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Les Damnés: La lignée des Petrova – Chapitre 28

Par Artemissia Gold @SongeD1NuitDete

Elijah s’immobilisa à quelques centaines de mètres de la chapelle. Il ignorait  son emplacement exact et avait l’impression de tourner en rond depuis des heures. La nuit était totalement tombée et la forêt, figée par le froid, était curieusement  silencieuse,  comme si ses habitants habituels l’avaient totalement désertée. Il tenta de percer l’obscurité qui avait envahi les sous-bois mais ses sens aiguisés ne percevaient aucun bruit en dehors de celui de sa respiration inquiète qui dessinait devant son visage des volutes de buées qui se dissipaient dans le froid glacial.

Des hurlements déchirèrent soudain le silence et le firent tressaillir. Ce n’était pas sa voix, c’était déjà cela, mais ce fut loin de le rassurer. Il se laissa guider par ces plaintes lugubres qui s’affaiblissaient au fur et à mesure qu’il s’en approchait. Lorsqu’il déboucha sur la clairière, il eut un mouvement de recul devant la masse noire qui se dressait à quelques dizaines de mètres de lui. Par les portes largement ouvertes s’échappaient des flammes vives qui semblaient donner vie à la ruine. De ce monstre de pierre émanait une odeur de chairs brûlées qui l’assaillit à la gorge et le glaça d’effroi. Il se précipita vers la gueule béante en proie à une angoisse qu’il peinait à maîtriser. Mais alors qu’il avait enjambé d’un pas les marches qui menaient à l’entrée, il se figea soudain en la voyant adossée à l’un des imposants piliers qui devaient autrefois soutenir un auvent de chêne maintenant disparu. Il inspira profondément malgré la fumée nauséabonde comme s’il avait manqué d’air depuis qu’il avait mis un pied dans la clairière.

Le regard irrémédiablement absorbé vers la carcasse calcinée qui se consumait dans l’entrée de la chapelle, elle ne le vit arriver. Lorsqu’il l’étreignit à l’étouffer, elle mit quelques instants à sortir de cette  torpeur qui l’avait envahie et que les flammes dansant autour du corps immobile entretenaient par leurs lents mouvements hypnotiques. Devant son manque de réaction, Elijah se détacha à regret de ce corps qui lui semblait curieusement si distant et absent. Il la tint un moment à bout de bras et finit par saisir son visage de ses deux mains pour rompre sa fascination malsaine pour la scène macabre qu’elle avait manifestement, elle-même, provoqué. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour regarder le corps de Noah d’où ne s’échappait plus aucune plainte.

- Arrête ça Noura, ordonna-t-il d’une voix ferme. C’est terminé.

Le regard perdu vers l’intérieur de la chapelle, elle ne répondit pas immédiatement :

- Pas encore. Pas tant que Viktor  sera en vie…. Viktor et ton frère, répondit-elle finalement d’une voix que l’originel peina à reconnaître tant elle lui sembla rauque et froide.

Lorsqu’enfin, elle porta son attention sur le visage d’Elijah, il n’apprécia pas le moins du monde ce qu’il voyait ou plutôt ne voyait plus. L’étincelle qui avait toujours animé son regard vif avait été soufflée, balayée comme il le craignait par les événements des derniers jours.

- Ne fais pas ça, la supplia-t-il. Tu n’es pas ce genre de…

Sa phrase resta en suspend, incapable de prononcer ce dernier mot qui le répugnait quand il s’agissait d’elle.

- Ce genre de quoi, Elijah ? …de vampire ? de créature ? Dis plutôt que tu ne supportes pas l’idée que je le sois. Mais je le suis. Je suis un vampire et une sorcière aussi. Une sorcière qui va exterminer tous ceux qui menaceront les siens, s’emporta-t-elle en écartant brusquement les mains qui lui caressaient le visage.

Elijah se recula pour dévisager cette femme qu’il avait aimée pendant des années et qui lui semblait à cet instant une véritable étrangère. Ses traits s’étaient durcis, son regard obscurci d’une telle manière qu’il ne put réprimer une expression de sincère affliction. Le vampire inspira profondément avant de reprendre :

- Si tu t’en prends à Klaus, tu t’en prends à moi parce que je ne te donnerai pas mon sang pour que tu brises nos liens, commença-t-il aussi posément que lui permettait la confusion de ses idées.

Il se tourna vers l’intérieur de la chapelle. Le feu, qu’elle avait finalement circoncis, laissa apparaître une masse fumante, informe et méconnaissable.

-  Mais je suppose que c’était déjà ce que tu avais prévu, parce que je doute vraiment que Noah ait consenti à te donner les fioles, n’est-ce pas ?

Elle baissa la tête en signe d’aveu.

- Je ne ferai jamais rien qui puisse te blesser, tu le sais bien, confessa-t-elle.

Elle était sur le point de lui révéler la véritable nature de la formule, de lui dire qu’elle était pour lui sa seule chance de retrouver cette humanité qu’il regrettait tant et qu’il tentait vainement de préserver chez elle. Mais elle se ravisa soudain. Lorsqu’elle le vit s’avancer lentement vers l’entrée, elle devina aussitôt ses intentions et d’un geste instinctif rétablit ce mur invisible qui avait maintenu Noah prisonnier de la chapelle.

- Je ne te laisserai pas toucher à ce livre, décréta-t-elle brusquement.

Indigné d’être stoppé dans son élan, Elijah envoya son poing s’écraser contre la paroi translucide et se retourna vivement vers la jeune femme, qui nullement impressionnée par son emportement soudain, lui fit effrontément face.

- Ce livre va te tuer, Noura. Détruis-le avant qu’il ne le fasse ou qu’un autre comme Noah ne s’en empare ! s’emporta-t-il en la saisissant fermement par les épaules.

- Il ne me tuera pas : il me rend plus forte. Et si quelqu’un veut s’en emparer, il subira le même sort, répliqua-t-elle en lançant un regard vers le corps de Noah.

- J’ai la dague. On peut tuer Viktor sans tu ais à te servir de la magie, reprit-il plus calmement.

Elle se dégagea lentement de ses doigts qui serraient presque douloureusement ses bras. Elle répondit presque dans un murmure :

- Et que se passera-t-il lorsque Klaus aura en sa possession tout ce dont il a besoin pour lever la malédiction. Crois-tu sincèrement que je le laisserai faire après tout ce que j’ai perdu, et vais prendre encore, par sa faute ?

- Je ne veux pas que tu t’en prennes à lui et je ne veux pas que tu te serves de cette magie. Donne-moi le livre !

 - Jamais !

Ils avaient eu beau l’ignorer, croire qu’il pouvait la braver par de vaines promesses illusoires mais à l’évidence cette ombre qui avait toujours plané au dessus de leur histoire était en train de se dresser entre eux, inévitable et menaçante. Ils se dévisagèrent en silence un long moment, lisant dans le regard de l’autre cette même affliction mêlée d’amertume. Tout était terminé, ils le savaient. Le poids de leur passé venait de tout détruire. Et s’il planait encore ne serait-ce que l’ombre d’un doute, il n’allait pas tarder à être lui aussi violemment balayé.

A l’image de la jeune femme, Elijah refoula, à cet instant, tout ce qui aurait pu le faire fléchir. Elle avait choisi et elle ne lui donnait pas le choix. Il franchit lentement les quelques pas qui les séparaient. Il posa une main sur ce visage dont l’impassibilité le troublait par son étrangeté. Cette caresse, qu’elle reçut sans méfiance, fit aussitôt ressurgir tout ce qu’elle ressentait pour cet homme et qu’à l’évidence elle ne pouvait pas réprimer très longtemps. Leurs souffles haletants se rejoignirent dans un nuage qui se condensait à mesure qu’Elijah approchait son visage du sien. Hésitante, elle recula pour éviter ce contact qui, elle le savait, n’allait  une fois de plus que compliquer les choses. Acculée contre le pilier de pierre, elle ne put se dérober davantage, il embrassa ses lèvres entrouvertes, la pressait davantage contre lui. Elle ne résista plus, finit par se laisser aller à ce baiser qui perdait peu à peu de sa douceur. Il se fit plus profond, plus pressant, provoquant chez Noura  un malaise inexplicable. Elle intercala une main entre eux et  tenta de le repousser. Il agrippa de cette main importune et s’écarta légèrement :

- Je suis désolé Noura mais je ne peux pas te laisser utiliser ce livre.

Dans sa voix, pourtant calme, résonnait une menace qui la fit paniquer d’autant plus lorsqu’il  plongea un regard insistant dans le sien.  Elle tenta de détourner le sien avant qu’il n’ait pu utiliser son pouvoir de persuasion mais il saisit  brusquement son visage l’obligeant ainsi à lui faire face. Elle laissa échapper une plainte tant de douleur que de désarroi. Il ne se laissa pourtant pas attendrir par son expression bouleversée. L’hypnose était devenue son unique solution même si elle ne lui pardonnerait jamais de l’avoir contrainte.

- Tu ne me laisses pas le choix, ajouta-t-il comme pour excuser ce geste qui lui coutait plus que tout.

- Toi non plus, répliqua-t-elle en se remettant rapidement de sa surprise.

Le crâne traversé par une douleur si aigüe qui lui fit perdre l’équilibre, Elijah s’écarta brusquement, les mains enserrant sa tête, et fut contraint de mettre genou à terre.

- Arrête ça ! gronda-t-il encore entre ses dents.

La douleur s’apaisa. Il se releva lentement. Ils restèrent là face à face le souffle court, se dévisageant, aussi atterrés l’un que l’autre de ce qu’ils venaient de se faire subir mutuellement. Sentant les larmes monter inexorablement et lui brouiller la vue, Noura rompit la première cet affrontement silencieux et disparut dans la nuit. Resté seul, planté au milieu du parvis, Elijah laissa libre cours à sa colère et à son désarroi contre les piliers de pierre qui s’effondrèrent sous ses coups.


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