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Les envahisseurs

Publié le 20 août 2013 par Powwow
Les envahisseurs Les envahisseurs
  ichel Vincent les a vus.
Ces êtres étranges venus d'une autre galaxie qui ne se situe pas dans notre galaxie.
Il fait nuit, le jour est devenu noir, la noirceur des ténèbres a remplacé avec succès la clarté de la blancheur de la lumière du jour et Michel Vincent, en signe d'approbation, a allumé ses phares. Sa Plimoutte Sedan 1973 rose glisse sur l'asphalte noir de la route 49 en direction d'Ahwahnee, il est 29h45 du matin, tout est calme en ce premier mercredi jeudi lundi samedi mardi du mois de février octobre avril juin mai janvier septembre 1977 1974 1976 1975, je viens juste d'arrêter la date après moult hésitations, maintenant on est bons. Michel Vincent est terrassé par la fatigue, il cligne des yeux comme un clignotant cligne des phares, il baille si violemment que son maxillaire inférieur ne peut supporter le choc et manque de se rompre, il roule à vive allure, pressé qu'il est de rentrer chez lui pour prendre une douche chaude et se régaler ensuite d'un bol de 3 kilos de pop-corn nourrissant et de beurre de cacahuètes à la cuiller dans le pot comme chaque mardi soir; Michel Vincent aime ces moments de grâce où le beurre de cacahuètes et lui ne font plus qu'un. Michel Vincent est un esthète de 180 kilos. Michel Vincent est américain.
Las, si las, fatigué, si fatigué, Michel Vincent décide d'emprunter un raccourci si peu fréquenté qu'il est certain de n'y trouver aucun distributeur automatique de beurre de cacahuètes sur cette portion de route, il se résigne pourtant à devoir attendre d'être revenu chez lui pour s'adonner à son unique passion culinaire. La route qu'il emprunte n'est pas dans un bon état de circulation, les nids de poules y sont nombreux, comme en témoigne le panneau qu'il aperçoit dès le début du raccourci "This road where you are is not in good state of circulation, beware of many chicken's nests, this panel is to testify, believe it for the love of god". De fait, les roues de la Plimoutte s'enfoncent en de nombreux endroits dans le bitume, et Michel vincent est obligé de tenir le volant pour ne pas se retrouver dans le décor. Soudain, alors qu'il s'est arrêté pour reboucher avec un baril de goudron un nid de poules qui était si profond qu'on n'entendait pas un caillou atteindre le fond, Michel Vincent a le regard attiré par une lumière toute proche.  Une lumière tournante dira-t-il plus tard à son coach en art culinaire à base de beurre de cacahuètes, une lumière semblant avoir un effet gyroscopique.

Michel Vincent décide alors de laisser sa voiture qui est de toute façon tombée dans le nid de poule sans fond, et va voir à pieds de quoi il retourne, puis une fois retourné il se retourne encore une fois pour aller voir à pieds, Michel Vincent vient de faire un tour complet sur lui-même, c'est une ancienne technique des indiens Cherokee que son grand-père, un solide gaillard émigré du Minnesota, je sais on n'en a rien à foutre, lui a apprise dès son plus jeune âge. À cet instant, Michel Vincent ne regrette pas d'avoir plus ou moins fréquenté un grand-père de si bon conseil, un solide gaillard émigré du Minnesota, oui mais je fais ce que je veux. Pour s'approcher plus près sans être repéré, il enfile alors le costume de lapin en acrylique qui se trouvait dans la trousse de secours placée dans le coffre de sa voiture. Michel Vincent parvient à s'approcher à bonne distance de la lumière tournoyante, et ce qu'il découvre le fait frémir d'angoisse et le glace de stupeur. 

Un vaisseau est là, posé sur la route, de couleur blanche, et c'est de son sommet qu'émanent deux lumières orangées, juste au-dessus du poste de pilotage, croit deviner Michel Vincent. Mais sa surprise ne s'arrête pas là. Un être est resté dans le vaisseau, il est visible dans ce même poste de pilotage, et soudain Michel Vincent entend du bruit. À l'arrière du vaisseau, deux petits hommes verts s'agitent autour de curieux containers. Ils sont à quinze mètres de lui,  il est caché dans des fourrés à les observer, c'est là l'habitat naturel du lapin, pourrons-nous noter. Michel Vincent est alors témoin de la scène qui suit, comme il pourra en témoigner plus tard:

Deux êtres verts s'approchent de trois containers étranges posés sur le sol, chaque être semble en soulever un pour l'approcher près du vaisseau, il s'agit sûrement d'une matière hautement mystérieuse venue du fond du cosmos se dit Michel Vincent. Les containers approchés du vaisseau, une sorte de bras semble les soulever dans les airs comme par magie, puis ils sont happés par le vaisseau, et un fracas se fait entendre. Puis les mystérieux containers sont redescendus par le vaisseau, reposés à terre, les êtres verts montent sur le vaisseau qui s'en va. Michel Vincent n'en croit pas ses yeux, il est affolé et paniqué, il n'y a personne d'autre que lui qui soit témoin de cette scène pense-t-il, et il sait désormais qu'il va avoir du mal à convaincre d'autres gens de croire à son histoire si fabuleuse. Mais à peine est-il sorti de ses pensées et de son terrier qu'il voit le vaisseau qui s'en était allé à petite vitesse s'arrêter une vingtaine de mètres plus loin. Et le curieux ballet des petits hommes verts recommence, à l'identique. Deux êtres verts se sont extraits du vaisseau, ils s'approchent à nouveau de plusieurs mystérieux containers posés là, et leur activité reprend de la même manière. 

Pressé par la curiosité, et bien qu'un peu terrorisé, Michel Vincent décide d'en avoir le coeur net. Il décide alors de s'approcher de la scène qu'il regarde. Il marche jusque vers les deux êtres verts sortis du vaisseau, et ceux-ci, dès qu'ils voient Michel Vincent, semblent paniquer. Tout ceci démontre à Michel Vincent qu'il a bien assisté à une sombre cabale mystérieuse venue d'un autre monde. Les deux êtres verts sont décontenancés croit percevoir dans leur regard Michel Vincent, qui les apostrophe:

-Oh la, qui va là, qu'est-ce que vous faites? 
-Mais vous, qui êtes-vous et que voulez-vous? répond un des êtres venus d'une autre galaxie.
Les êtres étranges venus d'une autre dimension parlent parfaitement l'anglais-français, constate alors Michel Vincent.
-Mais je suis un terrien, je suis ici chez moi figurez-vous, et je vous vois depuis tout à l'heure ourdir un sombre complot qui vise à détruire la Terre, vils manants!
-Mais qu'est-ce qu'il dit ce con? Laissez-nous travailler tranquillement, on ramasse les poubelles et c'est déjà un job assez difficile pour pas en plus se faire emmerder par des connards! Et pourquoi vous êtes habillé en lapin espèce de con? Va cuver ailleurs sale ivrogne!
Michel Vincentne va pas devoir convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé.

Non.

Il va devoir convaincre sa femme en rentrant que putain, promis, il a rien bu hier soir.

C'est pas gagné.

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