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Zemmour ou la perfectibilité de l'être humain en question

Par Sergeuleski


   Zemmour par-ci, Zemmour par-là… presse, télé, radio…

Au fil des ans et de ses interventions, dans le choix de ses cibles privilégiées, difficile de ne pas faire le constat suivant en toute lucidité et en toute bonne foi, loin de tout procès d’intention : décidément, Zemmour n’acceptera qu’une France ; celle qui lui a permis (et lui permet) d’occuper dans les médias dominants un statut et une place de choix, sans partage et sans considération aucune pour qui et quoi que ce soit d’autre : une France taillée sur mesure pour Zemmour seul sur le dos de tous les autres qui n’auront jamais assez d’une vie pour gravir les marches d’une réussite fantomatique : de préférence, les minorités ethnique, sexuelle et culturelle.

Mais où est le rapport… on se le demande !

Même une Christine Taubira insultée n’aura pas le droit à un mot de compassion ou de soutien direct et franc, sans ambiguïté donc, de Zemmour ; ce dernier faisant le choix délibéré et on ne peut plus conscient, comme une gifle à peine retenue, de reléguer les insultes racistes sans précédent à l’égard d’une ministre de la République au rang de ce qui peut bien se dire dans les cours d’écoles : interprétation triviale à dessein : celui du mépris et du ridicule ; et comme une calamité n’arrive jamais seule… on mentionnera aussi, à l’aune de ce qu’un Zemmour est encore capable d’énoncer, une Christine Taubira Ministre de la justice frappée du soupçon d’une nomination dans le cadre d’une discrimination qui se voudrait positive (1) ; ce qui, aux yeux de Zemmour, est déjà en soi une condamnation sans rémission, Zemmour ne reconnaissant qu’aux Européens de souche et les siens (mais de qui donc peut-il bien s’agir dans les faits ?), et même dans le cadre d’une incompétente et d’une malhonnêteté aux relents mafieux plus qu’avérés, une légitimité incontestable.

Il est vrai que le traitement de ce que Zemmour doit sans doute considérer comme « l’affaire Taubira » est à l’image du mépris à peine déguisé (et dans le meilleur des cas : dédain et condescendance) dans lequel, en France, la communauté noire est tenue… pour quantité négligeable donc, et RTL manifestement ne s’en plaindra pas et son auditoire non plus que l’on flatte, caresse dans le sens du poil. A quelques exceptions près, chaque intervention de Zemmour sur cette antenne n’élève personne et rabaisse tout le monde, toujours, jusqu’à conforter les préjugés les plus éculés et les moins constructifs.

Sur RTL, la réconciliation n’est donc pas pour demain. On a pourtant connu des minorités plus chanceuses face à l’adversité à chaque fois qu’il a été question de recueillir à l’unanimité le soutien de notre communauté nationale. Mais là encore, où est le rapport, on se le demande !

Doit-on alors établir le fait suivant  : si Zemmour n’était pas juif, aurait-il été tenté par l’antisémite, la boucle bouclée ? Autre calamité qui manque à son tableau quand il part à la chasse contre tout ce qui de près ou de loin n’est pas Zemmour, faisant feu sur tous les gibiers susceptibles de remettre en cause son permis de chasser sur une terre, un territoire dont il prétend connaître seul les contours. Car Zemmour fait partie de ceux qui, après avoir déserté le champ de l’intelligence et de la compassion, s’autorisent tout, sans retenue loin des analyses des déséquilibres sociaux toujours croissants.

   Mais enfin, pourquoi Zemmour a-t-il besoin de penser ce qu’il pense ?

Dans les médias dits de masse, personne ne maîtrise comme Zemmour le non-dit et les véritables motivations qui se cachent derrière chacune de ses interventions. Manifestement, Sciences-Po ne lui aura été d’aucun secours car, diplômé ou pas, on ne peut jamais cacher très longtemps d’où l’on vient quand on n’en est jamais vraiment parti. Et à ce propos, force est de constater que Zemmour n'est autre que le fils de ses parents et d’une seule histoire, la leur : colonialisme, Algérie française, guerre, OAS, expatriation, ressentiment ad vitam æternam -  haine à peine contenue, vengeance et revanche ; histoire qu’il a fait sienne, l’intériorisant  sans doute bien au-delà de ce que pouvaient attendre de lui ses ascendants car enfin, est-ce que les parents tiennent à ce que leurs enfants leur ressemblent à ce point ? Rien n’est moins sûr ! Et c'est sans doute là son drame le plus intime : Zemmour n'aura finalement rien choisi pour lui-même et par lui-même ; il n’aura fait que subir cette histoire de ses origines.

Fier de cet héritage - ressentiment, isolement et fermeture à l’autre -, garant de sa transmission… bien que malingre, et si Zemmour n’était in fine qu’un petit machiste méditerranéen mal dégrossi qui n'a jamais vraiment quitté son bled (et ce bien qu'il n'y soit jamais né ni allé – c’est un comble !) et les jupes de sa mère pas davantage dont il n’a de cesse de louer le dévouement, dans sa cuisine dès 6H le matin toute sa vie durant, devant ses fourneaux jusque tard le soir, pour le grand bonheur d'Eric Zemmour enfant, et le plus grand malheur de tout ce dont on est en droit d'attendre d'un être humain : intelligence, talent, générosité, compassion et courage.

Un coup majeur porté à la croyance à la perfectibilité de l’être humain, fondement de notre civilisation pourtant bel et bien européenne celle-là que cet énergumène ! Pour sûr !

1 - En effet, n’a-t-il pas dit à Rama Yade : «Ce n’est pas moi qui ai été nommé ministre parce que j’étais noir et femme !»

Mais alors, à partir de quand et sous quelles conditions, aux yeux de Zemmour, est-ce que l’on cesse d’occuper la place que l’on occupe parce qu’on est noir ou bien homosexuel ou bien encore… une femme ?

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   Vidéo jointe à titre d'information... même s'il semblerait que Zemmour soit aussi concerné par ce concept : celui de larbin. Car, si là d’où l’on vient ne saurait en aucun cas empêcher quiconque d’aller voir ailleurs et de s’y installer, en revanche, il n’est sûrement pas nécessaire, une fois arrivé à destination, de conspuer à des fins de les rabaisser, celles et ceux qui n’ont pas eu la chance – ou su la saisir, faute d’aptitudes ou de volonté -, d’effectuer un tel déplacement à la fois horizontal et vertical même et surtout, si ce mépris et ce déni semblent n’avoir qu’une seule préoccupation : se protéger du danger et conjurer la peur d’un éventuel retour à la case départ, défait et humilié, pour la seconde fois, par une classe qui n’aura pas oublié que Montreuil (ville de naissance de Monsieur Zemmour) ne sera jamais ni Neuilly ni Paris.

Et d’aucuns s’empresseront d’ajouter : combien de temps encore, les rescapés d’un déterminisme social le plus souvent impitoyable devront-ils donner des gages de bonne conduite et de fermeté d’âme (cachez donc toute cette compassion insupportable !) à ceux auxquels ils pensent devoir leur repêchage social, oublieux qu’ils sont de leurs droits et de leurs mérites ?


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