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Voir du pays, Delphine Coulin

Publié le 02 septembre 2013 par Bouquinovore @bouquinovore

Voir du pays, Delphine Coulin Auteur: Delphine Coulin Titre Original: Voir du pays Date de Parution : 28 août 2013 Éditeur : Grasset Nombre de pages : 272 Rentrée Littéraire 2013 Prix : 18,00€ 17,10€


Quatrième de couverture :Deux filles, Aurore et Marine, reviennent d'Afghanistan. Elles y ont vécu six mois de tension, d'horreur, de peur. Elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, pour ce que l'armée appelle un « sas de décompression », où on va leur réapprendre à vivre normalement, à oublier la guerre, à coup de séances de débriefing collectif et cours d'aquagym, de soirées arrosées et de visites de sites archéologiques de la vieille Europe. Dans un décor de filles en maillots et de fêtes sur la plage, Aurore et Marine vont s'apercevoir qu'elles n'ont peut-être plus rien à perdre, et aller jusqu'au bout de la violence.
Extrait Elle était à dix mille mètres au-dessus du sol et elle volait. L'avion glissait à travers les nuages, rejoignait le ciel bleu, et s'éloignait de la terre à une vitesse si grande que la vallée couleur de sable et les villages qui avaient fait son quotidien pendant six mois paraissaient à présent microscopiques. Aurore regardait par le hublot cette terre qu'elle quittait et ne reverrait jamais.
Assise à côté d'elle dans l'avion, Marine avait mis son masque de sommeil, comme Fanny et la plupart de leurs collègues. On se serait cru dans la salle de projection d'un film où les spectateurs auraient eu les yeux cachés par des masques bleus. Tous étaient encore en treillis. Tous essayaient de dormir. De l'autre côté de l'allée, Max se concentrait sur un film, le visage à quelques centimètres seulement de l'écran incrusté dans le siège devant lui, comme si le fait de s'en approcher le plus possible allait l'aider à oublier l'enfer d'où ils venaient. Ses yeux étaient hallucinés, et de temps en temps, il gobait un valium dans la boîte posée sur la tablette devant lui sans même le regarder : son doigt faisait sauter le petit opercule d'aluminium et amenait le cachet à sa bouche par réflexe. Fanny avait fini par lui donner un cocktail explosif, quatre tablettes de comprimés rouges, roses, bleus, jaunes. Plus loin, un colosse aux cheveux roux s'était mis du rap dans les oreilles à s'en faire exploser la tête. Ses mains étaient crispées de chaque côté du repose-tête du siège devant lui, à tel point que sa peau en devenait blanche aux jointures. Ses paupières étaient serrées comme celles d'un enfant qui décompte les secondes avant le début d'une partie de jeu. Les autres cherchaient juste à se reposer pour être en forme en arrivant. Pour eux, l'avion n'était qu'un sas avant le sas. Et le «sas de décompression» à Chypre, c'était les vacances. La liberté retrouvée. L'Europe.
L'officier de l'armée de l'air a parlé au micro comme une de ces hôtesses qui vous accueillent à bord d'une voix cotonneuse annonçant que les prochaines heures vont être une bulle de tranquillité et de bonheur où tous les désirs seront exaucés. Aurore sentait ses muscles se détendre un peu, comme si son corps lui-même, son sang, sa peau savaient qu'ils n'avaient plus à être vigilants, que les attaques à l'explosif se conjuguaient désormais au passé, qu'ici elle ne risquait plus rien. Elle a soupiré, cherchant à se relâcher : dans quelques heures, elle serait à Chypre et la vallée de la Kapisa ne serait plus qu'un souvenir.
Chypre était juste au milieu entre la France et l'Afghanistan : étranger, mais pas trop, familier, mais pas trop non plus. Un choix bien calculé. L'officier hôtesse de l'air a dit : - Vous allez vous retrouver tous ensemble après avoir vécu les mêmes choses, les mêmes missions, dans un cadre plus détendu, plus agréable, plus... civilisé.


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