Magazine Entreprise

Vive le vent !

Publié le 26 novembre 2013 par Edelit @TransacEDHEC

Vive le vent ! Vive le vent ! Vive le vent d’hiver ! Voici un refrain que l’on entendra souvent dans quelques jours et qui risque de sonner un peu faux aux oreilles de certains. En effet, Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, « jamais le risque de blackout (à Noël) n’a été aussi élevé ». Au revoir « mon beau sapin roi des forêts », on s’éclairera à la bougie. La perspective d’une coupure géante d’électricité est brandie depuis six mois par les acteurs européens du secteur pour alerter les gouvernants et appeler à une réforme en profondeur du marché de l’énergie.

Ne produit-on donc pas assez d’énergie pour subvenir à nos besoins ? Paradoxalement non, le risque de blackout est lié au fait que nous avons la capacité de produire plus d’énergie qu’il ne nous en faut. De quoi faire rire jaune tous les écolos-responsables… Cette surcapacité de production est liée au boom des énergies renouvelables : +26% d’énergie produite dans l’Europe des 27 entre 2000 et 2010 aux 2/3 dû aux énergies renouvelables. Ce boom s’explique par le fait que ces énergies « vertes » sont subventionnées alors que le faible coût marginal (coût de la dernière unité – ici l’énergie-produite ; une fois installé, un éolienne n’a besoin que de vent pour tourner) du solaire et de l’éolien les placent en priorité sur le marché de l’électricité. De son côté, le gaz de schiste américain a favorisé l’exportation de charbon à bas prix vers l’Europe.

Ainsi concurrencées, certaines centrales tournent à bas régime la majeure partie du temps ou alors à des prix trop bas pour couvrir leurs coûts. Les 10 plus grandes compagnies d’énergie européennes ont ainsi annoncé avoir déjà fermé plus de 51000 mégawatts soit 6% des capacités totales de production européennes. Le problème est que ces centrales sont censées assurer la relève lors des pics de consommation mais aussi lorsque le soleil disparaît ou lorsque notre bien-aimé vent s’arrête de souffler. Il y a donc une surcapacité en moyenne et une sous-capacité en pointe de consommation.

La triste solution du délestage

A la RTE, Réseau de Transport d’Electricité, on annonce qu’une solution consisterait en le délestage, c’est à dire une coupure d’électricité dans les zones sans hôpital ni maison de retraite. Depuis 2006, les capacités de production sont censées pouvoir limiter les défaillances à 3 heures par an. L’Autorité de sûreté nucléaire a rappelé que pour la France, en cas de problème sur un réacteur, la perte de puissance peut s’élever à plusieurs gigawatts sur 126GW au total. Si les importations avaient permis de tenir le choc lors de la vague de froid de 2012, la RTE a calculé qu’en 2016, dans les mêmes conditions, un délestage s’imposerait.

Toutefois, un bref regard sur les sondages d’opinions favorables au Président Hollande suffira à nous rassurer. En effet, aucun pouvoir politique ne prendra le risque de subir de lourds délestages. Bien que de nombreuses centrales ne soient plus rentables, les critères d’approvisionnement primeront sur les critères de gestion, l’énergie étant perçue comme étant de première nécessité. Parallèlement aux fermetures et aux « mises sous cocon », les énergéticiens ouvrent aussi de nouvelles capacités de production. L’Allemagne va ainsi inaugurer trois centrales au charbon – dont une de GDF Suez – ces prochains mois, censées approvisionner 4,4 millions de foyers selon Bloomberg.

Néanmoins, il faut aussi jouer avec les acteurs du marché et il existe bel et bien une crainte de voir les énergéticiens détourner leurs investissements vers les pays émergents. C’est ainsi que l’espagnol Gas Natural vient d’annoncer qu’il recentrait ses projets en Amérique latine. Cela semble logique. On s’exporte là où l’on manque justement d’énergie et où le secteur des énergies renouvelables ne demande qu’à voir le jour. Rappelons qu’au Qatar les stades accueillant les matchs de Coupe du Monde seront climatisés pour un coût total de 35 milliards d’euros alors que le coût d’une centrale dotée de 4 réacteurs nucléaires ne s’élève « qu’à » 16 milliards d’euros ! Curieux exil que celui de l’énergie alors qu’en France son prix augmente continuellement.

« En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées » disait Valérie Giscard d’Estaing. Une France, exsangue tant énergétiquement qu’économiquement et où il fait froid désormais. Ce n’est pas étonnant de voir les grandes fortunes s’en aller. Comme chantait Aznavour, « Il me semble que la misère est moins pénible au soleil ». Sortez vos mitaines, vos couettes et vos bonnets, Noël risque de se passer à l’ombre. Vive le vent d’hiver !

Simo Alami


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Edelit 18215 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte