

Andréa Brusque, François-Joseph Culioli - Les Apaches de Thierry de Peretti - Borokoff / Blog de critique cinéma

Andréa Brusque, François-Joseph Culioli

A Porto-Vecchio (Sud-Est de la Corse), en plein mois d’août, cinq adolescents passent clandestinement la nuit dans une luxueuse villa déserte qu’ils cambriolent en partie. Le lendemain débarque de Paris la propriétaire qui constate le larcin et fait appel à un ami à elle, promoteur immobilier un brin véreux pour ne pas dire petit caïd local qui va mener sa propre enquête et constater que deux fusils de grande valeur ont été dérobés. Commence alors la traque des voleurs qui projettent d’assassiner l’un des leurs,  soupçonné (à tort bien sûr) de vouloir les dénoncer…

Voilà une rentrée cinématographique que l’on pourrait qualifier de rêvée ou d’idéale, du moins que l’on n’espérait pas aussi prometteuse pour un mois d’août avec Les Apaches, polar sombre et profond qui convoque aussi bien Pasolini dans la photographie et les portraits de ces jeunes acteurs (aussi inconnus que très bons, tous) aux allures de beaux « ragazzi » bruns au teint hâlé que James Gray dans la solennité tragique de la longue scène du meurtre (point d’orgue du film) auxquelles les compositions de Cheveu ne sont pas étrangères. Pour écrire et réaliser son premier long-métrage, l’acteur, metteur en scène et réalisateur Thierry de Peretti (originaire d’Ajaccio) s’est inspiré d’un fait divers sanglant et tragique en Corse, l’assassinat par plusieurs jeunes d’un de leurs complices en janvier 2006 après le cambriolage d’une villa huppée qu’ils avaient commis tous ensemble. Le corps de la victime sera retrouvé deux ans plus tard, enterré dans la forêt de l’Ospedale.

Hamza Meziani - Les Apaches de Thierry de Peretti - Borokoff / Blog de critique cinéma

Hamza Meziani

Si le fait divers est ici prétexte à une reconstitution réaliste et détaillée, lente et minutieuse, tout l’art de De Peretti tient surtout dans sa capacité à nous faire réfléchir sur l’absurdité d’un tel crime, l’impossibilité aussi bien humaine qu’intellectuelle d’en comprendre les motifs, de pouvoir les justifier, à aucun moment. Avec distance et un art incontestable pour dépasser l’anecdote, le réalisateur décortique de manière passionnante le processus et les mécanismes psychologiques de peur et de paranoïa qui amènent trois jeunes à tuer l’un d’entre eux pour des motifs fallacieux.

Car l’engrenage meurtrier dans lequel Hamza, Jo et François-Jo (assez étoffés pour être captivants) tombent est autant le fruit de leur naïveté et de leur cupidité que d’une vanité (certitude d’être impunis du fait d’être en Corse) et d’une bêtise sans bornes qui confineraient au grotesque si elles n’avaient pas des conséquences aussi dramatiques. La chute du film confirme la sordidité du crime comme son inutilité totale. On est stupéfait et sonné pour ne pas dire K.O. par ce constat et cette équation terribles, cinglants qu’il faut faire : trois jeunes ont tué l’un des leurs parce qu’ils flippaient d’être balancés avant de revendre leurs fusils volés. Au-delà du spectaculaire, l’immense gâchis fait souffler à un spectateur la phrase « Tout ça pour cela… » en sortant. Quel meilleur résumé ?

Si Les Apaches fait penser, dans sa manière de mettre à distance un fait divers pour mieux en tirer sa « substantifique moelle », au dernier film de Lucas Belvaux, 38 témoins, c’est davantage à une œuvre littéraire que le film renvoie et au roman de Gabriel García Márquez (né en 1927) Chronique d’une mort annoncée (Crónica de una muerte anunciada,1981) même si la construction n’est pas la même ici puisqu’on suit les événements dans l’ordre chronologique et « en direct » alors que chez l’écrivain colombien, il s’agissait d’un flash-back.

On parlait du talent de cette jeune bande d’acteurs très larryclarkiens (le climat d’insouciance dans lequel ils baignent fait contrepoint à l’atrocité de leur crime), mais il faut saluer à nouveau leur composition comme la manière très spéciale dont l’acteur qui joue François-Jo dit par exemple ses dialogues avec cet accent corse et un débit très nerveux.

Lenteur de la mise en scène, tension, jeu irréprochable des acteurs, acuité du réalisateur, sens des détails et de la narration sont les ingrédients intrinsèques de la réussite de ce film, portait sans concessions de la Corse et de ses dérives, touristiques et immobilières notamment. « Moche, moche, moche » comme dit en passant dans Porto-Vecchio l’un de ses personnages du film. Quant à nous autres, conquis, on attend donc la suite avec impatience…

http://www.youtube.com/watch?v=VkRFBud8Mb0

Film français de Thierry de Peretti avec François-Joseph Culioli, Aziz El Haddachi, Hamza Meziani… (01 h 22)

Scénario de Thierry de Peretti et Benjamin Baroche : 

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½
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Mise en scène : 

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½
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Acteurs : 

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½
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Dialogues : 

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Compositions de Cheveu : 

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½
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