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Mona Hatoum: deux ou trois choses que je sais d’elle

Publié le 20 décembre 2013 par Pantalaskas @chapeau_noir

Lorsqu'une exposition ne se livre pas d'elle-même comme une évidence, lorsqu'il faut au visiteur rassembler les indices disponibles dans le lieu, la réflexion s'impose. Dans l'exposition de Mona Hatoum à la galerie Chantal Crousel à Paris, c'est de "reflection" qu'il est question. Jeu de piste ? énigme ?  L'enquête n'est pas totalement sans danger. Pour preuve  "Electrified II" (2010) : une chaîne  composée d'ustensiles de cuisine perforés (passoires, moulinette, râpe)  est suspendue au plafond,  le tout relié à une ampoule branchée à un courant électrique. J'ai préféré, personnellement, ne pas vérifier, avec ce curieux "électro-ménager" que l'on risquait de recevoir une décharge électrique en touchant l'installation.
"A travers ces oeuvres récentes, Mona Hatoum poursuit ses réflexions sur le thème de l'intime, du domestique, mais aussi sur l'expérience de l'exil et les zones de conflit, qui animent sa pratique depuis trente ans."

"Cellules"

Mona Hatoum: deux ou trois choses que je sais d’elle

"Cellules" (2012-2013) Mona Hatoum

Les "Cellules" (2012-2013) forcent le regard et le questionnement : huit structures à taille humaine sont réalisées à partir des tiges d'acier utilisées habituellement comme armature du béton armé. A l'intérieur de ces prisons inattendues, des formes peut-être organiques sont créées, elles, avec du verre soufflé. L'opposition saisissante entre ces deux éléments, l' un noir, rigide et géométrique, l'autre rouge, apparemment souple et à l'aspect presque vivant, ajoute au jeu sur les mots. Les cellules de cette prison métallique privent les cellules organiques de leur liberté.

Reflection

Reflection (2013), qui donne le titre à l'exposition, est une pièce composée de trois trames de tulle, positionnées comme trois écrans ,superposés et qui restituent l'agrandissement d'une petite photographie : la mère de l'artiste en train de coudre, photo prise en 1948 à Beyrouth. Le visiteur qui se déplace devant cette oeuvre, éprouve  un étonnant phénomène de moirage. La vibration du plan photographique donne à l'oeuvre une vie soudaine à son approche. Difficile, hélas, d'en proposer la trace photographique qui rend inopérant l'effet.

Capello per due, 2013 Mona Hatoum

"Capello per due" 2013
Mona Hatoum

Dans le recoin d'une salle, "Capello per due"(2013) est présenté  comme "une oeuvre ambigüe qui questionne le vivre ensemble, la relation à l'autre et son caractère à la fois rassurant et pesant". Le ressenti d'un oeuvre reste un mystère. J'ai reçu, pour ma part, cette installation comme un moment de poésie, sur lequel la symphonie de Mahler choisie par Visconti pour "Mort à Venise" me semblerait un accompagnement judicieux.
Dans le rapport au monde que propose l'artiste dans ce choix d'oeuvres, tout ne m'a pas interpellé avec la même force. Ce parcours, tel un rébus, ne se livre pas aisément et l'adhésion du spectateur dépendra de chacun.

Grille de lecture

Je ne connais pas Mona Hatoum mais, au vu de quelques expositions, en ai découvert deux ou trois choses. La grille de lecture a utiliser dans ce parcours apparemment disparate passe vraisemblablement par ces grilles visibles dans son oeuvre ou invisibles dans sa vie, mais qui la constituent :cette suite d’exils contraints avec d’abord ses parents palestiniens, qui en 1948, condamnés à quitter leur maison de Haïfa sous la pression Israélienne, s’exilent à Beyrouth où naît l’artiste en 1952. Puis en 1975, Mona Hatoum , alors qu'elle voyage à Londres, se retrouve dans l’impossibilité de retourner au Liban soumis à une guerre civile.
Il faudra suivre, d'une exposition à l'autre, ce parcours qui laisse deviner, au gré des oeuvres, ce questionnement sur l'identité.

Photos: galerie Chantal Crousel

Mona Hatoum
"Reflection"

Galerie Chantal Crousel
Du 30 novembre 2013 au 18 janvier 2014
10 rue Charlot
75003 Paris


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