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Cinéma: "Pick up on south street" de Samuel Fuller

Par Paulo Lobo
Très bon film noir de Samuel Fuller, intense, violent, sans fioritures, on y cogne dur, surtout sur les filles, pauvre Jean Peters qui doit vraiment encaisser beaucoup de baffes. On y fume beaucoup aussi, dans certaines scènes, ils sont trois ou quatre à avoir des cigarettes ou des cigares en mains, c'était l'époque glorieuse des manufacturiers de tabac, et personne ne s'en souciait. Mais revenons au film lui-même. Personnages et dialogues écrits dans le roc, dans le souci du réalisme, c'est sec, percutant, très peu de sentiments, juste un peu quand même sur la fin, Richard Widmark se prenant de coeur pour Jean Peters, mais bon on sent bien que Samuel Fuller exécute cette convention avec pas mal de détachement. Ce qui l'intéresse, ce sont les face-à-face, les bras-de-fer opposant les êtres qui se retrouvent dans leurs tranchées respectives et qui essaient de se contrer les uns les autres.
J'aime les scènes qui prennent leur temps pour raconter une situation, par exemple les vols du pickpocket dans le métro ou la tentative de séduction émouvante de Jean Peters, avec un découpage des plans au scalpel et une belle intensité dans le jeu de regards. J'aime beaucoup ce cinéma qui se dévoue à la vraisemblance de l'instant et des gestes et qui leur permet de se déployer de façon épurée et étirée.Le film est intéressant également pour la désinvolture avec laquelle Fuller aborde la question du patriotisme. La trame implique des "communistes" qui essaient de dérober un microfilm top secret, pourtant on a l'impression que Fuller grossit le trait et que ces "méchants" ne l'intéressent que comme de simples éléments déclencheurs de la peur, il n'a que faire des raisons politiques et idéologiques qui animent les deux parties adverses, les représentants de l'Etat américain sont dépeints avec à peine moins d'antipathie que les "comms". Fuller creuse avant tout la psychologie des êtres marginaux, qui luttent pour survivre avec le peu de moyens qui leur restent, au coeur du film se trouvent la souffrance, la rage et la peur de quatre personnages interprétés avec vibrance par Jean Peters, Richard Widmark, Thelma Ritter et Richard Kiley.

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