Magazine Culture

Swap: chronique d'un BD maniac

Par Nicolas S.
Anthony MOORE a écrit The Swap en 2007, et je l’ai trouvé sous sa reliure Biblioteca « réservée aux bibliothèques » en avril 2008, sur un présentoir à nouveautés, en tête de gondole de la médiathèque du coin.
C’est le roman actuel que tous les fanatiques de comics américains doivent avoir lu.
Harvey se rend depuis des années à la réunion des anciens du lycée de Saint Ives, dans les Cornouailles britanniques. Cette année, c’est la vingtième édition. Bleeder Odd sera-t-il présent lui aussi, exceptionnellement ?
Mais qui est Bleeder Odd, me direz-vous ? Charles Odd, de son vrai nom, est le gamin qui se faisait persécuter par tous les autres lorsque Harvey était au lycée de Saint Ives. Même lui participait à ces petits jeux innocents : insulter Charles, le frapper, tourner autour de sa maison à vélo en chantant des chansons enfantines qui se terminaient par « et sa mère est une pute »
Un jour, Harvey prend Charles en pitié et lui cède une de ses BD, Superman numéro un, contre un vulgaire lacet en plastique. Vingt ans plus tard, Harvey tient un anonyme magasin de BD à Londres et le Superman numéro un, quasiment introuvable, a pris plusieurs dizaines de milliers de livres de valeur chaque année…
… et cette année, Bleeder – euh, Charles – est venu à la réunion des anciens ! Harvey l’accoste, fébrile, et en vient peu à peu à lui reparler de leur échange.
Après la réunion, la vieille Odd est retrouvée égorgée dans sa cave et le Superman numéro un, que Bleeder – euh, Charles – avait précieusement conservé pendant ces vingt années, a bizarrement disparu.
Swap, derrière ses petits airs de roman pour ados, se mêle donc d’être également une sorte de polar. L’intrigue est pourvue d’un héro auto-dérisoire tout comme chez quelques auteurs déjà présentés ici (Charles Williams, Stuart Kaminsky et Richard Brautigan en tête) qui permet au narrateur quelques effets moitié faciles, moitié « cools ».
Mais ce roman sent aussi la mauvaise traduction à plein nez, voire le manque de style. Du coup, ça ne se lit même pas d’une traite, mais plutôt laborieusement. Il n’y a qu’un pas du divertissement à l’ennui.
« Sans aucune rancœur, Allen effectua un demi-tour impeccable, en trois manœuvres, au milieu de la circulation et repartit à toute allure… pendant au moins quarante mètres avant de se retrouver pris dans les embouteillages incessants qui composent le système routier (sic) londonien ».
Le style et les représentations inconscientes de ce roman sont, à l’image du trafic londonien qu’il tente de décrire, légèrement embouteillés. Ça fonctionne lorsqu’il s’agit de faire le portrait d’un esprit étriqué, celui de Harvey. Mais l’embouteillage est ici systématique : les paysages sont bouchés, à l’image du bled originel ; les familles se marchent sur les pieds ; les amis ne se veulent que du mal ; le travail n’est qu’avilissant ; la vie n’existe pas après l’adolescence ; et bien évidemment l’amour n’est qu’une histoire de fantasme sexuels qu’on peut assouvir, ou pas.
Bukowski n’aurait peut-être pas dit autre chose, mais il l’aurait certainement fait avec une caractéristique qui manque ici cruellement : l’ambition. L’argument n’est pas bête, mais il lui manque de l’ambition dans le style, du travail dans l’intrigue, de la justesse dans les portraits et les dialogues...
Bref, Anthony Moore n’a plus qu’à devenir écrivain, et son éditeur pourra peut-être alors le faire passer pour le nouveau Nick Hornby.
350 pages, éd. Liane Levy - 19 €

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Nicolas S. 21 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines