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La taupe

Publié le 03 mai 2008 par Philippe Di Folco
La taupe Il faut l’imaginer se réveiller à 6 heures du matin et partir inspecter son terrain en pente. Au bout de la petite prairie verte, quelques monticules de terre noire indiquent leurs présences intempestives. Il faut le voir inspecter les pièges, de jolies pinces à escargot montées sur ressorts et terminées par de la ficelle. Il tire un peu dessus. Il en a une ! L’animal est aveugle, l’homme non. Ça s’appelle une taupe. C’est grand comme ma main. Le museau ressemble à une hure, un groin, et les dents sont celles d’un rongeur. La fourrure est douce, et couleur noir de jais. Les deux pattes antérieures sont surdimensionnées et palmées, sans doute pour ramener, pelleter, excaver la terre. Chacune porte cinq doigts encroutés de terre. Mais les pièges se déclenchent parfois seulement sur du vide, ne ramènent du trou que du granulé, de l’éboulis. Les choses ne vont pas assez vite pour l'homme, et les monticules indigènes se multiplient. Il va falloir agir plus fort. Trouver une solution plus radicale. Il imagine quelque pétard, qui, une fois allumé, poursuivrait la bête nyctalope et laboureuse en d’obscurs tréfonds. Il se dit qu’en tirant un coup de carabine bien ajusté dans l’un de ces opercules miniers, la détonation, l’odeur de la poudre, voir quelques plombs suffiraient sans doute à anéantir la talpique maraudeuse.
 
L'homme est un infatigable travailleur à défendre son territoire. Aujourd'hui, il s'étonne de cette présence tellurique sous son jardin à l'anglaise. Demain, il passera ses doigts dans son gazon coupé ras, carressera sa terre basse, bien allangui au soleil, quelque peu aveuglé, voire étourdi par le grand silence que la Nature soudain lui opposera.

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