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Cameroun: Tumi et Kamto peuvent-ils séduire le Grand Nord ? :: Cameroun

Publié le 13 novembre 2013 par 237online @237online

Le rapatriement de la dépouille d'Ahmadou Ahidjo apparaît comme une tentative de récupération malhonnête et maladroite. Décryptage.

D'après des informations diffusées dans la presse la semaine dernière, une «large» coalition avec à sa tête le cardinal retraité Tumi et l'ex-ministre démissionné, Maurice Kamto, s'est «saisie du dossier» du rapatriement de la dépouille de l'ancien président de la République décédé et enterré au Sénégal en 1989.
D'après les explications d'Alain Fogue, «cette action viserait à désamorcer les tensions inutilement entretenues autour de nos morts le long de l'histoire de notre pays». Il parle bien de «nos morts», car il s'agit de tous les compatriotes morts en exil. Seulement, l'activiste en chef ajoute, comme pour culpabiliser Paul Biya,«imaginons-nous que le successeur de Paul Biya décide de ne pas l'enterrer à Mvomeka». Suffisant pour comprendre très bien que cette opération, qui semble-t-il doit s'achever par un colloque à Garoua en février 2014 si les autorités l'autorisent, vise un seul homme: Paul Biya.
Alors question: qui manipule vraiment les Camerounais? Ceux qui disent une chose et son contraire en peu de temps ou celui qui est constant dans sa volonté de libéraliser la vie politique nationale pour que tous nos compatriotes aient leur mot à dire? Ceux qui manifestement réclament la démocratie tout en étant en permanence de mauvaise foi ou celui qui demeure républicain et prône l'unité nationale dans la sincérité?
Ceux qui jouent avec les blessures de notre histoire nationale à des fins de division et de récupération politique ou celui qui a toujours apaisé les esprits en vue d'une réconciliation nationale comme il vient de tendre la main à une vraie héritière du président Ahidjo, Aminatou Ahidjo? Par leur réaction, on voit bien qui a eu très mal lors de la récente campagne électorale en voyant cette femme libre et honnête s'engager derrière Paul Biya, conformément aux recommandations solennelles de son père le 4 novembre 1982.
Duplicité quand tu nous tiens!
Dans la tradition Beti, quand on est victime d'une démonstration de force des apprentis sorciers dans la forêt, il suffit de prélever un élément de la nature avec laquelle les apprentis sorciers sont en harmonie, une feuille ou une branche d'un arbre de cette forêt par exemple, et de rentrer avec chez soi pour voir au soleil levant tous ceux qui étaient impliqués apparaître pour demander pardon et réclamer une partie d'eux que tu aurais prise en otage.
La vraie Identité des acteurs
Voici qu'on assiste à une vraie sortie de tous les apprentis sorciers qui, tapis dans l'ombre jusque-là et aspirant à profiter et surtout à abuser de l'héritage politique de l'ancien président en cultivant les divisions, ont été surpris par le ralliement d'Aminatou Ahidjo à la cause de l'homme du 6 novembre 1982. Que cache au fond cette sortie sur le rapatriement du corps du président Ahidjo? Il faudrait-pour le comprendre présenter la vraie identité des acteurs concernés.
Le cardinal à la retraite est un héritier politique de l'évêque mort en exil Mgr Albert Ndogmo du fait de qui on sait, c'est-à-dire de celui dont il est question de rapatrier le corps aujourd'hui. Il a toujours fait preuve, comme son mentor, d'une partialité tribale que ses discours libéraux, mais démagogiques, cachent mal, puisque l'église qu'il a servie n'est pas elle-même un creuset des valeurs démocratiques. Il ne fait donc qu'instrumentaliser la démocratie à des fins tribales comme on sait le faire en Afrique.
Face à un Paul Biya reconnu mondialement comme un libéral, on a un cardinal de mauvaise foi et les camerounais savent faire la différence. Tout comme l'ancien ministre démissionné, qui a fait ses preuves pour ne pas dire a montré ses limites lorsqu'il était doyen de faculté, et surtout lorsqu'il est devenu ministre à la faveur de la volonté d'un président tolérant qui a toujours voulu rassembler tous ses compatriotes. Or être fondamentalement bon ne signifie pas être naïf. C'est pour cette raison qu'on parle de démissionné puisque c'est bien Paul Biya qui l'a poussé à la démission et non sa « nouvelle vision », mais tardive, du Cameroun.
En effet, lors du dernier Congrès ordinaire du Rdpc, l'ex-Sg du parti, le ministre Emmanuel Sadi était très embarrassé, vu que le principe était de proposer au Comité central tous les membres du gouvernement supposés appartenir au Rdpc. Le cas Kamto a été posé par un de ses meilleurs amis pour savoir s'il était prêt à accepter que son nom y figure. Il a accepté et son nom a été bel et bien proposé comme membre du Comité central à Paul Biya, le président national du parti du Flambeau, indique une source crédible. C'est finalement le président national «himself» qui a émis des doutes sur son appartenance au Rdpc pour que son nom soit viré des propositions au Congrès.
Prenant donc les devants, il démissionna lui-même. Or, pendant qu'il était au gouvernement, il n'a jamais su que cette question du rapatriement du corps de l'ancien président était vitale. Une question aussi vitale rend normalement impossible toute participation au gouvernement. C'est d'ailleurs le cas de l'ancien Minatd, Marafa qu'on présente désormais comme l'un de ceux qui se sont impliqués pour la résolution de ce problème. Mais pourquoi lui aussi est resté au gouvernement alors qu'il savait bien que Paul Biya n'al¬lait pas répondre favorablement à une demande véritablement sans objet?
On se souvient qu'en 2007, c'est bien devant lui, en France, puisqu'il faisait partie de la délégation officielle Marafa, que le Président de la République, chef de l'Etat désengageait justement l'Etat dans ce dossier, sur France 24, il avait répondu que «c'est un problème d'ordre familial.., si la famille de mon prédécesseur décide de faire transférer les restes du président Ahidjo, c'est une décision qui ne dépend que d'elle. Je n'ai pas d'objection, ni d'observation à faire».
Humanisme
On se souvient également que Paul Biya, dans la volonté d'apaiser les esprits, avait amnistié et réhabilité un certain nombre de compatriotes condamnés lors des malheureux événements de 1984. Leurs carrières à la fonction publique avaient même été reconstituées. Certains sont même devenus membres de son gouvernement et qui connait le parcours du deuxième personnage de l'Etat ainsi que d'un certain nombre de ministres en poste, dont le porte-parole du gouvernement, peut témoigner de l'esprit de pardon et de réconciliation nationale qui a toujours animé le président Biya. Dans le même élan, il décida de créer en 1995, une commission qui restitua tous les biens de la famille Ahidjo (qui était bien l'un des Camerounais les plus riches en 1982). Alors il y en a qui cite en exemple la réhabilitation des anciens présidents Moboutou du Congo par Kabila fils, Bokassa par Bozize en Rca ou Tombalbaye par Deby au Tchad. Il remarquer que ce ne sont pas les successeurs immédiats qui l'ont fait. Ensuite Paul Biya l'a déjà fait, puisque plusieurs décisions ont été prises dans ce sens et il a autorisé la famille procéder au rapatriement du corps.
S'il se pose un problème matériel, nul doute qu'il répondra comme il l'a toujours fait par humanisme en soignant et en enterrant ses collaborateurs et même ses opposants et adversaires politiques. Que veulent donc nos apprentis sorciers? En faire un deuil national? C'est ce qu'on appelle enfoncer des pertes ouvertes. Dès lors que la famille aura décidé, il va de soi que Paul Biya fera ce qui est de son pouvoir. Il prendra toutes les dispositions pour que le retour du corps de son prédécesseur soit à la hauteur de son rang. Ce qu'il a toujours fait lorsqu'un haut commis de l'Etat est décédé, sans se substituer à la famille, assumant ainsi son rôle de chef de l'Etat.
Paradoxe camerounais
Que des agitateurs tentent d'instrumentaliser une réelle nostalgie dans le Grand Nord et même ailleurs n'est pas noble et encore moins conforme à l'idée de réconciliation nationale qu'ils prétendent défendre. Nous sortons fraîchement d'une élection qu'ils ont perdue. La prochaine échéance aura lieu dans 5 ans. S'ils s'ennuient déjà, il est fort probable qu'en jouant aux opportunistes, ils se fatigueront d'ici-là. On voit bien les arrière-pensées tribales qui sous-tendent une démarche, véritablement machiavélique. Tenter une alliance entre l'Ouest et le Grand Nord sur le nom d'Ahidjo relève d'une grande naïveté.
D'abord parce qu'en voulant rouvrir ces plaies du passé, ils oublient que c'est de l'Ouest que viennent souvent les demandes de reconnaissance du «génocide Bamiléké». Fogue l'a souvent dit. L'ancien président avait effectivement puni certaines régions du Cameroun politique¬ment. C'est bien Paul Biya qui est venu lever toutes ces sanctions qui frappaient les uns et les autres, rappelant au bercail les exilés, pour que tous nos compatriotes s'unissent pour le bien du pays. Comme on dit, «tu sors le chien du trou, il te mord en premier».
Voici que les victimes d'hier veulent réhabiliter leur bourreau sur le dos de leur sauveur dans tous les sens. Le paradoxe camerounais est justement que le Centre, le Sud et l'Est ont offert une hospitalité sans limite aux victimes des répressions de l'ancien président, mais ces derniers ont tendance politiquement à faire des ressortissants de ces régions leurs principaux adversaires, alors qu'ils sont condamnés à vivre désormais ensemble.
Un rappel à Fogue qui parle d'un républicain, le président Biya en terme d'exil, qu'il n'a jamais été ni de près, ni de loin la cause de l'exil d'un camerounais, encore moins la cause de la mort de qui que ce soit. C'est un humaniste et un nationaliste qui a toujours mis les intérêts du Cameroun au-dessus de tout. Que cela nous inspire tous et la paix dans la tolérance sera toujours garantie dans notre beau pays.


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