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[Dossier] Sylvester Stallone : la chevauchée de L’Étalon Italien

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Dossier] Sylvester Stallone : la chevauchée de L’Étalon Italien

Dans la catégorie des hommes forts du cinéma d’action, Sylvester Stallone tient une place bien particulière. À l’heure où sort en France, Évasion, où il partage l’affiche avec son ex-rival Arnold Schwarzenegger, et avant Match Retour qui le verra reprendre les gants pour affronter Robert De Niro et bien sûr le troisième volet de la saga Expendables, Sylvester Stallone apparaît plus que jamais comme le guerrier qu’il n’a jamais cessé d’être. Malgré les scores parfois très modestes de ses films au box office ces dernières années et les critiques qui le verraient plutôt laisser tomber les flingues et la baston pour laisser la place à la jeune garde, Sly ne baisse pas les bras. À 67 ans, L’Étalon Italien tient la forme et enchaîne les projets. Il se joue du temps qui passe, affiche un physique toujours impressionnant et continue d’encaisser les coups bas d’une vie qui n’a pas toujours été tendre avec lui. Star incontestée des années 80/90, Stallone est décidément une personnalité atypique. Beaucoup plus en tout cas que ses détracteurs veulent bien le reconnaître. Même au plus bas, alors qu’il enchaînait les navets, il a toujours appliqué le code de son alter-égo, Rocky Balboa : ne jamais laisser tomber, tant que la cloche n’a pas sonné.

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De la Cuisine du Diable aux plateaux de tournage

Il y a dans le premier Rocky, une scène particulièrement parlante, où le parallèle entre le personnage et Stallone apparaît comme évident. Dans son appartement insalubre, Rocky se tient devant le miroir où est accrochée une photo de lui enfant. Sur la photo, c’est le jeune Sly que contemple Rocky. Au moment du tournage, alors qu’il n’est que cet acteur de seconde zone auteur d’un scénario miraculeusement porté à l’écran par un grand studio, Stallone doit forcement piocher dans sa propre expérience. En méditant devant une photo de lui enfant, Rocky fait remonter à la surface une frustration cuisante. Lorsqu’on est gosse, tous les espoirs sont permis. Quand on a 30 ans, les perspectives sont déjà plus réduites. Pour Rocky, qui vivote de petits matchs de boxe en boulots minables, mais aussi pour Sly, qui joue à ce moment même sa vie, avec un film dans lequel il a mis toutes ses tripes.

Pour autant, l’enfance ne fut pas une période particulièrement heureuse pour Sly qui commence sur des chapeaux de roues quand le toubib chargé de l’introduire dans le monde, lui écorche le visage avec les forceps au point de sectionner un nerf provoquant une légère paralysie faciale.
C’est le 6 juillet 1946 que Michael Sylvester Enzio Gardenzio Stallone vient au monde dans la douleur, à Hell’s Kitchen, l’un des pires quartiers de New York. Né d’une mère franco-ukrainienne et d’un père italien, le jeune Sylvester est un pur produit d’une Amérique pluri-culturelle. Pas franchement favorisé, il se fait vite remarquer par une scolarité chaotique. Viré de 14 écoles, il écope carrément du titre de candidat le plus sérieux à la chaise électrique. Alors que quelque-part en Autriche, un jeune chêne suit une trajectoire calculée au millimètre près, censée le mener au firmament de la gloire, lui expérimente la valeur de l’échec comme moteur à injection le propulsant vers ce que beaucoup de ses proches considèrent comme une voie de garage.
Le sport néanmoins lui ouvre les bras. Il pratique la musculation à Philadelphie dans une salle ouverte par sa propre mère (?), touche au football et à la boxe, arrosant sans le savoir les graines de la réussite. Plutôt bon quand il s’agit de faire marcher ses muscles, Sly se voit remettre une bourse d’étude qui lui permet de s’envoler pour la Suisse. Là-bas, il découvre les planches et prend goût à la comédie. À son retour au pays, il étudie l’art dramatique à Miami et apparaît dans quelques pièces à Broadway. Pressé de gagner sa vie, il plaque ses études juste avant d’obtenir son diplôme. Un diplôme qu’il aura néanmoins en 1999 quand l’école décide de le récompenser tout de même pour sa carrière.

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Quand il tourne le dos à l’école d’art dramatique, Stallone se retrouve sans le sous. Les rôles se font rares. En 1970, il est plus ou moins contraint d’accepter de jouer dans un porno soft du nom de The Party at Kitty and Stud’s, pour lequel il touche 200 dollars. À noter que le porno en question a refait surface, quand Stallone est devenu une star internationale, sous le titre L’Étalon Italien. Pauvre navet fauché, soutenu par une musique funky à la ramasse, le film est une curiosité. Finalement, Sly n’y apparaît pas comme un véritable acteur porno, les scènes de sexe étant vraiment plus suggérées qu’autre chose, et le résultat n’est pas plus honteux que le Monaco Forever de Van Damme, ou même que l’hilarant Hercules à New York de Schwarzenegger.
Dans la foulée, il tourne à la télé, apparaît dans Bananas de Woody Allen, dans Klute d’Alan J. Pakula (il n’est pas crédité au générique) et finit par tourner dans Les Mains dans les poches, de Martin Davidsen et Stephen Verona. C’est là que les choses commencent à bouger. Mine de rien, Les Mains dans les poches remporte un certain succès. Succès amenant Sly à squatter les plateaux de tournage, au point d’apparaître dans cinq films durant l’année 1975. Parmi ses rôles, deux sont vraiment anecdotiques. Il fut même coupé au montage pour l’un d’eux. Dans Capone, Stallone bénéficie d’une plus belle exposition, comme dans Adieu ma jolie, même si il est vraiment encore très loin du but. De cette période, un long-métrage ressort néanmoins. Ce film, La Course à la mort de l’an 2000 jouit encore aujourd’hui d’une belle petite réputation. Œuvre brutale d’anticipation, en forme de missive acerbe dénonçant les travers de la société américaine, le long-métrage réalisé par Paul Bartel fait de plus office de visionnaire, en abordant des thématiques alors à peine effleurées par le cinéma et s’apparente à une critique avant l’heure des dérives de la télévision à grand spectacle (et indirectement d’une télé-réalité qui n’existe pas encore). Série B certes foutraque, mais sympathique, La Course à la mort de l’an 2000 voit ainsi David Carradine et Sylvester Stallone conduire des bagnoles bizarres en dézinguant des gens. Culte, le film l’est en tout cas beaucoup plus que son remake, avec Jason Statham, sorti en 2008, même si ce dernier reste plutôt agréable dans son genre.

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L’ascension et l’explosion de l’Étalon Italien

Si il tourne régulièrement, c’est souvent pour ne jamais s’extirper de la masse et juste pour payer son loyer. Seul, Stallone ne peut compter que sur Butkus, son chien, avec lequel il vit dans un studio plus petit que son placard à chaussures aujourd’hui. Entre petits boulots et contrats, il passera une décennie à galérer comme un âne, se raccrochant à un rêve qui lui échappe sans cesse.
La révélation viendra avec le match de boxe qui oppose en 1975, le champion Muhammad Ali à Chuck Wepner, un outsider considéré presque unanimement comme un tocard de troisième zone. Dans le public, Stallone voit Wepner résister, encaisser et au final infliger à Ali ce qui restera l’une des plus frappantes leçon de sa vie en lui tenant tête pendant 15 rounds. À un moment, il réussit même en envoyer le champion au tapis (en lui marchant sur le pied certes, mais quand même). Rocky nait ainsi dans le cerveau en ébullition de Sly. En rentrant, il s’attèle à la rédaction du scénario qui changera sa vie. L’histoire est celle d’un trentenaire, boxeur sur le retour et looser confirmé, auquel l’on propose un match contre le champion du monde des poids lourds. Directement inspiré par Chuck Wepner, Rocky Balboa doit affronter Apollo Creed/Muhammad Ali, un cogneur vantard et exubérant. Son scénario en poche, il démarche les producteurs qui se montrent intéressés. Eux voient bien James Caan, Robert Redford ou Ryan O’Neil dans le rôle de Rocky, mais Stallone refuse, voulant à tout prix s’en charger lui-même. Les enchères montent mais Stallone tient bon. On lui propose jusqu’à 1 millions de dollars, mais il refuse. Là est sa chance, il le sait et ne lâche rien, alors qu’il crève pourtant la dalle. Il est même contraint de vendre son chien à un type, la mort dans l’âme. Plus tard, quand les producteurs céderont à son exigence, sans y croire, et achèteront son script 35 000 dollars, il se mettra tout de suite à la recherche de son chien, le retrouvera et proposera au type auquel il l’a vendu, de le lui racheter pour 100 dollars, alors qu’il l’avait vendu 50. Le gars refusera, et là aussi, les enchères monteront. Au final, Sly récupèrera Butkus pour 15 000 dollars tout en promettant au gars en question un petit rôle dans Rocky. Butkus aussi jouera dans Rocky !
C’est le genre d’histoire qui appartient à la légende. La suite aussi est gravée dans la pierre et fait office d’exemple à suivre pour tous les aspirants aux succès. De par sa réussite, sa volonté et sa faculté à se forger à la force des bras et des méninges sa propre version du rêve américain, Sylvester Stallone est une grande source d’inspiration.

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En 1976, Quand sort sur les écrans Rocky, après un tournage très court, Stallone s’extirpe de l’anonymat. Le film de John G. Avildsen remporte 3 Oscars dont celui du meilleur film. Sur la scène de ces mêmes Oscars, Sly pose à côté de Muhammad Ali. Chef-d’œuvre aux résonances universelles, Rocky marque une étape importante dans le cinéma moderne. Il s’érige en modèle d’un genre à part. Nombreux seront ceux qui marcheront sur ses pas sans toujours arriver à un résultat aussi flamboyant. En cette deuxième moitié des 70′s, Sly est considéré par les critiques comme le nouveau Marlon Brando. Fort, charismatique, abordable, il accroche le regard et inspire les foules.

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Dans F.I.S.T., son film suivant, Sly reste dans un tonalité dramatique en campant sur ses positions, du côté des laissés pour compte. La même année, Sly passe pour la première fois derrière la caméra avec La Taverne de l’enfer. Son frère, Frank, sorte de mix entre Sly et Sinatra, apparaît à l’écran dans le rôle d’un chanteur (il était déjà dans Rocky). Évoluant dans le milieu du catch, La Taverne d’Enfer n’est pas un grand succès mais illustre l’ambition d’un Sly lancé à pleine vitesse. En 1979, il reprend les gants à l’occasion de Rocky 2 : La Revanche et décroche à nouveau la timbale du côté d’un public grandissant. Les Faucons de la Nuit, polar sympathique et À nous la victoire, un film sur le foot (le soccer) avec Pelé, ne sont que de gentilles transitions en attendant Rocky 3 : l’œil du tigre. Le succès est énorme partout où le film sort. Rocky n’est plus un outsider. Le Champion, c’est lui. Rocky suit la même progression que Stallone qui injecte toujours autant d’authenticité à son personnage phare en prenant quand même soin de réserver à l’action une place plus importante. À noter que le match qui oppose dans ce troisième volet, Rocky à Lèvres de Feu, le catcheur interprété par Hulk Hogan est lui aussi directement inspiré de Chuck Wepner, qui affronta lors d’un combat singulier, le lutteur André The Giant.

Le fait que Rocky soit si populaire et accompagne Stallone dans son ascension irrésistible vers les hautes sphères du succès, n’empêche par l’acteur de se chercher de nouveaux défis. Impressionné par le bouquin, Rambo, de David Morell, racontant la difficile réinsertion d’un soldat fraîchement rentré au pays après avoir combattu au Viet-Nam, Sly se met à écrire un nouveau scénario. Encore une fois, on ne pense pas à lui en premier lieu pour tenir le rôle de John Rambo. Dustin Hoffman est, entre autres prétendants, envisagé, mais laisse tomber devant un script qu’il juge trop violent. Stallone de son côté, n’a pas peur de la violence et endosse le treillis de Rambo. Le résultat est sans concession.

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Drame doublé d’un survival brutal, doté d’une large dose d’action, Rambo (First Blood en version originale) se pose comme l’une des œuvres les plus virulentes sur l’après Viet-Nam. Il aborde l’épineuse question du retour au pays et de la réinsertion et met le gouvernement américain le nez dans sa merde. Avec les années, principalement à cause des suites, Rambo est devenu autre chose qu’un rebelle en quête de reconnaissance, mais dans ce premier film, il n’est que ça : la conscience bafouée d’un pays hanté par l’échec chaotique du Viet-Nam qui cherche à tourner la page quel qu’en soit le prix.
Le public accueille remarquablement bien le nouveau personnage phare de Stallone. Fort de plusieurs coups d’éclat au box office, il se paye le luxe de réaliser Staying Alive, la suite de La Fièvre du Samedi Soir, avec John Travolta, et de chanter de la country dans l’ubuesque New York Cow Boy. Film qui lui permet malheureusement de faire son entrée sur les écrans radars des Razzies Awards, ces trophées qui récompensent en marge des Oscars les pires films et prestations. L’histoire entre Sly et les Razzies commence alors et dure encore aujourd’hui. À ce jour, Stallone a gagné 10 Razzies du pire acteur et a été nominé 30 fois.

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Rapidement, Stallone revient vers Rambo. Rambo 2 : La Mission sort en 1985. Co-écrit par un James Cameron débutant, le film est un carton absolu. En France, c’est carrément le premier film de l’histoire à franchir la barre des 500 000 entrées en première semaine. Pur film d’action jubilatoire, laissant un peu de côté la dramaturgie du personnage pour faire de lui une arme de destruction massive, Rambo 2 sort à quelques mois d’intervalle de Rocky IV. Un détail qui fait probablement de l’année 1985 celle du vraie changement dans une carrière jusqu’alors marquée par une certaine sobriété.

Le succès de Rambo a pour principale influence de bouleverser complètement sa signification profonde. Autrefois symbole de l’échec américain, il se transforme dans le deuxième épisode en super soldat. Une sorte de porte-drapeau capable de démanteler une armée à lui tout seul, quasi-immortel de surcroît. Rambo est l’arme ultime d’un pays reparti en guerre (froide) contre un autre ennemi (le russe). Et cette fois-ci, comme le dit Rambo au colonel Trautman au début du film : « on y va pour gagner. ». Ancien vestige d’un pays ingrat, Rambo est devenu le bras armé d’une Amérique fière car reconstruite et prête à en découdre. Grisé par le succès, Stallone laisser couler et donne de manière implicite son consentement pour déposséder Rambo de toute sa substance vindicative, même si il reste ici et là quelques traces du caractère plus critique des débuts, comme quand Rambo lance au même colonel qu’il ne veut qu’une chose, à savoir être aimé par son pays autant qu’il l’aime. En une phrase, Stallone affirme son désir encore farouche de ne pas céder Rambo aux bras de ceux qui aimeraient en faire une version sauvage et torse-poil de Captain America. Malheureusement, il baissera la garde un peu plus tard, pour le troisième volet…

Pas une année ne passe sans qu’un film avec Stallone ne sorte en salle. De son côté, Schwarzenegger est aussi au sommet et l’action au cinéma est en pleine bourre. Avec Rocky IV, le plus faible de la saga, Stallone se laisse aller et offre à son public une métaphore bourrine de la Guerre Froide, en s’opposant à un champion de boxe russe. Rocky, l’américain, s’entraîne à l’ancienne et court après une vengeance noble. Ivan Drago, le russe incarné par le suédois Dolph Lundgren, à qui Stallone met le pied à l’étrier, se prépare à son combat dans des salles ultra sophistiquées et se dope comme une nageuse de l’ex-URSS. À la fin, alors qu’à lui seul, Rocky fait tomber le molosse moscovite, il se paye de plus le luxe de réunifier les peuples lors d’un discours emblématique qui n’y va pas avec le dos de la cuillère. Rocky IV marque précisément le point culminant de la carrière « bannière étoilée » de Stallone. Il est célèbre, riche, adulé, il vient d’emballer Brigitte Nielsen (présente au casting de Rocky IV), enchaîne les projets, et n’a peur de rien. Aujourd’hui, Stallone admet volontiers qu’à cette période de sa vie, son égo était déchaîné. Pourtant, même quand il sert à la soupe à Regan, Stallone conserve un capital sympathie énorme et de par sa seule présence, parvient à livrer un spectacle grandiose, qu’il faut quoi qu’il en soit prendre au second degré. Au second degré car il est tout même dommage d’avoir emmené ses deux alter-égos (Rocky et Rambo) sur des chemins de traverses, en contradiction avec leur nature profonde.
Rambo 3 sera le dernier film de cette tendance. Là, Rambo va carrément se fritter avec les russes, en pactisant avec le peuple opprimé afghan. Au départ pour sauver la peau de son ami le Colonel Trautman, puis par la suite, pour amorcer une révolution contre un oppresseur tyrannique qui au même moment, dans la vraie vie, menace les États-Unis.

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Celui que beaucoup considéraient comme l’un des plus sérieux candidats à la relève de Brando s’est transformé en bête du box office accro aux blockbusters. Un homme spécialisé dans les films d’action, musclé, charismatique, qui frappe avant de parler et qui prend soin de ponctuer ses coups d’éclats par des répliques bien senties comme s’il y en pleuvait. Étiqueté star des films d’action Sly a du mal à revenir à des rôles plus nuancés. Même si au fond tous ses films sont aussi marqués par une large dose de baston et/ou de fusillades. Tout en répondant à la demande, notamment avec Over The Top, une déclinaison de Rocky dans le monde très fermé du bras de fer, ou Cobra, un policier où il retrouve sa chère et tendre Brigitte Nielsen. Avec Haute Sécurité, il retrouve un personnage plus dramatique. Un type persécuté, victime d’une injustice qu’il est le seul à pouvoir réparer. Tango & Cash, où il partage l’affiche avec Kurt Russell se positionnant directement dans la lignée de l’une des plus fameuses tendances du moment : le buddy movie.
Si la critique n’est pas toujours tendre avec lui, le public continue, à divers degrés, de le suivre et ses films font recette. Pas autant que les Rambo et les Rocky mais quand même ; le vent souffle toujours dans la bonne direction pour L’Etalon Italien. Voulant farouchement se détacher de ses deux alter-egos, Sly est parfois maladroit. Dans Tango & Cash, un gars qui compare son personnage à Rambo, s’entend répondre « Rambo, c’est une pédale ». Le message est on ne peut plus clair.

Les montagnes russes des années 90

Les années 90 ne sont pas tendres avec Sylvester Stallone. En 10 ans, l’acteur apparaît d’une façon ou d’une autre dans 14 longs-métrages (en comptant l’année 2000). Seuls 7 d’entre eux dépassent la barre des 100 millions de dollars au box office mondial et sur ces 7 films, aucun ne franchit le même cap aux États-Unis. Payé grassement, Stallone fait douter les producteurs et le public semble s’en désintéresser, alors que Schwarzenegger s’illustre toujours, tout comme Jean-Claude Van Damme, ou même Steven Seagal qui casse la baraque en 1992 avec Piège en Haute-Mer, le blockbuster qui lui permet de toucher du doigt les sommets.

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Les années 90 voient tout d’abord le retour de Rocky. Conscient d’être allé un peu loin avec le quatrième volet, Sly remet Rocky en perspective, et tente de renouer avec l’aspect dramatique du premier opus. Dans Rocky V, le boxeur est détruit. Physiquement, il risque d’y rester à tout moment et financièrement, il a tout perdu. Retour à la case départ. Là encore la métaphore est flagrante.
Même le réalisateur du premier, John G. Avildsen, est de retour à la réalisation. Pourtant la sauce ne prend pas. Rocky V est un bon film, mais comme l’explique aujourd’hui Stallone, il fut à l’époque jugé trop sombre. De plus, Rocky ne monte plus sur le ring. Désormais, il entraîne un jeune poulain et reste à bonne distance des gants. Au box office, le film est un échec.
C’est alors que Sly change de registre et embrasse, à l’instar de Schwarzenegger, la comédie. Contrairement au Chêne Autrichien, L’Etalon Italien se vautre. Arrête où ma mère va tirer est un désastre total, tout comme L’embrouille est dans le sac, ce remake à la ramasse du film français Oscar. Malgré la présence de John Landis derrière la caméra.
Avec Cliffhanger, de Renny Harlin, Stallone revient en force. Haletant, dépaysant et s’ouvrant sur une séquence qui fait toujours office de référence du genre, le film est un succès et un peu partout, on annonce le retour en grâce de Stallone qui semble enfin accepter ce que l’on attend du lui. Avec plus de 255 millions de dollars récoltés à travers le monde, Cliffhanger est l’un des plus gros succès de Sly. Demolition Man aussi marche bien. L’Expert également, où Sly se la joue sulfureux en compagnie de Sharon Stone. C’est alors que vient Judge Dredd. Navet inter-galactique, cette adaptation du célèbre comics est un ratage total. Assassins de Richard Donner et Day Light de Rob Cohen ne font pas non plus des masses d’étincelles. Tricard, Sly est étiqueté has been et peine vraiment à revenir.

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Cop Land représentera une planche de salut bienvenue.
Avec cet excellent film, réalisé par James Mangold, Sly retrouve l’ambiance de ses premiers films et le caractère intimiste qui lui va si bien. Afin de s’écarter de son image d’action man, il prend du bide et fait profil bas. Entouré d’une escouade d’acteurs prestigieux, Robert De Niro et Harvey Keitel en tête, le comédien fait des merveilles et signe l’un de ses meilleurs films, même si au box office, ce n’est pas non plus terrible.
Cop Land reste néanmoins important dans la carrière de Sly car il permit de rappeler au public et aux critiques à quel point il pouvait être bon et faire preuve d’une sensibilité que beaucoup ne lui prêtaient plus.

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La grande traversée du désert

Si les années 90 furent marqués par une progression en dents de scie, les années 2000 furent carrément catastrophiques pour Sly. Encore sous l’influence par les bons retours de Cop Land, Stallone enchaîne pourtant les faux pas. Ok, Fourmiz est très bon, mais Sly n’y fait qu’une voix. Get Carter, le remake du classique avec Michael Caine passe inaperçu ; Driven est l’un des pires navets dans lesquels il s’est fourvoyé ; D-Tox : Compte à rebours mortel est passable, mais s’apparente à une version sous Lexomyl d’un Se7en un peu aux fraises ; et Mafia Love… illustre un renoncement assez triste (et encore, Sly fait bonne figure par rapport à une Madeleine Stowe neurasthénique).
Désespéré, Sly prend tout ce qui passe et apparaît au début de Taxi 3 lors d’une scène surréaliste. Triste. Dans Les Maîtres du Jeu, il joue un maestro du poker, mais tout le monde s’en fout. Lui même n’a pas l’air tellement concerné. Personne ne veut voir Stallone jouer aux cartes. Le public veut le voir boxer des types ou tirer sur des salopards avant de leur balancer une réplique bien sentie pour accompagner leur trépas. Manque de bol, ce ne sera pas avec Spy Kids 3 que leur demande sera honorée. Là encore, c’est le crash.
Alors qu’il pensait avoir touché le fond avec son diptyque comique (L’embrouille est dans le sac/Arrête ou ma mère va tirer), Sly creuse sans parvenir à sortir la tête hors de l’eau (curieuse image non ?).
On ne le voit plus beaucoup. Le téléphone ne sonne pas, illustrant une pénurie de projets tragique.
En 2004, Stallone parraine The Contender, une émission de télé-réalité plutôt sympa de NBC où des boxeurs s’affrontent. Faute de mieux.
Maigre consolation, Stallone n’est pas le seul à pédaler dans la choucroute. Arnold et Van Damme aussi se vautrent au box-office. Le premier songe à donner corps à ses ambitions politiques (ce qu’il fera) et le second persiste avec toute la bonne volonté qui le caractérise. Stallone aussi persiste mais lui a un avantage. À ses débuts, personne ne lui a servi la soupe. Son tremplin vers la reconnaissance, il l’a construit de ses propres mains, en créant le personnage de Rocky. Et si quelqu’un peut le sortir de l’impasse dans laquelle il végète, c’est bien Rocky.

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Ayant retenu les leçons de l’échec de Rocky V, Stallone écrit ainsi un sixième volet. On le dit trop vieux pour le rôle, usé et… encore une fois, has been.
Pourtant, le retour de Rocky fonctionne. Finis les chiffres, Rocky VI se nomme Rocky Balboa, comme pour resituer le héros à la place qui est la sienne. Stallone joue sur la nostalgie et parvient, au terme d’un brillant numéro d’équilibriste, à donner corps à ce come-back à la fois attendu et redouté. Le film est un chef-d’œuvre d’émotion. Le public et les critiques approuvent et on rend à Sly ses galons.
Confiant, il orchestre, un peu à contre-cœur, le retour de Rambo. Bingo là encore ! Avec le retour là aussi d’une certaine sobriété alliée à une violence sourde aux accents gores, John Rambo prend pas mal de monde à revers. Fin du fin : Stallone se paye en plus le luxe de dénoncer le génocide du peuple karen par la junte birmane, ce qui confère au film une profondeur politique tout aussi inattendue.

Rocky Balboa et John Rambo ont permis à Stallone de revenir. Comme d’habitude quand une porte s’ouvre, Sly s’y engouffre et multiplie les projets ayant compris que c’est en s’impliquant totalement que ces derniers auront de meilleures chances de fonctionner. Ce qui ne l’empêche pas de tourner pour d’autres dans des films qu’il n’a pas écrits. Les Du Plomb dans la tête et autres Évasion, respectivement réalisés par Walter Hill et Mikael Hafström.

Jamais mieux servi que par soi-même

Récemment, lors d’une interview, Sly évoquait la différence majeure entre sa carrière et celle d’Arnold Schwarzenegger. Il disait très justement, que contrairement à son ex-rival, lui n’avait jamais vraiment pu compter sur le soutien de grands réalisateurs.
Visez un peu le palmarès d’Arnold : John Milius, James Cameron, Ivan Reitman, Walter Hill, Paul Verhoeven, et John McTiernan. Pour Stallone, on peut noter des collaborations avec John G. Avilsen, Norman Jewison, John Huston, Renny Harlin, John Landis, Richard Donner, James Mangold et Walter Hill. Certes de grands noms, mais la plupart d’entre eux n’ont pas réussi à accoucher d’œuvres convaincantes. Pour Du Plomb dans la tête, Sly n’a pu compter que sur un Walter Hill malade et fatigué. John Huston aussi était en fin de course quand il l’a dirigé dans À nous la victoire. Richard Donner n’a pas non plus la grande forme quand il signe Assassins, tout comme John Landis, qui n’a fait qu’une belle tache dans sa filmographie avec L’Embrouille est dans le sac. James Mangold, pour sa part, ne faisait que débuter.
Moralité : Stallone n’a jamais pu compter que sur lui-même. Ses meilleurs films, il se les ait écrits. Poussé par une force qui faisait défaut à un Schwarzenegger choyé par les grands, Stallone est aussi passé à la réalisation, a produit et s’est vu poussé vers d’autres genres. Pas spécialement chanceux, il a ainsi connu plusieurs traversées du désert, l’obligeant à se remettre en question encore et toujours.
Quand vient le nouveau millénaire, Sly doit alors se reprendre en main et comme mentionné plus haut, c’est son expérience de self made men qui lui permet d’avoir l’avantage sur ses collègues musculeux alors dans une situation similaire. Les super-héros sont désormais déguisés et ont de super-pouvoirs. Les effets-spéciaux pouvant illustrer les exploits surnaturels les plus spectaculaires, les simples hommes, aussi baraqués soient-ils nagent à contre-courant.
Devant une pénurie de rôles, Sly joue sur la nostalgie et rameute ses camarades afin de créer sa propre version des Avengers.

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L’union fait la force

Vient donc le temps des Expendables. L’idée est simple : réunir dans un même film ces acteurs autrefois loués pour leurs performances physiques, mis au rencart par d’autres comédiens plus polymorphes. Des comédiens âgés mais encore tout à fait capables, aux exigences financières revues à la baisse, enfin volontaires pour partager l’affiche avec d’autres stars du même calibre. Une réunion placée sous le signe de l’action à l’ancienne et des punchlines qui tuent, avant tout destinée aux fans biberonnés aux hits du box office qui façonnèrent le cinéma de divertissement des années 80/90. À la fois à l’écriture et à la réalisation, Stallone livre un premier volet qui réunit la vieille garde et la nouvelle. En jouant aux côtés de Jason Statham, Sly le désigne implicitement comme son successeur. Bruce Willis et Arnold viennent faire de la figuration, Eric Roberts sort de son trou pour jouer le bad guy, Dolph Lundgren retrouve le chemin des productions à gros budget et tout le monde est content. Le public se déplace en masse, encourageant un second volet au budget plus conséquent et au casting, en tout logique lui aussi plus impressionnant.
Pour le second Expendables, Stallone laisse les manettes à Simon West mais veille au grain. Son influence et son carnet d’adresses bien rempli, lui permettent de pouvoir compter sur un soutien plus affirmé de la part de Willis et d’Arnold cette fois-ci directement liés à l’action, mais aussi sur la visite de Chuck Norris, la légende des tatamis, qui accepte de sortir momentanément de sa retraite.
À nouveau, le public répond présent. À nouveau les critiques négatives affluent.
Des critiques qui ne touchent plus Sly depuis longtemps. Pas de quoi freiner en somme la mise en chantier d’un troisième volet, prévu pour août 2014, qui accueillera Harrison Ford, Antonio Banderas, et Mel Gibson, en plus des machines de guerre déjà présentes.
Au-delà de l’aspect cinématographique, la saga Expendables illustre le profond sens de l’amitié de Sylvester Stallone. Lui qui a mis le pied à l’étrier de Dolph Lundgren notamment, ne l’oublie pas au moment du recrutement. Il ravive les anciennes amitiés et fait profiter ses anciens rivaux du rayonnement dont il bénéficie. Et au passage, jamais il ne tire la couverture à lui…

Et maintenant ?

Plus près des 70 ans que des 60, Sylvester Stallone affiche une musculature impressionnante. Le poids des années, il le soulève tous les jours avec ses biceps. Plus baraqué maintenant qu’il ne l’était il y a quelques temps, Stallone assume sereinement son âge et son statut. Il a complètement intégré Rocky et Rambo comme faisant partie de son ADN et ne cherche plus à se détacher de l’image qu’ont imposé ses succès d’antan. Stallone est un sage. Il écrit toujours (il a écrit Homefront qui sortira en 2014, pour son pote Statham), joue avec son image, comme dans le prochain Match Retour qui le verra affronter sur le ring Robert De Niro (lui aussi marqué par la boxe avec Ragging Bull) et ne pense pas à la retraite.
À l’heure où j’écris ces lignes, Évasion, son film de prison avec Schwarzenegger, se vautre un poil au box office américain. Du Plomb dans la tête aussi s’est vautré. Pourtant, Sly continue, un peu comme si il savait pertinemment que la vie lui interdit de cartonner dans plusieurs projets en même temps. Avant, il était difficile de faire cohabiter d’autres héros avec Rocky et/ou Rambo et aujourd’hui c’est Expendables qui récolte tous les suffrages. Mais ce n’est pas grave.

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Côté vie privée, Sly aussi en a bavé. En public, il affiche toujours ce sourire si particulier, qu’il doit aux forceps trop agressifs d’un toubib maladroit. En 2012, quand son fils Sage (vu à ses côtés dans Rocky V, et auprès duquel Sly prit conseil au sujet de la représentation de la violence dans John Rambo) meurt tragiquement, Sly continue la promo d’Expendables 2. C’est ensuite sa demi-sœur qui décède, mais à nouveau, Stallone avance. Normal pour celui qui a un jour déclaré qu’il n’y avait pas de place pour les faibles dans le Monde dans lequel nous vivons. Raison de plus pour ne pas se laisser aller.

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Via le cinéma, mais aussi via la peinture, son violon d’Ingre de toujours, en ce moment en vedette d’une galerie d’arts russe.
Une personnalité en béton armé et une disponibilité jamais démentie qui suffisent, au-delà des films, à définir l’homme. Un homme qui ne fait qu’un avec Rocky Balboa, cet ancien looser devenu champion puis à nouveau tombé en disgrâce avant d’acquérir une sagesse lui permettant de jeter sur la vie un regard de vieux lion assagi. Un vieux lion qui peut néanmoins encore mordre et réduire ses proies en charpie. Un champion référentiel qui, malgré des maladresses, des excès d’égo et autres fautes de goût, ne cessa jamais d’appliquer à la lettre la maxime de Rocky Balboa. Celle qu’il l’énonce à son fils dans le dernier chapitre de son existence et qui illustre le caractère exemplaire d’un homme entier : « Je vais te dire un truc que tu sais déjà. Le soleil, les arcs en ciel, c’est pas le monde ! Y’a de vraies tempêtes, de lourdes épreuves aussi grand et fort que tu sois la vie te mettra à genoux et te laissera comme ça en permanence si tu la laisses faire. Toi, moi, n’importe qui, personne ne frappe aussi fort que la vie, c’est pas d’être un bon cogneur qui compte, l’important c’est de se faire cogner et d’aller quand même de l’avant, c’est de pouvoir encaisser sans jamais, jamais flancher. C’est comme ça qu’on gagne ! »

@ Gilles Rolland

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