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The Austrasian Goat – Paved Intentions

Publié le 25 novembre 2013 par Hartzine

Bester Langs m’a mis la puce à l’oreille avec son article et interview sur Hartzine. La vraie contre-culture…Il y a de ça on est d’accord. Entre les webzines qui sont devenus des presskitzine (MON néologisme!!!), ceux dont la ligne éditoriale est fine comme un fil dentaire, et ceux dont elle est imaginaire ou inutile comme la ligne Maginot, et bien il y a un gouffre. Un gouffre dans lequel des disques tombent, faute de lieux qui sachent les accueillir. Un oubli qui dévore des chefs d’œuvre, pas forcément passés inaperçus, mais peut être vus au mauvais endroit.
J’ai cherché à chroniquer ce disque, et quand j’ai lu cet article je me suis dit que le bon endroit c’était ici, sur Hartzine. Car ce disque est carrément « contre ». Ecrire cette chronique, et surtout la publier ça l’est aussi! Sorti en 2012…dans notre maladie des flux d’actualité, le jurassique est plus récent que l’année précédente.
The Austrasian Goat faisait du black metal, le plus ténébreux qui soit. « Black metal », le mot qui claque bien dans les soirées branchouilles. Depuis quelques temps déjà, le style se scinde, entre les ultra-orthodoxes et ceux qui s’adonnent au post-black metal, sorte de black bac +10 qui devient chiant aussi rapidement que le post rock et son incroyable potentiel d’auto caricature.
The Austrasian Goat ne fait plus de black metal. Je traduis: ça veut dire en gros que les sites metal en parlent à cause de sa filiation, mais soit ils ont du mal à le suivre, soit leurs lecteurs en ont bien plus (quand par chance un chroniqueur a vu la valeur du disque au delà d’une frontière stylistique).
Mais ça veut aussi dire qu’accéder à des mags et webzines dédiés à d’autres genres n’est pas aisé. Oui, il faisait du black!!! Impardonnable au pays du bon goût…
J’aimais justement beaucoup cette période de sa discographie mais cette nouvelle entité qui s’élève me fait encore plus frémir. Car pour ce coup-ci il n’a pas eu besoin de bruit, pour ce coup-ci il a offert à son territoire une possibilité d’universalité. Black l’est-il encore? Peut être plus, mais la couleur qui le caractérise mieux aujourd’hui est le gris (cf la pochette). Le gris d’un ciel trop bas pour qu’on lève la tête, le gris d’une neige souillée regrettant sa pureté. Tout devient grisâtre, rien ne résiste. L’atmosphère lucide et nihiliste prend aux tripes. Si un jour je dois marcher sur les ruines de notre Terre (comme dans Dragon Head) j’aurais cette digression folk apocalyptique en tête, entamée avec un majestueux Paradoxical Injunction qui donne un autre sens au terme « glisser » grâce au slide nous entraînant dans de nouvelles profondeurs. C’est beau de sombrer. La chute prend un air d’urgence avec A taste of grievance et ce côté Dead Can Dance, probablement du aux superbes harmonies vocales et leur gravité. Je m’arrêterai à ce seul nom comme citation. Pas qu’aucun ne me vienne en tête, au contraire, mais je crois qu’ils ne serviront pas à nous éclairer ici. S’il y a une référence, une influence, ce sera avant tout la détresse de l’âme humaine. Il peint le tableau de nos turpitudes avec finesse, écoutez Ban the hours vous verrez.
Avec Could the lights come back je regretterai les lampadaires déchus qui ont éclairé mes pas dans un monde pourtant déjà en proie au noir. Cette voix qui semble avoir à moitié franchi la barrière de la mort me dira qu’il est vain de chercher une raison, de combattre. Elle me dira de franchir ce mince rideau avec Curtain et son piano décrépit, ce petit rideau pavé « d’à quoi bon? ». Sans aucun doute, la réussite de ce disque est physique tant il parvient à paralyser, ankyloser la volonté et les bonnes intentions. Vous êtes peut être fort, mais que pouvez-vous contre le blizzard du vide qui vous emportera? Il vous emportera comme une faible fleur ayant plus soigné son apparence que ses racines par Where have all the flowers gone?
Au delà des frontières il s’arme de tout ce qui peut aider à peindre les tréfonds de nos angoisses. Je me suis imaginé un Neil Young plus mort que vivant car lui aussi a travaillé son œuvre comme un forgeron travaille son fer, à coups de marteau, la brûlant, la tordant en se concentrant sur un but: le style n’est pas le but, mais le moyen ou le résultat d’obsessions passées par le prisme de son âme. Volatil, Paved Intentions est avant tout l’œuvre d’une âme. Vous pourrez lui trouver des airs de drone, un côté mystique évoquant parfois des fantasmes de mondes médiévaux (je pense notamment au superbe Heavy Sigh). Je n’ai plus envie de jouer ce jeu-là, nous sommes bien au delà, bien plus bas en fait.
Ralentir le souffle, prendre l’être dans d’autres tourments…Julien Louvet le fait si bien car il n’est pas seulement maître d’œuvre, il est pris aussi dans la manœuvre. Why do we fight?…je ne sais pas mon ami, je ne sais plus mais au final la contemplation du vide que tu nous offres ici vaut bien de se battre. Tu es cet « autre » à l’étiquette indéchiffrable, celle qui emmerde tout le monde dans ce business pourri de petites conventions auxquelles les humains semblent s’accrocher vainement. Mais tu as raison, tout ça est déjà fini, avant même d’avoir commencé, alors à quoi bon lui accorder la moindre importance? La réalité n’est qu’un rêve misérable…Ils avaient peut être de bonnes intentions, mais les voilant attendant leur tour sur le chemin de l’enfer. Tu leur auras donné une magnifique b.o pour accompagner ce dernier voyage.

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