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La Beat generation de Jean-Jacques Lebel

Publié le 21 septembre 2013 par Pantalaskas @chapeau_noir

Arte vient de diffuser cette semaine le passionnant documentaire de Jean-Jacques Lebel : « Beat generation ».
Jean-Jacques Lebel, commissaire de l'exposition « Beat Génération / Allen Ginsberg » qui se tient au Centre Pompidou-Metz  a conçu ce remarquable récit retraçant la durable amitié entre Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs,  point de départ au mouvement littéraire de la  Beat Generation . Cette aventure est celle d’une route américaine que Kérouac a immortalisé dans le «Sur la route» publié en 1957 .

La Remington sur laquelle Jack Kerouac a écrit "Sur la route"

Jean-Jacques Lebel rencontre pour la première fois Allen Ginsberg rue Saint-André des arts à Paris en 1958. Sa proximité avec la Beat generation remonte donc aux sources du mouvement. Pendant un an et demi il assurera la traduction en français du poème « Howl » de Ginsberg, restant en relation constante avec l’écrivain. Le mérite du film est de nous donner à voir cette histoire croisée entre Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs, en l’étayant de nombreux documents d’archives, le témoignage personnel de Ginsberg, l’évocation  de l’Amérique des années cinquante où la turbulence de ces jeunes artistes et écrivains est observée avec défiance voire hostilité.
La "fureur de vivre" de ces trublions ne ressemble pas au mythe de James Dean dans le film de Nicolas Ray. La contestation est ici plus profonde, elle touche aux valeurs d’une société américaine dans laquelle les jeunes écrivains ne se retrouvent pas. Elle s’exprime à la marge à travers les excès en tous genres.

Lecture de Jack Kerouac

On sait peut-être moins que cette histoire passe aussi un peu par la France et par Paris. Le film de Jean-Jacques Lebel revient sur les pas de cette histoire au cœur du quartier latin. En 1957-58, Ginsberg, Orlowsky, Corso et William Burroughs occupent un hotel sans nom qui deviendra historiquement le "Beat Hotel." Celui-ci est situé « au 9, rue Gît-le-Cœur, une étroite ruelle médiévale qui descendait vers la Seine, reliant la rue Saint-André-des-Arts au Quai des Augustins, dans la partie la plus ancienne du Quartier Latin.. » . Le film revisite les lieux exigus où vécurent les écrivains. On est loin, certes, de l'impressionnant Chelsea Hôtel de New-York, lieu emblématique de cette génération et des suivantes.
Jean-Jean Lebel, sans être aucunement présent à l’écran, révèle ainsi sa propre histoire à travers cette remise en cause. Ses premiers happenings (dont le tout premier en Europe : l’enterrement de la Chose, en 1960 à Venise), son implication dans les soubresauts du mouvement du 22 mars puis de mai 68,  son amitié avec Deleuze et Guattari, tout cela  a construit la personnalisé du jeune Lebel  qui a côtoyé très jeune Marcel Duchamp. A sa façon, Lebel  a fait partie des répliques de la Beat genération en France. Son refus épidermique du pouvoir, de toute hiérarchie est profonde. Il revendique les valeurs d'une société dans laquelle les animaux sont l'égal de l'homme dans le respect de leur identité et de leur vie. Irréductible, Jean-Jacques Lebel fait remonter à la surface, dans ce documentaire, les forces telluriques qui agitent ses propres refus.

Photos extraites du documentaire

Le film Beat Generation : Kerouac, Ginsberg, Burroughs de Jean-Jacques Lebel et Xavier Villetard a été réalisé par ce dernier, en coproduction Arte France, la Compagnie des Phares et Balises, le Centre Pompidou. Il peut être vue encore quelques jours sur les rediffusion ARTE.

« Beat Génération / Allen Ginsberg »

L'exposition du Centre Pompidou Metz est prolongée jusqu'au 6 janvier 2014


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