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[Critique] ZULU

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] ZULU

Titre original : Zulu

Note:

★
★
★
½
☆

Origine : France
Réalisateur : Jérôme Salle
Distribution : Forest Whitaker, Orlando Bloom, Conrad Kemp, Inge Beckman, Tinarie Van Wyk-Loots, Patrick Lyster…
Genre : Policier/Drame/Adaptation
Date de sortie : 4 décembre 2013

Le Pitch :
Dans une Afrique du Sud encore ravagée par les conséquences de l’Apartheid, deux policiers enquêtent sur la mort d’une jeune fille. Un crime qui va les mener sur une piste des plus dangereuses…

La Critique :
C’est donc après un Largo Winch 2 conspué que le réalisateur français Jérôme Salle revient avec Zulu. Un retour qui traduit une volonté de noircir le ton et de laisser la légèreté de Largo Winch loin derrière.
Adaptation d’un roman salué de Caryl Ferey, Zulu met les mains dans le cambouis. Et pas qu’un peu. Partant d’une banale enquête autour du meurtre d’une jeune femme, le film plonge vite dans les tréfonds de l’âme humaine en réveillant les fantômes de l’Apartheid dans une Afrique du Sud toujours malmenée par un racisme lattant.
On comprend vite ce qui a attiré le cinéaste dans le ghetto de Cape Flats. Un endroit dangereux qu’il est le premier à filmer dans le cadre d’un long-métrage et qu’il place au cœur d’une intrigue à tiroirs, redoutable dans sa propension à révéler progressivement son ambition. Dommage alors que la bande-annonce en montre trop. On sait dès le départ de quoi il s’agit même si on se demande quand Zulu rentrera dans le vif du sujet. D’où l’un des défauts les plus gênants du film : parfois, il se traine un peu. On s’attarde chez cet inspecteur alcoolo, version moderne du Martin Riggs des deux premiers volets de L’Arme Fatale, on suit l’investigation de ces deux flics et trop lentement, le véritable objectif se dessine. Par contre, quand la tension est à son comble, pas de déception. Jérôme Salle y va franchement et ne cède pas aux canons inhérents au buddy movie (Zulu n’en est d’ailleurs pas un). L’immersion est totale et étouffante. L’horreur sourde des crimes commis par des hommes abominables touche plus qu’à son tour et l’espoir a bien du mal à faire son trou dans une intrigue qui n’épargne personne.

Au travers de cette descente aux enfers, le film tisse une réflexion sur le pardon. Via le personnage interprété par Forest Whitaker principalement, qui cristallise la souffrance de tout un peuple. Victime étant enfant de l’horreur de l’Apartheid, ce dernier illustre à lui seul les fameuses commissions vérité et réconciliation, mises en place après l’Apartheid pour faciliter la mise en place d’une entente (fragile) entre les bourreaux et leurs victimes. En résulte une nation où la haine est tenue en laisse, mais gagne du coup en puissance, en restant tapie dans l’ombre d’une paix vacillante, comme en témoignent les crimes qui eux, n’ont pas cessé pour autant.
Là, Zulu touche au vif. À l’écran, certaines scènes frappent fort, l’émotion est palpable et le mal est retranscrit de manière authentique via des enjeux qui se fédèrent autour de cette notion de pardon, si chère à l’un des deux héros. Un pardon qui le consume autant qui le caractérise.
Un personnage magnifiquement campé par un Forest Whitaker impeccable. Avec son physique imposant et son charisme certain, le comédien fait preuve d’un investissement louable et livre une performance viscérale, toute en nuances, même si le scénario laisse quelques zones d’ombre, un poil gênantes quand il s’agit de saisir la complexité de cet homme marqué au fer rouge.

En face, la surprise vient d’Orlando Bloom, qui se révèle. Son rôle de flic porté sur la bouteille et les femmes n’est pas révolutionnaire, mais son interprétation vaut franchement le détour. Enfin sorti de sa zone de confort, Bloom propose quelque chose de relativement inédit pour lui et laisse de côté ses apparats de beau gosse. Zulu est l’un de ses meilleurs films. Limite méconnaissable, l’acteur apparaît usé et cassé et assure en permanence. En toute logique, le duo qu’il forme avec Whitaker en impose.
Un casting solide qui permet de faire oublier les imperfections d’une histoire violente et frontale, mais marquée par un rythme capricieux et par une fin étrangement précédée de l’une des plus curieuses (pour ne pas dire ridicule) poursuites à pied vue de mémoire récente. Et cela même si les intentions de Salle et de son co-scénariste sont claires. C’est l’exécution qui pêche. Au dernier moment, le réalisateur commet une faute regrettable car elle contribue à laisser une impression mitigée alors qu’au fond, Zulu cumule plus de qualités que de défauts.

@ Gilles Rolland

Zulu-bloom-whitaker


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