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Le matériel du tueur

Publié le 10 décembre 2013 par Lecteur34000

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« Le matériel du tueur »

BIONDILLO Gianni

(Métailié)

Deux crimes. L’un semble-t-il fort banal. L’autre éminemment spectaculaire. Le premier passe quasiment inaperçu. Le second se place sous les feux des médias. « Le massacre de Lodi avait monopolisé tous les journaux télé du matin ; qu’un malheureux, à Milan, ait été victime de l’habituel braquage dans sa villa, ça n’intéressait personne, c’était une mort de série B, mais un beau massacre, un beau règlement de comptes de style mafieux au cœur de la verte Lombardie, vous vous rendez compte, le pied que c’était ? Quelques directeurs de journaux, à l’arrivée de la nouvelle, eurent une érection insensée, immédiate. Certaines nouvelles font bander. Sang, sang, sang. Si les brutes de la rédaction envoyées aussitôt vérifier sur le terrain devaient y trouver aussi un peu de sexe et d’immigrés, c’était bon, il y aurait de quoi remuer la boue pendant des semaines. »

Voilà pour l’ambiance générale. C’est à la commissaire Elena Rinaldi de patauger dans la boue et d’essayer d’élucider le mystère du massacre. Quelques cadavres laissés sur le bitume et la spectaculaire évasion d’un immigré qui ne fut, apparemment, qu’un délinquant de seconde zone. Elena Rinaldi patauge. La Médiatouillerie s’excite. Ferraro, qui enquête sur le braquage, se trouve pris comme par inadvertance dans le tumulte. Pour avoir exprimé comme une intuition devant la commissaire qui fut autrefois sa maîtresse. L’enquête piétine. Quelques cadavres jalonnent la fuite du prétendu petit délinquant.

Le Lecteur s’est immergé sans retenue dans ce polar. Un excellent polar à l’italienne, avec tout ce qu’il faut de corruption, de pourriture, de veulerie politique, de lâcheté, de soumission, d’intérêts entrecroisés. Avec une histoire coloniale qui laissa d’indélébiles séquelles. Une belle, une saine, une vigoureuse critique politique et sociale. Que ponctuent des saillies qui ne se commentent pas. Telle celle-ci, dans laquelle Biondillo évoque le sort fait aux gitans : « Nous avons plus besoin d’eux que de l’eau, plus que de la nourriture. Nous sommes tous d’accord là-dessus. Ils sont le mal nécessaire, le ciment de notre Europe. Du nord au sud, de droite à gauche, la gêne de leur présence – blattes de l’Occident, morpions de la civilisation – nous rend unis, solidaires, participatifs, fait de nous un peuple, une lignée, une nation. Ils sont l’engrais et nous sommes la boue. »


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