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Leave no trace : Piers Faccini, Sylvain Tesson et les cadenas du pont des Arts

Publié le 09 septembre 2013 par Notsoblonde @BlogDeLaBlonde

 

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Crédit photo : www.osezleromantisme.com (je pense que ça se passe de commentaire)

Tout a commencé ainsi : une discussion sur Twitter après que je me sois indignée de la stupidité de l'étrange manie qui consiste, pour les amoureux, à laisser un cadenas sur un pont en souvenir de leur passage et comme symbole de leur amour.

Après quelques échanges, il est vite apparu que pour certains  c'est un acte estampillé "romantique-à-souhait". Ah oui?

Alors comme ça, imiter le comportement des autres est un acte romantique? Première nouvelle!

A la rigueur, le premier qui a posé son cadenas sur un pont en guise de geste attentionné à destination de sa bien-aimée, lui, a tout mon respect. Pour les autres, pardon, mais ils n'ont droit qu'à un profond dédain.

J'ai dans l'idée qu'une preuve d'amour est avant toute chose le résultat d'une petite réflexion qui témoigne d'un intérêt pour celui ou celle à qui elle est promise. Ce peut-être un cadeau ou une attention toute simple mais qui est un clin d'oeil personnalisé à son destinataire. Il ne peut en aucun cas s'agir d'une sorte de "passage obligé", je rappelle qu'il n'existe pas de "manuel du parfait cheminement amoureux" dans lequel figurerait l'accrochage d'un cadenas sur le pont des arts, coincé entre le tête à tête aux chandelles dans un restaurant étoilé et le week-end à Venise.

DIEU MERCI.

Un peu d'imagination, que diable!

Prenons un exemple concret.

Je ne suis pas branchée bijoux. Genre pas du tout.

J'adore les accessoires de pacotille et les pierres précieuses ne me font ni chaud ni froid. Celui qui veut me faire plaisir en m'offrant le jour de la Saint Valentin un bijou-très-cher est à côté de la plaque.

Pourtant c'est rituel. Je sais.

Le geste est promu par une avalanche de messages publicitaires quand arrive la fameuse fête des amoureux. OK  mais si on en est à se laisser dicter nos gestes d'amour par des campagnes affichées en 4×3 et des spots télé, autant tout arrêter.

Que les comportements soient de plus en plus stéréotypés, c'est un fait. On s'habille tous un peu pareil, on se coiffe de la même façon, on a tous le même chien, les mêmes engouements alimentaires mais, par pitié, aimons de façon singulière.

Pour donner un exemple positif : Je reçevrai par contre très chaleureusement celui qui se présentera à moi les bras chargés de naans à l'ail et au fromage alors que j'ai besoin de réconfort (quelque soit le moment de l'année, je prône l'abolition de la Saint-Valentin, passage obligé qui permet à certains d'avoir bonne conscience en accomplissant  leur devoir de témoignage amoureux une fois l'an).

Je serai émue simplement parce qu'il aura pris la peine de réfléchir à quelque chose qui puisse me faire particulièrement plaisir à un moment où j'avais besoin d'un peu de réconfort (et pas parce que c'est noté dans le calendrier).

Bref.

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On m'a aussi parlé de la magie du geste qui consiste à laisser une trace de son passage dans un endroit précis. Notamment pour les touristes.

Je ne comprends pas ça non plus, pardon.

J'aime l'idée de parcourir le monde, c'est un luxe dont je compte bien profiter autant que possible mais à aucun moment je n'ai eu envie de laisser une trace de mon passage quelque part.

Je n'en ressens pas le besoin et ça va même au-delà de ça : je n'y vois aucun intérêt.

J'ai l'impression qu'il s'agit d'une quête illusoire d'éternité, d'un geste symbolique visant va se convaincre que notre passage a une importance particulière, en résumé, je trouve ça complètement présomptueux et vain.

Sylvain Tesson, dans "Petit traité sur l'immensité du monde' termine sur ce passage que je trouve très beau et qui pousse jusqu'au bout le raisonnement visant à chercher à ne pas laisser de trace de son passage sur Terre :

"Souvent, assis sur la haute branche d'un arbre comme le violoniste errant (et propre à rien) de Joseph Von Eichendorff, ou bien foulant un chemin de campagne, je me dis qu'il n'est pas de meilleur endroit qu'une cabane pour finir ses jours. Je m'interroge alors aussitôt sur le prix que nous devrons payer à la planète en la quittant. C'est que j'ai horreur de me sentir débiteur. Puisque nous ne faisons qu'emprunter depuis le premier jour de notre existence, il serait§ juste de s'acquitter; pour alléger un peu sa dette. Le vagabond est plus redevable encore que les autres car non content de cueillir les fruits du monde, il a passé sa vie à se gorger de ses beautés. Et, quand vient l'heure de la mort, il devrait se sentir étreint par l'angoisse de l'ardoise. Ma dernière volonté sera d'être enterré sous un arbre que mon corps contribuera à nourrir. Ce sera ma manière de m'absoudre. J'aurai assez dévoré de viande pour donner la mienne, en juste retour, à des asticots. L'incinération serait une inélégance de mauvais payeur. Une grivèlerie.

L'arbre poussera auprès de ma dernière cabane. Mon corps alimentera la sève qui pulsera dans le tronc et peut-être qu'un oiseau posé sur une branche lancera un trille qui guidera un vagabond égaré vers ma cabane.

Il pourra y entrer et s'y installer car, au cours de mes futures années dans les bois, ma porte sera ouverte en permanence à tout le monde à condition bien entendu qu'il ne passe jamais personne".

C'est une théorie qui pousse à l'extrême l'idée de ne pas laisser de marque mais je trouve ça follement poétique et très inspiré. Au fond, c'est un peu la réalisation de l'équilibre parfait.

Pour terminer en musique, je te laisse avec cet album de Piers Faccini, intitulé "Leave no trace", sur lequel je suis retombée en réfléchissant à ce billet et que j'ai très envie de te faire (re)découvrir.

Parce que je te reparle bientôt de cet artiste dont j'apprécie énormément le travail depuis longtemps maintenant...


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