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"Lovelace" : la fabrication de l'icône de la révolution sexuelle

Par Vierasouto


01 - 12
2013
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photo Hélios films
  PITCH.
Le parcours de Linda Lovelace, transformée par son mari en star du X par un seul film,"Deep throat", en 1972, partagée entre son statut d'icône de la révolution sexuelle et, ensuite, son engagagement féministe .

NOTES.
1970 en Floride, Linda Boreman se fait bronzer sur la pelouse de la maison familiale avec sa copine Patsy beaucoup plus délurée qu'elle. Une famille middle class américaine plutôt conservatrice. Son père, ancien flic, a démissionné de la police et quitté NY après que Linda soit tombé enceinte, sa mère coincée se méfie d'elle, la famille a emménagé en Floride pour éviter le scandale. La grande peur de Linda, c'est de décevoir les gens, ses parents, son nouveau petit ami, Chuck Traynor, un bellâtre odieux, petit proxénète véreux, qu'elle épousera ensuite. Ainsi, Chuck se disant toujours sans le sou, violent, caractériel, Linda accepte une audition pour un rôle, hors, elle ne sait pas qu'il s'agit de cinéma pornographique. Pourtant, sous l'influence de Chuck qui la téléguide, Linda ne songe pas à refuser. Le succès phénoménal de "Deep throat" est inattendu, le film (tourné en quelques jours avec un buget minable) est programmé dans tous les  cinémas "normaux" du pays où tout le monde se presse, pourquoi? Parce-que, d'une part, il "tombe bien", cela correspond à période de la révolution sexuelle où le X, bien que confidentiel jusqu'alors, n'est pas interdit en salles ; parce-que d'autre part, le film a deux qualités, non seulement un vrai scénario avec un certain humour (l'héroïne ayant découvert son clitoris dans la gorge, devient reine de la fellation) mais aussi Linda Lovelace a un physique rassurant de girl next door : une fille ordinaire faisant des choses extraordinaires.
6 ans plus tard, Linda Lovelace se rebiffe, elle écrira un livre de mémoires (9 ans plus tard) où elle affirme que son mari l'a forcée sous la menace à tourner "Deep throat", raconte les coulisses de sa relation avec Chuck Traynor qui la violentait, la prostituait, on remontre alors les scènes de la vie avec Chuck avec un supplément d'images, ce qu'on n'avait pas vu dans la première partie du film : la violence extrême de Chuck Traynor qui terrorisait Linda. D'icône culturelle à une période clé de la libération sexuelle, pionnière de l'explosion du porno de masses, Linda passe alors  à celui de victime, femme-objet exploitée, et porte-parole du nouveau féminisme.

photo Hélios films
  TWITTER.
@LindaLovelaceXX

Linda Lovelace et Chuck Traynor (sa seconde épouse sera Marilyn Chambers, "l'autre" star du X de l'époque)

ET AUSSI...
Le film montre le parcours d'une jeune femme complexée, ne connaissant que des rapports de force avec ses parents, ayant toujours peur de mal faire, se trouvant plutôt moche (quand le photogaphe fait les photos de l'affiche de "Deep throat", elle le remercie de l'avoir rendu jolie). Une femme obéissant à tout le monde, sa famille, à son mari, ses producteurs.

Mais le personnage est plus complexe qu'une simple victime sous l'influence d'un homme qui la maltraite. Linda Lovelace, c'est un peu Loana avant l'heure, une jeune femme ni actrice, ni danseuse, ni chanteuse, n'étant qu'elle-même, un corps en surexposition médiatique (Loana dans la piscine avec Jean-Edouard et Loana, mère célibataire, à qui on a retiré son enfant, soit la séductrice next door et la victime de la vie, deux facteurs qui lui ont permis de gagner "Loft story"). Linda est en quête d'une reconnaissance qu'elle trouve partiellement dans la notoriété, prenant la célébrité pour de l'amour, mais demeurant au fonds une enfant mal aimée, une femme battue, à qui sa mère claquer la porte au nez quand elle lui demande asile, que son mari punit violemment quand elle lui désobéit. Pourtant, cette célébrité va libérer la parole de Linda, mettant une distance avec Chuck qu'il ne supportera pas mais qui lui sauvera la vie, à elle.
Le casting est réussi. Amanda Seyfried a bien saisi la dualité du personnage, une fille "comme toute le monde" à qui la gloire donne l'illusion d'être aimée sans lui faire oublier ce à quoi elle aspire, une vie banalement heureuse, sans aucune ambition professionnelle, ayant joué dans "Deep throat" par hasard, célèbre par un concours de circonstances, s'étant trouvé là au bon moment au carrefour de l'explosion du X et du féminisme. Peter Sarsgaard (dans "Une Education" où il jouait un peu le même type de rôle de l'homme qui dévergonde une ado), Sharon Stone, supéfiante en dadame revêche asexuée que la vie a durcie, James Franco (Hugh Hefner), Juno Temple (pétillante en Patsy).
 
Les réalisateurs, Rob Epstein et Jeffrey Friedman, ont tourné précédemment "Howl" (sur Allen Ginsberg et la beat generation) que j'avais beaucoup aimé... Leur reconstition des années 70 est raffinée, peut-être un peu trop défilé de mode (parfois) tout comme le film est un peu trop clean (édulcoré) mais cette immersion dans une époque charnière double d'explosion des moeurs et de prise de conscience féministe, dont Linda Lovelace n'était que le symbole, est assez passionnante.


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Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma américain, Lovelace, Rob Epstein et Jeffrey Friedman

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