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Épilogue d’un trentième anniversaire : le FRAC Alsace à la fête !

Publié le 26 novembre 2013 par Lifeproof @CcilLifeproof

Yvan SalomoneYvan Salomone, Sans titre, 2001-2003. Aquarelle sur papier. Collection Frac Alsace. © ADAGP, Paris 2013. Visible au Mamcs à Strasbourg

Tout au long de cette année, je vous ai parlé ici, là ou encre ici du Frac Alsace et de son trentième anniversaire. L’année 2013 arrive à échéance et le Frac Alsace a fini son Elsass Tour (exposition en cours à l’artothèque de Strasbourg jusqu’au 8 décembre) et a poursuivi sa fête par l’exposition Pièces Montrées. Cette dernière se déroule dans 4 lieux en Alsace : le Mamcs à Strasbourg, le Musée Historique / Chapelle des Annonciades à Haguenau, la Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis et bien sûr le Frac Alsace à Sélestat, autant d’espaces d’expositions où découvrir la richesse de cette collection. À cette occasion, rencontre avec Olivier Grasser, directeur du Frac Alsace.

Lifeproof : Peux-tu nous parler du Frac Alsace, de son histoire ?

Olivier Grasser : Comme les 22 autres Frac existant aujourd’hui, le Frac Alsace est né d'une initiative du ministre de la culture, Jack Lang à l'époque. Pour cette première proposition de décentralisation, l'état a offert à chaque région la possibilité de constituer une collection d'art contemporain et d’accompagner le développement du travail des artistes en leur achetant des œuvres. Ces collections devaient être accessibles au public et il a été confié aux Frac les missions de diffusion et de sensibilisation artistique.

Le projet initial était de bâtir une collection, les termes étaient généraux, aucune ligne directrice n'a été fixée. Dans chaque région, on constate que les choix et les stratégies ont été très différents. En Alsace, on a peut-être été moins audacieux que ça a pu être par exemple le cas en Bourgogne, en Bretagne ou en Nord-Pas-de-Calais. Des œuvres qui pouvaient être de nature à identifier fortement la collection n'ont pas immédiatement été achetées, il n'y a pas eu conscience de devoir constituer des axes structurants, ils sont nés progressivement, peut-être un peu plus tard que dans d'autres régions.

Mario Merz
Mario Merz, Mulino di Lanzo, 1982. Technique mixte et matériaux divers sur toile. Collection Frac Alsace. © ADAGP, Paris 2013. Visible au Mamcs.

LP : Cette année les Frac ont 30 ans, est-ce que tu peux nous parler de l'Elsass Tour et en dresser un bilan aux 2/3 du parcours ?

OG : On est presque aux 4/5ème, l'Elsass Tour a été un projet très important, il est maintenant presque terminé. En terme de nombre d'événements, on en a presque fait trente-cinq cette année, dix de plus qu'habituellement, sachant que depuis mon arrivée, on tend à diminuer le nombre de projets, pour en accroître la qualité mais aussi pour protéger les œuvres qui sont très exposées.

Le dialogue qui a été mis en place avec les partenaires a été très important : on les a responsabilisés, ils ont participé aux choix artistiques mais aussi à la mise en œuvre de l'exposition : la communication, la logistique, l'accompagnement des publics, tout ce sur quoi repose aujourd'hui la réalité d'un événement culturel. Une session de formation a été organisée pour approfondir des notions aussi bien artistiques que professionnelles : ce qu'est une œuvre d'art, comment on la manipule, comment on la montre, dans quel contexte ou dans quel environnement. Ça a été une vraie réussite : je crois que les partenaires se sont sentis intégrés et traités en égal. En plus des projets artistiques, le Frac a aussi mené à bien ses missions de structuration du territoire, de travail avec des partenaires, en leur montrant les procédures de travail, etc. L'Elsass Tour a couvert l'ensemble de la région, depuis Séppois-le-Bas jusqu'à Wissembourg, c’est-à-dire une couverture géographique que nous n'avions jamais eue auparavant.

LP : Quels ont été les retours du public ? L'Elsass Tour a-t-il été suivi ?

OG : Oui. Les structures ont beaucoup travaillé avec leurs publics d'habituels, de fidèles, elles n'ont pas toujours développé les publics. C'est un constat que l'on peut faire au bout de l'Elsass Tour, la question du rapport au public, aussi bien dans la communication que dans l'accompagnement, est l'un des points sur lequel nous devrons encore travailler à l'avenir. Cela nous permettra de proposer de nouvelles actions à ces partenaires, car nous souhaitons poursuivre le travail amorcé avec eux.

Raphaël Zarka

Raphaël Zarka, Cretto, 2005. Vidéo couleur sonore. Durée : 6'45". Collection Frac Alsace. © Raphaël Zarka / Vue de tournage : Cecilia Becanovic. Visible à Haguenau.

LP : Peux-tu nous parler des différents projets qu'il y aura encore d'ici à la fin de l'année autant dans l'Elsass Tour qu'en dehors ?

OG : Dans l'Elsass Tour, on a actuellement une exposition qui s'appelle "(Im)mobile" au Forum de l'Hôtel de Ville de Saint-Louis (ndlr: finie depuis). Il y aura aussi une exposition à l'Artothèque de Strasbourg (ndlr: jusqu'au 8 décembre 2013) qui croisera le dépôt d’œuvres qu’y a fait le Frac et les acquisitions de l'Artothèque. Il y aura également une exposition à l'Hôtel de la Région en novembre et ce sera la fin de l'Elsass Tour.

Commence ensuite le second volet des activités du trentième anniversaire avec l'exposition "Pièces Montrées" qui s'ouvrira en quatre lieux : le Musée Historique / Chapelle des Annonciades à Haguenau, le Mamcs à Strasbourg, le Frac à Sélestat et la Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis, quatre regards portés sur la collection avec des commissaires invités. Si l'Elsass Tour était le un reflet de la diffusion au travers de projets plus parcellaires et dans des réseaux diversifiés (associatifs, culturels, scolaires ou autres), "Pièces Montrées" est l'aspect institutionnel de cette diffusion, il est tout aussi important.

LP : Comment les différents commissaires ont-ils été choisis ?

OG : Les Frac ont décidé, pour leur trentième anniversaire, d'associer un artiste à leur projet. Le Frac Alsace suit le travail de Raphaël Zarka depuis plusieurs années. Dans son œuvre, il y a cette notion de collection, qui me paraissait cohérente avec le projet. On a ensuite associé les équipes des lieux dans lesquels l'événement allait se déployer.

À Haguenau par exemple, le projet a été collectif. Au Mamcs, on a travaillé avec Estelle Pietrzyk** et j'ai voulu ensuite inviter une autre autorité à travailler avec moi pour Saint-Louis : Roland Recht, un historien de l'art plutôt spécialisé dans l’art médiéval. Il a fait partie du comité technique du Frac dans les années 1980, il a une position éthique, humaniste par rapport à l'art que je respecte et qu'il m'intéressait d'associer à ce projet.

Stephane Thidet

Stéphane Thidet, Sans titre (Je veux dire qu'il pourrait très bien exister, théoriquement, au milieu de cette table [...]), 2008. Billard, plafonnier, matériaux divers. 200 x 400 x 180 cm. Collection Frac Alsace. © Stéphane Thidet / Courtesy galerie Aline Vidal (Paris). Photo : Marc Domage. Visible à Saint-Louis.

LP : En quoi le travail avec Raphaël Zarka a-t-il différé de celui avec Roland Recht ? Et les différents lieux ?

OG : Je crois que les lieux ont conditionné beaucoup de choses.

Raphaël Zarka connaissait de façon un peu abstraite les enjeux d'un Frac, et principalement l’acquisition d’œuvres, les autres missions n'étaient pas non plus ce qui l'intéressait en premier lieu. Il a donc abordé la collection de façon assez libre sans se sentir piégé par un quelconque souci de devoir illustrer ces missions. C'est un regard véritablement artistique et subjectif qu'il a porté dessus. Il a été confronté à la diversité du fonds, une diversité telle qu'il n'a pas pu mettre en place un protocole particulier et il s'est laissé aller à ses goûts avec deux versants :

. Pour le Mamcs, il a fait une sélection qui illustre son parcours d'artiste, des noms dans l'histoire de l’art qui ont pu le marquer ou qui lui ont été importants, des positions artistiques par rapport à des questions esthétiques comme la matérialité de l’œuvre, le pictural, le dépassement du visible et du réel pour aller vers quelque chose de plus abstrait ;

. Pour le Frac il a plutôt choisi des œuvres qui résonnaient d'une façon ou d'une autre avec son propre travail, notamment dans des usages de la géométrie, mais il est apparu que ces œuvres, toutes ensemble, élaboraient un discours plus critique. Il ne s'agissait pas de chercher ce qui ressemblait de près ou de loin à son travail mais au contraire de voir comment ce même usage de la géométrie était aussi le support d'une pensée critique : comment, liés à une esthétique du minimalisme et de la géométrie d'autres aspects convergent et se développent.

Pour Haguenau, le choix a été collectif. Le lieu est une ancienne chapelle. On a décidé d'aborder la question du spirituel plutôt que celle du religieux, et on a cherché un rapport sensible via la théorie antique des quatre éléments pour montrer la diversité de l'art contemporain aujourd'hui et comment cette notion de spiritualité pouvait le traverser.

Sur Saint-Louis, l'espace était très grand donc il y avait la possibilité, avec Roland Recht, de montrer beaucoup d’œuvres : on pouvait développer des salles thématiques, et présenter des œuvres qu'on ne montre pas souvent. Nous avons été confrontés aux questions de l'hétérogénéité de la collection, de la porosité, de l'incomplétude qui sont fondamentales. Un peu comme un kaléidoscope que l'on secoue et qui produit des images toujours différentes, nous sommes partis sur des figures variées de salles en salles, certaines privilégiant des questions thématiques comme des questions de paysage ou d'urbanité. Mais, beaucoup d’œuvres sont aussi présentées pour l'expérience esthétique qu'elles vont offrir au public.

Propos recueillis par Cécile, octobre 2013.

Bonne découverte !

++ le portail des Frac pour leur 30 ans: http://www.lescollectionsdesfrac.fr/

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Informations pratiques :

Musée Historique / Chapelle des Annonciades à Haguenau du 12 octobre 2013 au 9 février 2014

Le lundi de 14h à 18h, du mercredi au vendredi de 10h à 12h et de 14h à 18h, les samedi et dimanche de 14h à 18h. Fermé le mardi. Fermé les 1er novembre, 25 décembre et 1er janvier

Tarif: 3,20€ (réduit : 1,60 €)

9 rue du Maréchal Foch, 67500 Haguenau / Tél.: 03 88 90 29 39 / www.ville-haguenau.fr/musee-historique

Mamcs à Strasbourg du 5 octobre 2013 au 9 février 2014

De 10h à 18h. Fermé le lundi. Fermé les 1er et 11 novembre, 25 décembre et 1er janvier.

Tarif: 7 € (réduit : 3,5 €)

1 place Hans Jean Arp, 67000 Strasbourg / Tel.: 03 88 23 31 31 / www.musees.strasbourg.eu

Frac Alsace à Sélestat du 6 octobre 2013 au 23 février 2014

Du mercredi au dimanche de 14h à 18h. Fermé le 1er novembre et du 23 décembre au 1er janvier inclus.

Entrée libre, visites guidées sur rendez-vous

Agence culturelle d’Alsace / 1 espace Gilbert Estève - Route de Marckolsheim, 67600 Sélestat / Tél : 03 88 58 87 55 / www.frac.culture-alsace.org

Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis du 20 octobre au 23 mars 2014

tous les jours de 14h à 19h, sauf lundi et mardi

7 € (réduit: 6 €)

2 rue du Ballon, 68300 Saint-Louis / Tél : 03 89 69 10 77 / www.fondationfernet-branca.org


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