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On y était – Festival BBMIX 2013

Publié le 13 décembre 2013 par Hartzine

On y était – Festival BBMIX 2013

Festival BBmix, Le Carré Bellefeuille, Boulogne-Billancourt, du 21 au 24 novembre 2013

photos©Emeline Ancel-Pirouelle

Exercice pas évident en soi au demeurant, le BBMIX est un festival à la programmation ambitieuse. Proposant de naviguer à travers différents styles allant de la pop la plus accessible aux artistes expérimentaux nettement plus exigeants, le BBMIX est d’autant plus un pari risqué qu’il porte sa programmation à Boulogne-Billancourt, au Carré Bellefeuille, une salle de concert/spectacle avec des fauteuils rouges confortables, une scène large et un son globalement propre mais qui voit passer, entre autres choses, les BB Brunes ou Michel Fugain.

Les soirées étaient concoctées de manière cohérente, avec dans un premier temps une soirée plutôt dédiée au rock made in France, la seconde plutôt expérimentale/électronique, la troisième pop/DIY et enfin pour terminer une soirée plutôt psyché/drone. On va entrer dans le vif du sujet en commençant par ce qui fâche : l’inertie générée par cette salle envahie du pourpre des fauteuils sagement alignés, contaminant les spectateurs en première phase d’hibernation à s’y asseoir sans n’en plus bouger (et vaguement daigner applaudir d’une claque molle entre les morceaux)…

Certes, à quelques exceptions près, où le public a vainement exprimé sa joie d’être présent en se mettant debout dans les allées et devant. Notamment lors des deux concerts estampillés Born Bad avec la reformation trente ans plus tard des joyeux punks dilettantes Les Olivensteins (prônant allègrement la fainéantise dans plusieurs textes) et le duo garage rock bien huilé de Magnetix. Chacun dans leur genre, ils ont amené rockers d’époque et jeunes convertis à se dandiner, danser et sauter dans cette salle aux allures « école des fans » dixit le chanteur des Olivensteins, qui n’ont pas forcément l’habitude de jouer dans ces conditions, on veut bien les croire. Quelle frustration également de voir le set de Felix Kubin, bien confortablement assis dans nos fauteuils (je me rends compte de l’absurdité de se plaindre du confort…) n’osant pas en sortir (je pense qu’on est plusieurs à avoir eu l’envie de s’approcher de la scène comme la veille happés par les élucubrations gesticulatoires du musicien allemand).

Quoi qu’il en soit de belles choses ont pu laisser leur empreinte dans les esprits, comme les machines enchantées de Pierre Bastien, artisan expérimental avec ses objets mécaniques générant sons, boucles, rythmiques, mélangés à un système de loops vidéo basés sur des images d’archives (enregistrements de terrains, blues rural, rythmes africains, chœurs d’hommes…). Son approche artisanale de la construction sonore apporta un réel intérêt à son concert. Univers poétique similaire prolongé chez Ela Orleans qui de son côté, injecta des réminiscences 60′s (pop d’antan, yéyé…) au sein de son set électronique accompagnant son chant élégant et inspiré. Petit clin d’œil à la situation improbable de la salle avec un sample déclarant « On this music you should dance », devant un parterre d’hibernants plus ou moins expressifs bien qu’à l’évidence réceptifs à sa musique.

Puisqu’on parle de danse, Felix Kubin a assuré le show en déhanchements derrière ses deux synthés, lançant des rythmiques, jouant les mélodies et faisant des footings le long de la scène, tout cela en se grimant de sourires complices et amusés, ajoutant un genre d’humour à froid à son univers électro-kraut ludique et jubilatoire. Notons également la présence de ces musiciens néo-zélandais assez décalés que sont Orchestra of Spheres, mêlant instruments traditionnels trafiqués, sonorités distordues, rythmiques directes et déguisements assez improbables, avec un héritage sous acide de Sun Ra. On retiendra surtout le morceau où les deux filles du groupe se lancèrent dans un chant et une rythmique complémentaire réalisée de leurs voix entremêlées et leurs mains synchrones, un ping-pong sophistiqué à la fois amusant et entraînant.

Deux autres groupes étaient également à remarquer, notamment Magik Markers avec leur rock assez classe et entraînant et un noise psyché nous préparant à la transe du lendemain. La soirée du dimanche fut sans doute celle qui attira le plus de monde avec en clôture de festival le groupe psychédélique Föllakzoid, influencé à l’évidence par la musique répétitive (faisant tourner des rythmiques jusqu’à nous faire perdre nos repères), suivi du trio doom/stoner OM, qui a délivré un set classique mais avec de réels passages métaphysiques lorgnant vers l’extase, grâce aux basses lourdes de Cisneros qui auraient pu être encore plus fortes pour une immersion absolue, mais peut-être cela aurait été trop fort pour l’ingénieur du son qui nous mit à la fin un bon vieux reggae sans faire la moindre sommation juste à la fin du concert (comme pour signaler : « Cassez-vous »). Ainsi, les membres du trio avec les rythmiques alambiquées d’Emil Amos et la présence extatique et devenue indispensable de Lichens à la guitare, tambourin et synthés ont fait vibrer le Carré Bellefeuille comme il ne doit pas en avoir souvent l’occasion. Transe, ou extase ? Telle était également la question posée, plus tôt cette même après-midi, lors de la conférence sur le drone par Catherine Guesde, rappelant quelques bases et souvenirs aux nombreux connaisseurs de drone et doom présents dans la petite salle secondaire, où d’autres propositions eurent lieu, comme l’orchestre d’ordinateurs à la démarche électro-acoustique Synorsk ou le groupe Fiasco  (pas de jeux de mot s’il vous plaît).

Quatre jours bien remplis – vous aurez remarqué que je ne suis pas revenu sur tout, n’ayant pas pu arriver à temps pour voir Tazief, n’ayant pas pu apprécier les mondes de Michel Cloup Duo (n’ayant pas été très « attentif » à ses textes en français, malgré des arrangements intéressants…) et encore moins n’ayant pu supporter la partie de Lee Ranaldo et son supergroupe avec des chansons pas spécialement à la hauteur du personnage à mon goût (ce qui me donna une bonne excuse pour m’éclipser et boire un coup). Quoi qu’il en soit, il y en eut pour tout le monde, et soulignons tout de même le prix : pour des soirées de 3 concerts en moyenne à 10€, on est quand même à des kilomètres de ce que pratique le Pitchfork Festival, pour ne pas le citer. Donc BBMIX, merci beaucoup pour la belle musique dans les oreilles et la prochaine fois, pensez aux gens qui aiment les concerts debout !

Photos

Michel Cloup Duo

The Olivensteins

Magnetix

Tazief

Ela Orleans

Magic Markers

Lee Ronaldo

Föllakzoid

OM


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