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Chronique: Drake – Nothing Was The Same

Publié le 24 septembre 2013 par Wtfru @romain_wtfru

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(OVO Sound/Cash Money/Republic)

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TOP, je suis humainement assez détestable, je chante mal, je rappe aussi bien que je chante, j’ai autant d’admirateurs que de détracteurs cependant mon univers musical reste une des choses les plus fascinantes de ce début de décennie. Vous dites ? Kanye West ? C’est non.
Bon, il est vrai que ça marche aussi mais si on rajoute « canadien », la bonne réponse est bien évidemment Aubrey Graham aka Drake.
Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur l’ancien pensionnaire de la série Degrassi ? Véritable future poule aux oeufs d’or à la sortie des années 2000, il signe chez Lil Wayne dans une guerre des labels rarement vue jusque là. Un premier album (Thank Me Later, très moyen) en 2010 pour se poser tout en haut de l’entertainment, un second (Take Care, bien meilleur) l’année suivante pour imposer son univers fait de nappes de synthés, d’amour, de sons hybrides et encore d’amour. Si Dreezy fait parti de cette génération de rappeurs « 808′s & Heartbreak », il a réussi à sortir du carcan pour créer son propre style. Et l’heure est à la confirmation de cette émancipation aujourd’hui avec un troisième disque, Nothing Was the Same.

Le véritable tour de magie de Drake est cette propension qu’il a à nous faire oublier ses grosses, très grosses limites en tant que rappeur/chanteur grâce à une interprétation assez cohérente avec la musicalité qui l’accompagne (voix douce et basse, air plus fredonné que chanté). Chose qu’il parvient à faire grâce à sa complémentarité de plus en plus géniale avec son architecte de base, Noah ’40′ Shebib. Si le canadien est parvenu à se créer une certaine crédibilité pas forcément gagnée au début, c’est bien à la force du poignet et à l’art de la production de son pote. Plus 40 progresse, plus Drake prend du volume et du muscle.
Tout ceci est résumé ou presque dès l’introduction de l’année, Tuscan Leather. Six minutes, trois productions monstrueuses (notamment la première) -menées tambour battant par 40 aidé de son complice Boi-1 da-, emboitées les unes dans les autres et qui se succèdent avec Drake qui débarque pour rapper difficilement un premier couplet très moyen. Tout le paradoxe est là, on le sait faiblard mais d’un autre côté, on ne voit pas qui d’autre que lui pourrait venir s’essayer sur ce genre d’instrus.

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Drake – Tuscan Leather

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Et c’est le cas pour tout le reste de l’opus. On est dans du Drake pur jus, dans la lignée de Take Care. Peu d’éclat, peu de moment champagne, on est dans du minimal et du sombre. Le premier single, Started from the Bottom, lancé l’hiver dernier donnait assez bien le ton de ce que serait ce Nothing Was The Same. Le rythme est très lent, parfois même trop (Wu-Tang Forever, Own It, From Time avec une partition au piano de Gonzales) et il faut s’accrocher pour ne pas fermer un oeil trop vite. Ou être dans une partie transpirante à deux (ou trois ou quatre). Parce qu’on va pas se mentir, un album de Dreezy, c’est aussi un moyen parfait pour piner en toute impunité, comme un autre canadien, l’ami The Weeknd, le côté rap en plus.

Pour la masse populaire, c’est d’ailleurs le premier effet recherché sur un disque de Drake. Et le peuple est servi sur les chauds Worst Behavior, produit par un Dj Dahi à suivre de près (déjà derrière le Money Trees de Kendrick), Connect par Hudson Mohawke ou encore le très très suave 305 To My City. Et même les titres sus-cités comme étant un poil trop mous peuvent faire leur job une fois placée sous la couette, si couette il y a besoin.

Ce serait cependant trop simple de réduire l’album et même Drake à un distributeur de coups de rein. Il y a aussi cette musicalité si particulière et si attachante créée par tout un tas de mecs qui prennent plaisir à mettre Drake dans les meilleurs dispositions possibles. 40 donc, en homme de base, mais aussi Boi-1 da, l’autre mec fort de l’univers Dreezy, Mike Zombie, Nineteen85, et de très bons appuis extérieurs comme Mohawke, Gonzales ou Detail. Des producteurs aussi talentueux que d’horizons différents qui viennent apporter chacun une touche personnelle dans l’ambiance générale.

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Drake – Connect

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Drake – Too Much

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Cet apport de noms pas forcément affiliés au strict monde du rap apporte une singularité à l’aspect sonore de la chose. On va encore plus loin que sur le précédent album, on est en plein dans l’originalité sans pour autant chercher à faire quelque chose de complètement abstrait. C’est aussi une force de Drake que de connaître ses propres limites et de ne pas chercher à aller trop loin au point de se noyer ridiculement.
Plus on avance dans l’album et plus on décèle quelque chose de plus mature, de plus « adulte » dans l’ambiance. Les derniers titres présentent mieux cette facette, de The Language au morceau avec Jay-Z en passant par le très beau Too Much en compagnie de Sampha. Il n’y a véritablement qu’un morceau dit « facile », le second single Hold On, We’re Goin Home, placé judicieusement en milieu de tracklist pour créer une mini-coupure dans l’avancement du projet, la seule pause dans l’ambiance générale. Et même là, malgré le côté rotation radio, on est face à quelque chose de super efficace et loin d’être cracra.

Oui, malgré son apparence de benêt et ses nombreux défauts, Drake sait véritablement faire un album. Alors si vous le n’aimiez pas jusque là, il y a peu de chances pour que vous changiez d’avis ici. Sa marge de progression n’est pas énorme, c’est clair, et on imagine assez mal le mec capable de sortir de ce genre d’ambiance et prendre des risques en allant ailleurs. La vautre serait quasi assurée. Mais Dreezy a su se créer un monde à part dans lequel public comme critique ont l’air de s’amuser pleinement. Et tant qu’il saura s’entourer et aura le nez creux dans ses collaborations (on notera au passage un nombre d’invités assez limités, Drake ayant choisi d’assumer pleinement son bébé, sans se reposer sur d’autres, autre signe d’évolution positive), il n’y aura pas de soucis à se faire. Surtout si Noah 40 Shebib est toujours derrière et continue sa folle progression.

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4 wtfru

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Tracklist:
1. Tuscan Leather 6:06
2. Furthest Thing 4:27
3. Started from the Bottom 2:54
4. Wu Tang Forever 3:38
5. Own It 4:12
6. Worst Behaviour 4:31
7. From Time (feat. Jhené Aiko) 5:22
8. Hold On, We're Goin Home 3:48
9. Connect 4:56
10. The Language 3:44
11. 305 To My City (feat. Detail) 4:16
12. Too Much (feat. Sampha) 4:22
13. Pound Cake/Paris Morton Music 2 (feat. Jay-Z) 7:14

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