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ratio " obscène "

Par Jmlire
ratio

" Que vaut une vie humaine ? On peut hésiter à mettre une étiquette avec un prix. Si nous avions à le faire, la plupart d'entre nous parleraient en millions. En accord avec les fondements de notre démocratie et notre croyance maintes fois professée en la dignité de l'être humain, nous pensons aussi que tous les hommes sont nés égaux et jugeons que les différences de sexe, d'ethnicité, de nationalité et de lieu de résidence ne modifient pas la valeur de la vie humaine. Il n'est pas sans intérêt des se demander si nos actes sont en conformité avec ces deux convictions - que la vie humaine, s'il faut l'évaluer, vaut des millions, et que les facteurs évoqués ci-dessus n'en modifient pas la valeur...

Voici quelques années, Zell Kravinsky, vers ses 45 ans, a donné presque toute sa fortune immobilière de 45 millions de dollars à des organismes charitables œuvrant dans le domaine de la santé, ne gardant que sa modeste maison familiale à Jenkintown, près de Philadelphie, et assez pour subvenir aux besoins de sa famille. Ayant appris que des milliers de gens meurent chaque année en attendant une greffe de rein, il a contacté un hôpital de Philadelphie et donné l'un de ses reins à un complet inconnu.

Après avoir lu un article sur Kravinsky dans le New Yorker, je l'ai invité à venir parler à mes étudiants à Princeton.Il s'est montré angoissé de constater l'incapacité des autres à comprendre la simple logique qui fonde son altruisme. Il a un esprit mathématique, ce qui l'a aidé dans ses investissements. Il dit que le risque de mourir en donnant un rein est de l'ordre de 1 pour 4000. Pour lui cela implique que ne pas donner un rein alors que cela peut sauver une vie équivaut à estimer la valeur de sa vie à 4000 fois celle de l'inconnu. Il considère ce ratio comme "obscène".

Ce qui distingue Kravinsky du reste d'entre nous est qu'il fait de l'égale valeur de toute existence un guide de vie, pas seulement un joli morceau de rhétorique. Il admet que certains le jugent fou ; même sa femme trouve qu'il va trop loin. Elle dit qu'un de leurs enfants pourrait avoir besoin d'un rein et que Zell pourrait être le seul donneur compatible.Pour autant que je puisse en juger, l'amour de Kravinsky pour ses enfants et aussi fort que celui de tout parent normal. Un tel attachement est partie intégrante de notre nature, sans nul doute le résultat de notre évolution de mammifères qui donnons naissance à des enfants dont le besoin d'assistance pour survivre est particulièrement long. Mais pour Kravinsky cela ne justifie pas d'accorder à nos enfants une valeur plusieurs milliers de fois plus grande que celle accordée aux enfants d'inconnus. Quand on lui demande s'il accepterait de voir son enfant mourir si cela sauvait la vie de mille autres, il répond oui. Il a même dit qu'il l’accepterait si cela ne sauvait que deux vies. Pour apaiser sa femme, il a repris ses affaires dans l'immobilier, gagné de l'argent et acheté une plus grande maison pour sa famille. Mais il reste décidé à donner autant que possible, sans trop compromettre la tranquillité se sa vie privée.

Extrait de l'article " ils pourraient sauver le monde ", Dossier " A quoi servent les riches ? " Magazine Books n°41, Mars 2013.


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