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GTA4 is in da house

Publié le 06 mai 2008 par Ffievre
Les premiers arts étaient l'architecture, la sculpture, la peinture, la danse, la musique, la poésie, (d'après Hegel), puis on y a ajouté le cinéma ("le 7è art") ; suite à quoi la télévision, l'art dramatique et la photographie se sont retrouvés tous trois rangés à la huitième place, juste avant ce neuvième art qu'est la bande dessinée - Notez que pour l'instant la littérature n'est pas encore considérée comme un art. Il est vrai que l'ajouter maintenant ferait un peu tâche. Imaginez : "nous avons trouvé le dixième art, c'est la littérature!". Non, ce serait grotesque; c'est pourquoi on a préféré mettre en dixième place les jeux video. Ne riez pas. Lara Croft ne rit pas
Les jeux video sont "une industrie culturelle", comme les livres, la musique, le cinéma, la télévision, et la radio (d'après le concept introduit par Adorno et Horkheimer dans "La dialectique de la raison", 1947). Du point de vue économique, le jeu video prend un essor de plus en plus considérable depuis une dizaine d'années. Sur Wikipedia il est dit que "les logiques à l'œuvre dans ces secteurs [livres, musique, cinéma etc.] ne sont pas très différentes de celles prévalant dans l'édition de jeux vidéos ou de la haute couture, la différence essentielle étant le statut du créateur original: les techniciens (infographiste, couturier), par exemple, ne jouissent pas du statut social de l'artiste, (écrivain ou sculpteur)". Cet article est à repenser, puisque justement en France des voix s'élèvent pour reconnaître aux créateurs de jeux video ce statut tant convoité qui permet d'accéder à des aides financières, comme c'est le cas pour le cinéma, la musique et l'audiovisuel. Sachant que le secteur des jeux video a détrôné le cinéma et la musique en terme de chiffre d'affaires (logiciels : 1,2M, consoles : 2M), je m'explique mieux pourquoi il y a tant de remue-ménage. Des grosses machines prennent tout le marché, et ne laissent plus de place aux petites boîtes qui rament pour sortir des jeux video "de qualité". Il est fort possible qu'à terme, de petits créateurs soient soutenus comme l'est le cinéma d'art & d'essai, par un système de redistribution. Une certaine mutation est donc en train de se produire, puisque le jeu video est en train d'accéder, à la fois statutairement et symboliquement, à la reconnaissance artistique. J'imagine déjà les Super Mario Awards, où l'on décernerait le prix du meilleur scénario, le prix du meilleur graphisme ou de la meilleure musique... et le Super Mario d'honneur!
Mario et Luigi en pole position
Dans ce contexte, la sortie d'un jeu comme GTA vient rivaliser avec la sortie d'Iron Man au cinéma (c'était la polémique il y a quelques jours), surtout parce que les gamers ne sortent pas de chez eux avant d'avoir fini le jeu, alors qu'ils forment précisément le coeur de cible d'un film comme Iron Man (lire aussi la contre-polémique). En somme, les investisseurs qui mettent des millions pour produire les films qui inondent nos écrans (télé et cinéma) vont finir par penser que leur activité est moribonde (pensée qui s'infiltre déjà depuis quelque temps avec le téléchargement illégal). Et puis pourquoi payer des acteurs, des studios etc., alors que chacun maintenant peut être l'acteur de son propre film (chef de la pègre à NY dans GTA4) et shooter tous les gens mieux qu'au cinéma, avec de super armes customisées?
En somme : il y aurait cannibalisation d'une industrie culturelle par une autre, voilà tout. Rien qui ne concerne l'art là-dedans. Oui, mais on nous dit que les jeux video sont maintenant considérés comme le dixième art? Moi, je veux bien, mais si dans "jeu video", il y a le mot "video", ce qui pourrait éventuellement renvoyer à une activité artistique, il y a surtout le mot "jeu".Or, si les jeux sont de l'art, qu'attend-on pour placer les designers de jeux de cartes, les scénaristes de jeux de rôles, les concepteurs de jeux de société etc. au rang de professions artistiques? Et en quoi un jeu, même s'il est le fruit du travail d'artistes (comme peuvent l'être la publicité, la magie, le cirque, la mode, le design et j'en passe) en devient-il une oeuvre artistique pour autant? Je veux bien que l'on considère la dimension artistique (parfois indéniable) du travail accompli, mais le produit final n'en demeure pas moins un jeu : sa fonction n'est donc pas la même qu'une bande dessinée, qu'un film ou qu'un tableau.Quant à la notion d'industrie culturelle appliquée au jeu vidéo, si elle est moins choquante, elle témoigne cependant d'une confusion des genres, liée au terme de "culture", mais c'est un vaste débat.
Ah, en attendant, je cours m'acheter le dernier opus des GTA4, j'espère m'enrichir plus qu'en lisant Maupassant, et puis après le temps que je viens de perdre à vous raconter toutes ces salades, peut-être vais-je enfin pouvoir développer mon potentiel créatif! :-)

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