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"Pour s’informer sur la santé, Internet n’est absolument pas fiable"

Publié le 29 septembre 2013 par Lana

MIKKEL BORCH-JACOBSEN, ce 20 juillet, chez lui à Paris, le jour où il a mis un point final à «Big Pharma». Né en 1951 de parents danois, MIKKEL BORCH-JACOBSEN a grandi à Strasbourg et fait des études de philosophie en France, où il soutenu sa thèse de doctorat devant un jury composé de Derrida, Lévinas et Lacoue-Labarthe. Il est parti aux Etats-Unis en 1986, où il enseigne actuellement, à Seattle, la littérature comparée à l’Université de Washington. (©DR)

Dans « Big Pharma », Mikkel Borch-Jacobsen, philosophe et professeur de littérature à l’université de Washington (Seattle), a fait appel à un collectif d’auteurs anglo-saxons pour parfaire son étude de mœurs d’un milieu qu’il scrute depuis dix ans: l’industrie pharmaceutique. Entretien

BibliObs Il y a un débat en France. Certains pensent que nous sommes désormais dans une ère de désinformation médicale, voire d’une manipulation des prescripteurs, le savoir scientifique étant «tenu» par les fabricants de médicaments; et ceux qui les dénoncent sont souvent perçus comme des accusateurs manichéens. Le savoir médical est-il oui ou non perverti?

Mikkel Borch-Jacobsen La réponse est oui, malheureusement. La recherche et l’information médicales sont complètement sous influence pharmaceutique, à un degré dont très peu de gens ont conscience. Ici en France, le public a été très choqué par l’affaire du Mediator, qui a mis en évidence les liens d’intérêts entre les laboratoires Servier et les experts qui étaient censés évaluer l’efficacité et la sécurité de leurs médicaments. L’affaire a été traitée sur le mode du scandale, c’est-à-dire comme une transgression et une exception à la règle. Or cette affaire est bien sûr scandaleuse – des gens sont morts – mais ce n’est nullement une exception. Bien au contraire. L’affaire du Mediator illustre une corruption de la biomédecine par l’industrie qui est devenue tout à fait courante, pour ne pas dire systémique, à travers le monde entier.

Vous en donnez de nombreux exemples dans «Big Pharma».

Chiffres et documents à l’appui, nous racontons en détail comment on a sciemment dissimulé ou minimisé les dangers présentés par les antidépresseurs du type Prozac, par les antipsychotiques de seconde génération, les traitements hormonaux de substitution, les antidiabétiques Rezulin et Avandia, le médicament contre reflux gastrique Prépulsid, les antalgiques opiacés comme l’OxyContin, les coupe-faim «Fen-Phen» aux Etats-Unis ou le médicament contre le cholestérol MER/29.

La liste de ces scandales sanitaires est littéralement interminable. À chaque fois, des centaines, des milliers, voire dans certains cas des dizaines de milliers de personnes sont mortes ou présentent de graves séquelles. Or aucun de ces scandales n’aurait pu avoir lieu si les procédures de contrôle scientifiques et régulatoires n’avaient pas été défaillantes. On apprend régulièrement que les experts entretiennent des liens financiers multiples avec les laboratoires produisant les mêmes médicaments qu’ils ont à évaluer. Il en va de même pour les agences et autorités sanitaires. Non seulement elles ne peuvent pas se passer des experts pour effectuer leur travail, mais elles sont elles-mêmes en perpétuelle situation de conflit d’intérêts.

Il faut savoir que la FDA américaine et l’OMS sont financées à 50% par des fonds en provenance de l’industrie, l’agence européenne (EMA) l’est à 70%, l’agence suédoise à 95%, et ainsi de suite. Comment veut-on que ces institutions ne fassent pas preuve de bienveillance à l’égard de ce «partenaire» privilégié qu’est pour elles l’industrie? Cela peut aller très loin. L’épidémiologue et ex-député SPD Wolfgang Wodarg raconte dans notre livre comment l’OMS s’est laissée complètement manipuler par les fabricants de vaccins et d’antiviraux au moment de la fausse alerte de pandémie de grippe H1N1.

Dans un tel contexte, les médecins sont-ils eux aussi manipulés?

Où donc voulez-vous qu’ils trouvent une information objective sur les médicaments qu’ils donnent à leurs patients? Leur source principale, ce sont les visiteurs médicaux. Or il est bien évident que cette information n’est jamais que du marketing déguisé en science. Idem pour la formation médicale continue, qui en France est assurée aux trois quarts par les soins de l’industrie. Idem pour la presse médicale, qui est notoirement vendue aux annonceurs de l’industrie.

Quant aux grandes revues scientifiques à comité de lecture, elles sont devenues de l’aveu même de Richard Horton, ex-rédacteur en chef de «The Lancet», des «opérations de blanchiment d’information pour l’industrie pharmaceutique». Les études publiées dans ces revues sont quasiment toujours favorables aux médicaments évalués, tout simplement parce que les laboratoires ne publient pas les études négatives.

On estime que 50% des essais cliniques financés par l’industrie restent ainsi invisibles parce qu’ils sont défavorables aux médicaments concernés. C’est évidemment une perversion totale du concept de «médecine basée sur des preuves», puisque les chercheurs et les médecins n’ont accès qu’aux «preuves» favorables et restent dans l’ignorance des risques et/ou de l’inefficacité des médicaments. La biomédecine contemporaine ressemble de plus en plus à un de ces «villages Potemkine» dont on cachait la pauvreté derrière des façades en trompe-l’œil lorsqu’ils étaient traversés par le cortège de l’impératrice Catherine II de Russie.

Vous expliquez aussi dans votre livre qu’Internet est un rouage-clé dans cette entreprise de désinformation. De quelle façon?

D’ordinaire, le marketing pharmaceutique cible les médecins puisque ce sont eux qui prescrivent les médicaments. C’est d’ailleurs pourquoi le marketing pharmaceutique se présente le plus souvent sous les dehors de la science, puisqu’il faut convaincre des médecins a priori sceptiques à l’égard des messages commerciaux de l’industrie.

L’arrivée d’Internet a profondément changé la donne en permettant aux laboratoires de s’adresser directement aux patients-consommateurs et de créer chez eux des besoins qu’ils demanderont ensuite aux prescripteurs de satisfaire – «Parlez-en à votre médecin». De nos jours, les patients ne sont plus passifs vis-à-vis du savoir médical. Ils s’informent sur les sites santé comme Doctissimo, participent à des réseaux sociaux spécialisés dans leur pathologie, forment des communautés virtuelles dont les membres échangent renseignements et conseils. Sept Français sur dix utilisent ainsi Internet pour s’informer sur la santé.

On présente souvent cela comme un empowerment démocratique des malades. Ceux-ci, nous dit-on, ne s’en laissent plus conter car ils ont à leur disposition de multiples sources d’information. Or l’information n’y est guère contrôlée. Elle est même souvent sous influence. Par exemple, il y a une blogueuse qui a fait dès l’été une critique défavorable de «Big Pharma», bien avant la parution du livre. Elle nous objecte que les Français n’ont pas besoin d’être alertés sur les méfaits de l’industrie pharmaceutique, car ils sont devenus des «e-patients» qui trouvent une information critique sur Internet. Peut-elle vraiment ignorer que cette notion d’«e-patient» vient directement de l’argumentaire des marketeurs de l’industrie? Ils la promeuvent activement depuis plusieurs années (quelques exemples ici, là et là)?

Big Pharma ne demande pas mieux que les patients s’informent par eux-mêmes sur Internet, car c’est sur son information qu’ils vont immanquablement tomber. Comme l’explique l’expert en santé publique Antoine Vial dans notre livre, l’information médicale a un prix et celle qu’on trouve sur les sites santé et réseaux sociaux du web n’est gratuite et immédiate que parce que des labos ou des agences de communication ont payé derrière pour placer tel ou tel contenu ou pour obtenir telles ou telles données.

Face à une information gratuite, il faut donc toujours se demander «Qui ?». Qui a payé pour le site de telle association de patients, pour telle campagne de prévention? Qui a lancé le buzz au sujet de telle pathologie, de tel médicament? Qui est derrière tel blog? Loin de constituer un contre-pouvoir à la machine à désinformer de l’industrie pharmaceutique, Internet est en permanence ventriloqué par elle. On ne peut absolument pas faire confiance au Web pour obtenir une information objective et de qualité sur les médicaments. Même l’encyclopédie en ligne Wikipédia est manipulée.

Grâce au WikiScanner qui permet de détecter les modifications suspectes apportées à une entrée, on a pu voir ce qu’écrivent ou retranchent certaines firmes sur Wikipédia. Pouvez-vous donner des exemples?

Le WikiScanner permet de «désanonymiser» les modifications apportées à une entrée par des utilisateurs dont les ordinateurs sont enregistrés sous des adresses IP appartenant à des grandes entreprises ou à des organisations comme la CIA. C’est ainsi qu’on a pu montrer qu’un ordinateur de la compagnie pharmaceutique Abbott Laboratories avait été utilisé pour enlever la mention d’un article scientifique qui révélait que le médicament contre l’arthrose Humira, doublait les risques de développer des infections graves et triplait ceux de développer certains types de cancer. Le même ordinateur avait servi à supprimer toute information au sujet des risques d’accidents cardio-vasculaires présentés par un autre produit d’Abbott, le médicament anti-obésité Meridia. Il faut savoir que le Meridia a depuis été retiré du marché à cause de ces mêmes risques, ce qui illustre la gravité du caviardage effectué par Abbott.

Dans le livre, nous nous attardons sur les modifications apportées à l’entrée «Quiétapine» par l’Utilisateur «chrisgaffneymd» à partir d’un ordinateur appartenant au géant pharmaceutique AstraZeneca. La quiétapine, commercialisée sous le nom de marque Seroquel, est un antipsychotique de seconde génération qui présente toutes sortes de risques et d’effets secondaires: suicidalité, prise de poids importante, diabète, accidents cardio-vasculaires, dyskinésie tardive, syndrome neuroleptique malin.

Or comme l’a révélé un blogueur anonyme, l’utilisateur «chrisgaffneymd» a systématiquement éliminé toutes les références à ces effets secondaires dans l’entrée «Quiétapine». Il s’est aussi transporté sur les entrées concernant d’autres antipsychotiques de seconde génération pour souligner à grands traits leurs effets secondaires, afin de torpiller la concurrence. Du vrai travail de professionnel, visiblement effectué par un médecin psychiatre (son nom d’Utilisateur se termine par «md», ce qui semble indiquer qu’il est M.D., Medicinae Doctor. C’est absolument stupéfiant de cynisme!

L’entrée «Trouble bipolaire» a elle aussi été modifiée par ce même «chrisgaffneymd».

Oui, ainsi que l’entrée «Spectre bipolaire». On peut évidemment se demander pourquoi l’employé d’une compagnie pharmaceutique s’intéresse ainsi à la définition d’un trouble psychiatrique, mais la réponse est évidente pour quiconque connaît un peu les pratiques de Big Pharma. En (re)définissant les critères diagnostiques d’une maladie, on peut en effet augmenter considérablement les indications – et donc les ventes – d’un médicament donné. C’est ce que les marketeurs de l’industrie appellent dans leur jargon le «condition branding», autrement dit la promotion des maladies.

Au lieu de vendre un médicament, on promeut une maladie pour laquelle le médicament est indiqué. Cela peut être une maladie existante dont on étend ou modifie artificiellement la définition pour élargir le marché d’un médicament. Cela peut aussi être une maladie créée de toutes pièces, comme le désormais fameux «trouble dysphorique pré-menstruel» qui a été intégré dans le «DSM», manuel de recension des troubles psychiatriques, par des experts complaisants pour fournir un débouché au Sarafem de la compagnie Eli Lilly, un médicament recyclant la molécule du Prozac, arrivée en bout de brevet.

Le «trouble bipolaire» relève de la première catégorie, qu’on pourrait qualifier d’«extension du domaine de la maladie»…

Oui, excellente expression ! Le «trouble bipolaire» a été introduit en 1980 dans la nosographie du «DSM-III» pour remplacer celui de psychose maniaco-dépressive. Celle-ci se définissait classiquement comme un trouble de l’humeur faisant osciller le patient entre des états d’hyperactivité maniaque et des états de dépression profonde. Il s’agissait clairement d’une psychose grave, relativement rare, pour laquelle on donnait des antipsychotiques.

Or dans les éditions ultérieures du «DSM», des commissions composées à 100% d’experts ayant des liens d’intérêt avec des firmes pharmaceutiques ont introduit un «trouble bipolaire II», auquel ont été annexées des formes moins sévères de dépression et/ou d’hyperactivité. De fil en aiguille, on a commencé à parler d’un «spectre bipolaire» incluant quasiment n’importe quelle forme d’instabilité d’humeur et affectant toutes les tranches d’âge, des enfants turbulents aux vieillards déprimés. Tout cela nommé indifféremment «trouble bipolaire» et traité avec… des antipsychotiques de seconde génération comme le Seroquel d’AstraZeneca! Vous comprenez maintenant pourquoi l’homme d’AstraZeneca s’est intéressé aux entrées sur le trouble bipolaire dans Wikipédia.

Lorsqu’on examine ses ajouts et amendements, on voit tout de suite qu’il s’agissait essentiellement pour lui de redéfinir la dépression et l’hyperactivité en trouble bipolaire caché ou mal diagnostiqué – autrement dit d’élargir le marché du Seroquel. C’est à la faveur d’opérations de «condition branding»de ce genre que le marché des antipsychotiques a littéralement explosé ces dix dernières, pour atteindre un chiffre d’affaires de 18 milliards de dollars par an. En promouvant agressivement le concept de «trouble bipolaire», les fabricants d’antipsychotiques et d’antiépileptiques ont réussi à capter le marché détenu auparavant par les antidépresseurs du type Prozac et les psychostimulants comme la Ritaline.

En avril 2009 dans «BoOks», à l’occasion d’un numéro consacré à l’industrie pharmaceutique bien avant que n’éclate l’affaire du Médiator, vous aviez lancé cette formule saisissante: «On lance une maladie comme on lance une marque de jean»…

Oui et dans «Big Pharma», nous donnons bien des exemples de maladies ou de syndromes promus par les laboratoires au gré des cycles de brevets et des stratégies commerciales: dépression, maladie d’Alzheimer, fibromyalgie, syndrome métabolique, reflux gastro-oesophagien, phobie sociale, et j’en passe. Sans parler des facteurs de risque dont on manipule les seuils pour inclure toujours plus de «malades qui s’ignorent»: cholestérol, hypertension ou ostéoporose. Chaque jour amène un nouveau «trouble», un nouveau «syndrome» qui demande impérativement un traitement médicamenteux.

Pas plus tard que ces quinze derniers jours, nous avons eu droit en France à deux unes enthousiastes de «Libération» et de «Elle» sur la «révolution sexuelle» promise par le Viagra féminin: les femmes souffrant de «désir sexuel hypoactif» (autrement dit de libido un peu languissante) auront à nouveau envie de faire l’amour cinq fois dans la semaine grâce au Lybrido, l’un des nombreux aphrodisiaques en préparation dans le pipeline des labos. Le Lybrido n’a même pas encore reçu d’autorisation de mise sur le marché que des agences de communication s’activent déjà pour promouvoir dans la presse la nouvelle «dysfonction sexuelle» qu’il est censé guérir.

Dans votre ouvrage, vous évoquez longuement la question des risques sanitaires…

Oui, c’est un problème énorme, dont on commence à peine à prendre conscience. Les médicaments sont loin d’être des produits inoffensifs, que ce soit pour notre corps ou pour les écosystèmes dont nous faisons partie. Ce sont des produits synthétiques fabriqués de façon industrielle, exactement au même titre que toutes sortes d’autres produits synthétiques que nous déversons depuis près d’un siècle dans l’eau, l’air et le sol de notre planète – pesticides, herbicides, dioxine, phtalates, PCB, PVC, bisphénol A, etc.

Or ces molécules artificielles agissent de façon largement imprévisible sur les organismes avec lesquels elles entrent en contact pour la première fois ou à des doses introuvables dans la nature. C’est vrai pour les produits synthétiques que je viens de citer, mais c’est vrai aussi pour les médicaments, qui peuvent s’avérer avoir ce qu’on appelle pudiquement des «effets médicaux indésirables» (EMI). On évacue d’ordinaire la question en parlant d’«effets secondaires», comme si ces effets étaient négligeables.

Mais il suffit de regarder les chiffres de la iatrogénie médicamenteuse pour constater que les médicaments posent un véritable problème de santé publique. Pensez donc, on estime que les EMI sont responsables en Europe de 197.000 morts par an, ce qui en fait la cinquième cause de décès à l’hôpital. Les chiffres sont à peu près les mêmes aux Etats-Unis, toutes proportion gardées: une étude datant de 1998 estime à 2,2 millions le nombre d’EMI graves par an, dont 100.000 décès.

Nous avons l’habitude de considérer les médicaments comme des substances essentiellement bénéfiques, mais en réalité ils présentent aussi toutes sortes de risques qui sont multipliés par leur diffusion massive, industrielle. Plus nous consommons de médicaments et plus nous augmentons les risques d’en tomber malades. Les essais cliniques sont absolument incapables de nous garantir contre ces risques, car ils sont effectués sur des cohortes bien trop limitées et sur des durées bien trop courtes. Ce n’est que lorsque les médicaments sont testés sur des populations entières et pendant des dizaines d’années qu’on peut en évaluer correctement les effets – et à ce moment-là il est souvent trop tard. Voyez ce qui est arrivé avec l’hormone de synthèse distilbène [traitement donné aux femmes enceintes dans les années 70, censé prévenir les, fausses couches, NDLR]: ses effets se sont déclarés sur la seconde et maintenant la troisième génération…

Vous traitez aussi d’un sujet rarement évoqué: les risques environnementaux. 

C’est le plus inquiétant. On sait depuis une vingtaine d’années que certains produits synthétiques omniprésents dans notre environnement comme les PCB ou le bisphénol A perturbent le système endocrinien des animaux et des humains, en imitant ou en bloquant les hormones naturelles. Or il en va exactement de même pour certains médicaments, notamment les hormones de synthèse comme l’éthinylestradiol, qu’on retrouve dans quasiment toutes les pilules contraceptives. Ces produits, une fois excrétés, se retrouvent dans les cours d’eau et dans la mer où ils affectent le système reproductif des poissons, des oiseaux qui les mangent – et finalement le nôtre.

Pas plus tard qu’il y a quelques mois, une étude a trouvé des traces de tamoxifène dans certaines eaux en bouteille. Or le tamoxifène, une hormone de synthèse utilisée dans le traitement des cancers du sein, est un perturbateur endocrinien.

D’autres médicaments se comportent aussi comme des perturbateurs endocriniens, à commencer par les antidépresseurs du type Prozac, dont on sait qu’ils affectent le fonctionnement sexuel et reproductif chez les humains. Or ceux-là aussi sont déversés dans l’eau des rivières et des mers où ils ralentissent la croissance des têtards de grenouilles et altèrent les fonctions reproductives des mollusques et des crustacés, avant de se retrouver dans l’eau qui sort de notre robinet. En réalité, l’eau de nos rivières et celle que nous buvons sont devenues un bouillon médicamenteux où l’on retrouve pêle-mêle des antibiotiques, des bêtabloquants, des antiépileptiques, des anti-inflammatoires, des anticancéreux, des antihistaminiques, des anti-hypertenseurs, des statines, et ainsi de suite.

Ce n’est donc pas seulement en prenant des médicaments vendus en pharmacie que nous nous exposons à des risques iatrogéniques. Du fait de la production et de la consommation industrielle de toutes ces molécules, nous y sommes tous exposés dans l’environnement, que nous le voulions ou non. La vérité est que l’industrie pharmaceutique est une industrie polluante, exactement au même titre que l’industrie agro-chimique, et que les médicaments sont devenus des perturbateurs écologiques. Les agences de protection de l’environnement commencent d’ailleurs à s’inquiéter de la toxicité des médicaments présents dans l’environnement, mais très discrètement. On comprend bien pourquoi, car il s’agit d’une question politiquement et économiquement explosive. Qu’adviendrait-il de Big Pharma si les médicaments s’avéraient aussi dangereux pour l’environnement et la santé publique que de vulgaires déchets chimiques?

Propos recueillis par Anne Crignon

Big Pharma, une industrie toute-puissante qui joue avec notre santé,
coordonné par Mikkel Borch-Jacobsen, Les Arènes, 524 p., 22,80 euros.

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20130927.OBS8881/pour-s-informer-sur-la-sante-internet-n-est-absolument-pas-fiable.html


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