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Pistol Pete: Style vs Substance?

Publié le 06 mai 2008 par Thomy

Il y a 20 ans, le 5 janvier 1988 précisément, Peter "Pistol Pete" Maravich mourait d'une crise cardiaque lors d'une simple partie de basket, un 3x3 disputé du côté de Pasadena en Californie. Le plus gros scoreur de l'histoire de la NCAA et meilleur marqueur de la NBA en 1977, mais aussi le dépositaire d'un nouveau style de jeu dont l'audace et le spectacle étaient les fondements, s'étaignait. Inventeur du showtime avant l'ère Magic et ses Lakers, sous ses maillots des Tigers, Hawks, Jazz ou Celtics battait le coeur d'un Harlem Globe Trotter. Or c'est justement ce sens du spectacle et l'individualisme exacerbé de Maravich qui agaçait ces détracteurs. Car jamais dans sa carrière, il n'aura su mener ses équipiers au titre, loin de là même. Un showman fantastique donc mais aussi un loser?  Loin des papiers hagiographiques qui devraient pleuvoir sur lui, je tenais aussi à évoquer cette facette du personnage et expliquer pourquoi Pat Riley considérait qu'il était "the most overrated superstar".

Né à Aliquippa en Pennsylvanie, dans la banlieue de Pittsburgh où son père jouait arrière avec les Ironmen dans la défunte BAA (ancêtre avec la NBL de la NBA), le jeune Peter est de fait bercé dans le basket-ball. Devenu coach Press Maravich enseigne à son fils, à partir de 7 ans, les fondamentaux du jeu, mais le jeune garçon très doué dépasse ces gammes pour se lancer dans l'improvisation et la créativité qui feront sa renommée. Le talent bien sûr mais le travail quotidien vont façonner son style. Ainsi après chaque diner, le jeune Pete, sous l'oeil de son père, se doit de marquer 100 lancers-francs, dans l'allée de la maison familiale, avant d'aller se coucher. Plus tard il affirma que souvent après en avoir réussi 99 de suite, il manquait volontairement le dernier plusieurs fois pour pouvoir jouer plus longtemps. Son père raconte même qu'à 11ans, un soir après l'école, il réussit 500 lancers-francs de suite avant que l'obscurité n'interrompe la série. Quelque soit la part de véracité dans ces histoires, une chose est sûre le gamin est doué et il aime ce jeu.

Suivant son père, parti dirigeait l'université de North Carolina State, Pete devient la star du lycée Broughton de Raleigh en scorant la bagatelle de 32 points par match. En 1966, il rejoint l'université de Louisiana State que son père vient coacher. Mais le règlement NCAA n'autorisant pas un 1ère année à jouer avec la varsity team (l'équipe 1ère en quelque sorte), Pete ne peut qu'observer la douloureuse saison des Tigers (3V-23D), tandis qu'il mène l'équipe des freshmen (les 1ères années donc) à un bilan quasi parfait (17-1) en massacrant l'opposition (43.6pts de moyenne).

A l'été 67, il intègre la varsity team des tigers de LSU et ne tarde pas à continuer de martyriser l'opposition. Suivant les principes très offensifs de son père, il shoote dès que l'occasion se présente pour finir 2 saisons de suite avec la meilleure moyenne de points du pays (43.8pts en 68 et 44.2pts en 69). Cependant le bilan des Tigers, s'il s'est considérablement amélioré par rapport à 1966, ne demeure qu'équilibré (14-12 puis 13-13).

La donne change lors de la saison 69-70, car non seulement il continue d'affoler les compteurs mais enfin il fait gagner son équipe. LSU affiche à la fin de l'année un bilan de 22V-10D et se retrouve invité au tournoi NIT alors presque aussi populaire que le tournoi final NCAA. L'équipe atteint les 1/2 finales où elle s'incline nettement contre Marquette 101 à 79. Auteur de prestations offensives hallucinantes comme les 69pts contre Alabama, record de points qui durera 21 ans, il finit l'année avec la plus belle moyenne de points de l'histoire, et le record tient toujours, 44.5pts. Performant individuellement et collectivement, il est logiquement élu joueur de l'année (il remporte le Sporting News, l'USBWA et le Naismith Award). Cependant les critiques stigmatisent le fait que ces shows offensifs sont le plus souvent couronnés de défaite pour son équipe. Ainsi lors de ces 3 meilleures perfs individuelles (69, 66 et 64pts), LSU s'est inclinée à chaque fois. Maravich est doué très doué même, mais le basket est un sport collectif et le jeune Pistol Pete semble souvent l'oublier.

Il n'en demeure pas moins très courtisé par les différentes équipes NBA, mais aussi par l'ABA et les Carolina Cougars notamment. Il bénéficie d'ailleurs d'une hype telle qu'il se voit offrir un des plus gros contrats de l'époque, 1.9 millions de dolllars sur 5 ans. Les Hawks d'Atlanta, désireux pour fidéliser leur public, d'obtenir une "star du sud", lui offre ce pactole en le sélectionnant en 3ème position de la draft, derrière Bob Lanier et Rudy Tomjanovich, et devant Dave Cowens.

Dès sa saison rookie, il prouve que ses talents de scoreur fonctionnent aussi au niveau pro (23.2pts), ce qui lui vaut une place dans la All-Rookie Team, mais encore une fois c'est le bilan collectif qui est montré du doigt. Avant son arrivée, les Hawks étaient champion de la division ouest avec un bilan positif de 48V-34D et avaient même atteint la finale de divison en play-off. Avec lui, le bilan des Hawks du shooteur Hudson, des rebondeurs Bellamy et Bridges et du playmaker Hazzard, devient négatif (36-46), et l'équipe se fait sortir d'entrée en play-off. L'année suivante, plus discret offensivement (19.3pts) le même bilan et l'élimination au second tour se répète malgré un Maravich plus coriace en play-off (27,7pts)

Il parvient à faire taire les grincheux lors de la saison 72-73 qui voit Atlanta, porté par son duo de scoreurs fabuleux, Hudson-Maravich, 4ème et 5ème meilleurs marqueurs de la ligue, établir une saison positive (46-36). Malheureusement l'association de l'eau (Hudson) et du feu (Maravich), tant leur style de jeu diffère, doit encore s'incliner au 1er tour des PO contre les Celtics. All-Star et élu dans la 2ème équipe type de la ligue, Maravich ne peut maintenir les Hawks à flot l'année suivante, malgré ses 27.7pts qui en font la 2ème force offensive de la ligue derrière Bob McAdoo (30.6pts). Atlanta ne dispute même pas les PO, la cause est entendue, dans l'intérêt des 2 parties, Maravich va être "tradé".

La Nouvelle-Orléans qui vient de rejoindre la grande ligue cherche une figure de proue à son équipe, un franchise player marquant pour la ville et la région. Qui de mieux que l'ancienne star universitaire de l'Etat quand Pistol Pete évoluait à LSU? Le Jazz n'hésite pas et échange Dean Memimger, Bob Kauffman + 2 premiers tours de draft et 2 deuxièmes tours de draft pour s'offrir la vedette. Pourtant la 1ère année est loin de répondre aux attentes. Maravich isolé dans une équipe faible subit un marquage stricte qui l'empêche de briller. Son pourcentage tombe à 41.9, le pire de sa carrière, et l'équipe finit dernière (23-59).

Dans l'adversité, le génial arrière d'1,96m ne baisse pas la tête et parvient à rendre son jeu flashy plus efficace. 3ème meilleur scoreur (25.9pts) derrière McAdoo et Abdul-Jabbar, il hisse le niveau de l'équipe à un bilan bien plus honorable (38-44) même si le Jazz ne connait toujours pas le goût des PO. Et puis douce revanche pour lui, il abandonne la dernière place de la ligue à son ancienne team, les Atlanta Hawks.

Au sommet de son art individuellement, et jouant dans une équipe bâtie autour de lui, Pistol Pete enchaîne les cartons. 13 fois, il score lors de cette saison 76-77, 40pts ou plus et réalise son chef d'oeuvre le 25 février 77 au SuperDome de la Nouvelle-Orléans contre les New-York Knicks. Transcendé par le fait de jouer dans un Dome  et devant la télévision nationale, le magicien Maravich écoeure l'opposition (Frazier et Monroe notamment) et établit la 11ème meilleure performance de l'histoire  en scorant 68pts (26/43 et 16/19LF) dans la victoire 124-107. Pistol éblouit et pour la 2ème année de suite est élu dans le 5 idéal mais l'équipe ne gagne toujours pas (35-47) et ses détracteurs stigmatisent le fait que s'étant formé individuellement dans sa jeunesse, il s'avère incapable de jouer en équipe.

La saison 77-78 marque le début d'une rapide régression du niveau de jeu de Pistol Pete. Blessé au genou, il ne se rétabliera jamais vraiment. Ses protections semblent gêner ses acrobaties, bases de son jeu. Transféré à Salt Lake city en 78, le Jazz mormon ne convient plus du tout au magicien et Adrian Dantley lui pique sa place de chef d'orchestre. Utah le libère après 17 matches de la saison 79-80 et Boston, alors équipe phare de la ligue avec son rookie flamboyant, Larry Bird, tente le coup. Pour la 1ère fois, il se retrouve dans une équipe capable de gagner et a donc l'opportunité de faire taire ceux qui comme Riley ou son ancien coéquipier, Lou Hudson, le considère comme un loser (d'un point de vue collectif bien sûr). Usé, il ne peut vraiment profiter de l'instauration de la ligne à 3pts à l'orée de cette saison et si l'équipe gagne la division atlantique avant de perdre en finale de conférence, son impact n'est plus que secondaire et le 20 septembre 80, il décide de se retirer.

La différence entre son bilan individuel et collectif est telle qu'on comprend mieux pourquoi certains considèrent ce joueur surcôté quand d'autres voient en lui un des plus grands joueurs de l'histoire. Elgyn Baylor, star des Lakers dans les 60's, penchait lui pour la 2ème solution: "Robertson was the best guard i ever played against. Jerry West was the best i ever played with. And Pete is the best i've ever seen."  Le comité du Hall oF Fame en l'élisant au Panthéon du basket opta aussi pour cette voie en 87. Je suis bien d'accord avec eux.


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