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Extraterrestres : l'Enquête, de Stéphane Allix. Enquête d'une infinie tristesse

Publié le 30 août 2013 par Melmont

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Stéphane Allix est connu pour animer l'émission à succès Enquêtes extraordinaires sur M6. Il a également fondé l'INREES, l'institut de recherche sur les expériences extraordinaires ainsi que la revue Inexploré. L'INREES étudie avec sérieux, en tout cas, avec le maximum de rigueur possible des sujets un peu trop vite qualifiés d'extraordinaires, voire surnaturels. Avec une véritable méthodologie scientifique, accompagnée (mais c'est sans doute là le corollaire) d'une grande ouverture, toutefois prudente, l'institut aborde les questions de conscience, de vie après la mort, des mondes invisibles. Souvent des questions qui nous dépassent. L'institut apporte des pistes de réponses possibles, pas de réponses définitives. Là où charlatans et autres sectes proposent des réponses clés en main et manipulent des millions de gens parfois dépassés, angoissés par certaines expériences, à travers le monde, l'INREES, s'appuyant sur des travaux scientifiques, propose des pistes de réflexions plus solides. Pas forcément plus rassurantes tant les questions et les possibilités sont vertigineuses, pour l'esprit humain. L'esprit humain qui veut savoir, savoir, savoir...et en même temps qui a peur de savoir. Le refus, de plus en plus rare, d'autoproclamés sceptiques cartésiens, d'accepter par exemple l'idée que la conscience pourrait survivre après la mort en dit souvent plus long sur les dits-sceptiques que sur l'éventuelle réalité du phénomène. Stéphane Allix nous avait captivé et ému avec son récit précédent, La mort n'est pas une terre étrangère. Profondément marqué par le décès de son frère en Afghanistan, il essayait d'en savoir plus sur l'idée d'une vie après la mort, en questionnant des médecins, des infirmières, des psychiatres, en allant voir un chaman en Amérique du Sud, ou au Tibet.

J'ai lu, tardivement, non sans réticences, je l'avoue, son second ouvrage, Extraterrestres : l'Enquête. Je n'ai aucune idée de l'impact des deux deux récits sur les gens, des chiffres de vente, mais on devrait sérieusement inscrire dans les programmes scolaires. Certains reprochent à Stéphane Allix une forme de naïveté, voire le surnomment Allix au pays des merveilles. Manifestement, ils ne l'ont pas lu. Ou alors sont de mauvaise foi. On peut sans doute reprocher certaines choses à Stéphane Allix, nul n'est un saint, mais difficile de lui reprocher une quelconque forme de naïveté, ou un manque de rigueur sur ce sujet. Un sujet que lui-même, pendant longtemps, a voulu éviter. Mais de quoi parle t-on au juste ? De personnes qui ont été en contact avec des ovnis ou-et des extraterrestres. Leurs témoignages sont étudiés sous l'angle scientifique. On découvre notamment les travaux de feu John E.Mack, fameux professeur de psychiatrie à Harvard. Après de longues études sur ceux et celles qui racontaient leurs enlèvements par des extraterrestres, il parvint à cette terrible conclusion : la plupart des témoins ne souffraient d'aucune pathologie mentale. Au contraire, ils présentaient des caractéristiques psychologiques de traumatismes réels. Même les opposants de John E.Mack ont fini par se rendre à l'évidence : la terreur, le syndrome post-traumatique des témoins n'étaient pas feints. De là à conclure que des êtres venus d'ailleurs en étaient la cause, c'était encore une autre histoire.A travers le monde, quelques dizaines de milliers de personnes (ce qui n'est pas si énorme, quand on sait qu'il y a 7 milliards d'humains sur la planète), de toutes origines, toutes cultures, toutes positions sociales, aux U.S.A, au Canada, en Turquie, en Amazonie, en Afrique du Sud, au Japon etc, racontent la même expérience, décrivent les mêmes êtres, ressentent les mêmes peurs, angoisses, questionnements. Le récit aborde plusieurs pistes d'explications – notons un brillant passage sur la notion de réalité, la relativité, la physique quantique. 

Mais ce qui marque, surtout, c'est ce sentiment d'infinie tristesse, le mot n'est pas trop fort, au gré des pages. Pourquoi tristesse infinie ? Parce que la détresse de ceux et celles qui ont fait face à des situations étranges, déstabilisantes, effrayantes, est totale. Détresse non communicable. Difficile à partager. Détresse aussi infinie que la galaxie. Solitude profonde. Franchement, quand bien même vous avez le sentiment réel de vous être fait enlevé par des Aliens, vous vous voyez raconter cela à votre entourage ? Certains ont préféré penser qu'ils étaient fous. Certains se sont laissés enfoncer dans la dépression. Certains ont choisi le suicide à force d'essayer de réfléchir sur l'indicible, l'impensable, l'inconcevable par rapport à nos expériences de la réalité. Après la lecture du récit, on reste pensif, longuement pensif, remué, et si triste. On est loin du sensationnalisme. L'écriture est de haut niveau, parfois âpre, ce n'est pas un ouvrage de vulgarisation. Le ton n'est certainement pas ludique. Il n'est pas pour autant détaché. Le vocabulaire est précis, il n'y a pas de jugements à l'emporte-pièce. Cette lecture m'a donné, je l'avoue, le vertige. Je n'étais pas forcément préparé à le lire, je dois bien dire que le sujet en lui-même ne me captivait pas vraiment. Si on ne me l'avait pas offert, je serais totalement passé à côté. J'ai eu pendant plusieurs nuits des insomnies, des nuits tourmentées par les questions soulevées par le livre. Le matin, l'esprit embrumé. Les idées sombres, et le moral pas au top. Les soucis familiaux et la grisaille, les pluies incessantes de juin(période où je l'ai lu) n'ont évidemment pas arrangé les choses. Pour couronner le tout, je lisais en parallèle un roman de Bernanos. Autant vous dire que dans les deux cas, je n'ai pas choisi la facilité.

Si vous devez lire juste UN ouvrage consacré à la question des Ovnis, des extraterrestres, alors c'est bien celui-là, il vaut bien tous les ouvrages publiés en langue française depuis les années 50 sur cette thématique. Ce livre s'adresse à tout le monde, il n'y a pas besoin d'être intéressé particulièrement par la science-fiction. Le sujet est très controversé -notamment parce qu'au fond, pour la plupart d'entre nous, admettre que nous ne sommes éventuellement pas seuls et qu'il y a des entités non-humaines d'une intelligence supérieure, c'est pénible, c'est difficile, et ce malgré notre conscience de l'immensité de l'univers. Toutefois, si on est un minimum responsable et altruiste, il faut bien se dire que c'est un sujet qui mérite l'attention de tous et de toutes, pas uniquement des passionnés d'ufologie (qui, mais je ne suis pas si surpris, évoquent peu cet ouvrage, de façon générale) ou des étudiants en psychiatrie.

Luc Melmont

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