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Au Guatemala, fresque solaire et tragique sur l’exil

Par Borokoff

A propos de Rêves d’Or de Diego Quemada-Diez ★★★★ 

Rodolfo Dominguez, Brandon López - Rêves d'Or de Diego Quemada-Diez - Borokoff / Blog de critique cinéma

Rodolfo Dominguez, Brandon López

Au Guatemala, Juan, Sara et Samuel, trois adolescents de seize ans, décident de fuir le Guatemala pour les Etats-Unis, pays synonyme selon eux d’espoir et d’un avenir meilleur. En chemin, ils rencontrent Chauk, un Indien du Chiapas qui ne parle pas espagnol. Sur une route semée d’embûches, les liens se créent entre eux quatre. Mais si Chauk et Sara se rapprochent très vite, Juan prend tout de suite en grippe le jeune Indien. Bientôt, le danger constant et les circonstances très périlleuses de leur périple poussent les quatre jeunes à devenir solidaires entre eux malgré les tensions, les mésententes, les désaccords. Et la mort qui rôde…

Rodolfo Dominguez - Rêves d'Or de Diego Quemada-Diez - Borokoff / Blog de critique cinéma

Rodolfo Dominguez

Disons le franchement : le premier long-métrage de Diego Quemada-Diez Rêves d’or (La jauga de Oro en espagnol) est un coup de maître. Un film triste et poignant, joué par des acteurs aussi inconnus qu’éblouissants.

Oscillant entre réalisme ((la pellicule est de la super 16, format utilisé pour le  documentaire) et poésie (les compositions signées Leo Heiblum et Jacobo Lieberman sont superbes), Rêves d’or est un film dont on retiendra la beauté et les nuances, à la fois l’engagement et la sensibilité, le combat et la finesse, en un mot l’acuité visuelle d’un réalisateur novice mais brillant. Un futur grand ?

Rêves d'Or de Diego Quemada-Diez - Borokoff / Blog de critique cinéma

Karen Martínez, Brandon López

Nuancé mais radical dans son propos, Rêves d’or traite à la fois avec recul et intimisme d’un sujet universel, une tragédie bien réelle et contemporaine qui touche les exilés, les apatrides, les laissez pour compte, en un mot ceux condamnés à errer dans le monde, à devenir des sans-papiers, des clandestins traqués dans un pays qui n’est pas le leur. Sauf qu’avant cela, avant de faire partie de l’infime minorité qui aura une chance de s’en sortir, ces hommes et ces femmes auront dû braver tous les dangers, la plupart du temps mortels…

Karen Martínez - Rêves d'Or de Diego Quemada-Diez - Borokoff / Blog de critique cinéma

Karen Martínez

Mais Rêves d’or ne prend pas bêtement le parti-pris de ses jeunes personnages. Intelligemment, Quemada-Diez préfère observer avec distance, scruter les liens d’affection et de fraternité qui se tissent entre les quatre adolescents alors qu’au départ, Juan et Chauk se détestent par exemple, Chauk étant un être simple, bon et spirituel par essence tandis que Juan (Brandon Lopez, faux-aire de Bob Dylan jeune, non ?) est beaucoup plus teigneux et terre-à-terre (ce qui ne l’empêche pas d’être courageux).

Entre eux, la belle Sara, convoitée par les deux sires, restera l’objet de toutes les jalousies. Pour exprimer les sentiments tantôt de joie tantôt d’une douleur muette et indicible chez ses personnages, Quemada-Diez excelle à filmer les silences, à observer les regards.

Rêves d'Or de Diego Quemada-Diez - Borokoff / Blog de critique cinéma

Mais la tragédie est inéluctable, qui prend souvent des détours inattendus et violents dans Rêves d’or. Englués dans des situations de plus en plus sordides (qui contrastent avec les paysages somptueux que traverse la jeune bande, juchée sur le toit des trains sous un soleil brûlant), Sara et consorts se retrouvent peu à peu pris au piège, malgré eux d’une toile d’araignée inextricable. Et leur misère, leur solitude résonnent, qui prennent la forme d’un immense cri de rage, un cri de souffrance trop longtemps étouffée mais que semble soudain pousser et relayer le réalisateur. En leur nom…

Petite parenthèse et digression sur un film marocain que l’on vous recommande : Zéro. Ecrit et réalisé par Nour Eddine Lakhmari, c’est le second volet d’une trilogie initiée par Casanegra et un polar nocturne et poisseux qui décrit les déboires psychologiques d’un flic en proie à des problèmes d’alcool. Un flic solitaire aux allures de Serpico, bonnet vissé sur la tête et que tout le monde surnomme « Zéro » parce qu’on le prend pour un minable, à commencer par son propre père. Troisième long-métrage de Nour Eddine Lakhmari, c’est un polar un peu lent mais sans concession sur la corruption qui gangrène Casablanca et sa police. C’est surtout un film qui prouve la vitalité du cinéma marocain après le très remarqué Sur la planche de Leila Kilani. Une curiosité à ne pas manquer donc, surtout quand le flic, (très bien) joué par Younes Bouab, se transforme en justicier et devient celui qu’on ne soupçonnait pas être, c’est-à-dire un héros (ou le contraire d’un loser)…

http://www.youtube.com/watch?v=AtY1kNLfj-o

Rêves d’Or, film mexicano-espagnol de Diego Quemada-Diez avec Karen Martínez, Rodolfo Dominguez, Brandon López (01 h 48)

Zéro, film marocain de Nour Eddine Lakhmari avec Mohamed Majd, Sonia Chraibi, Younes Bouab (01 h 51) 

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