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Chambre 2, Julie Bonnie

Publié le 30 août 2013 par Bouquinovore @bouquinovore

Chambre 2, Julie Bonnie Auteur: Julie Bonnie Titre Original: Chambre 2 Date de Parution : 29 août 2013 Éditeur : Belfond Nombre de pages : 185 Rentrée Littéraire 2013 Prix : 17,50€ 16,63€


Quatrième de couverture :Une maternité. Chaque porte ouvre sur l'expérience singulière d'une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes.
Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d'autres encore, compagnons d'une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normo/e. Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l'hôpital.
Un hommage poignant au corps des femmes, et un regard impitoyable sur ce qu'on lui impose.
Extrait Tous les matins, on commence par la chambre 2.
C'est comme ça, tous les jours pareil, sans exception, pour chaque équipe. La dame du 2 n'est jamais partie. Elle est là depuis plusieurs années, personne ne sait plus vraiment. Dans sa chambre, le temps s'est arrêté. On en rigole, parfois, avec les collègues. - Tu imagines, si on restait toute la journée à la 2 ? Peut-être qu'on ne vieillirait pas. - Avec un argument comme ça, on aurait plutôt intérêt à la louer... - Oui. Ça, au moins, ça nous changerait notre salaire ! Mais le travail nous appelle, alors arrêter le temps n'est pas d'actualité. Il faut avancer. Dans la salle de soins, je pose mes affaires. J'ai un panier rempli de bazar, des compresses, du désinfectant, des disques, mes demandes de congés, une clope. J'ai à manger dans un tupperware. Je n'aime pas dire «gamelle», signe que je ne suis pas encore adaptée. Il y a d'autres mots que je n'arrive pas à dire, comme «j'embauche», le truc «à» bidule, les «chefs». Quand j'ai posé mon panier, après être passée par les vestiaires pour mettre ma blouse vieux rose et avoir commencé à sentir des nausées parce que je ne supporte pas le travail, je dis bonjour les filles d'un ton enjoué, ou qui essaie de l'être. Et je sors mon sourire. Ce sont essentiellement des femmes qui travaillent en maternité, les hommes sont trop fragiles, le peu que j'ai croisés craquent très vite, ce n'est pas beau à voir. Les filles lèvent la tête, qu'elles ont plongée dans un grand seau d'eau sale, leurs visages sont dégoulinants - la nuit a été dure -, les yeux ont peur, mais me voir est un soulagement, elles vont pouvoir «me les passer», comme on passe le fusil dans les tours de garde. - Je te souhaite bien du courage. Je sais. J'aurai la même tête que vous ce soir. Douze heures dans la chair humaine, nue dans la neige, nue dans le feu, nue quand il est vital de se couvrir. Commence alors la présentation du service, chambre par chambre, femme par femme, âme humaine par âme humaine, drame par drame, vie par vie. En quelques mots : enfant, mort, anorexie, trisomie, hémorragie, déchirure, antécédents, pleurs, peurs, angoisse, nuit, crevasses, engorgement, tire-lait, solitude, mari, fausse couche, interruption médicale de grossesse, césarienne en urgence, utérus, ligature, psychosocial, infection, maltraitance, lien maternel, fragilité, dépression, périnée. 


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