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Ma rencontre avec Armand Amar, un des plus grands compositeurs de musique de film!!

Par Filou49 @blog_bazart
21 décembre 2013

© Eric Valli

© Eric Valli

A la suite de ma rencontre mémorable avec Philippe Geluck, la personnalité que j'ai eu la grande chance d'interviewer juste une petite semaine après est certes moins médiatique, mais n'en reste pas moins un grand nom dans son domaine de prédilection, et notamment pour tous les cinéphiles!!

En effet, Armand Amar, puisque c'est de lui dont il s'agit, est un immense compositeur de bandes originales de film, et a notamment travaillé pour l'immense cinéaste Gosta Gavras (notamment pour Amen ou pour le couperet, deux excellents films) ou pour le non moins excellent Radu Mihelanu  (il a d'ailleurs obtenu le césar de la meilleur musique du film pour le concert en 2010)...D'ailleurs, si j'ai assez peu de bandes originales de films dans ma CDthèque, il y a une que j'ai acheté voilà 10 ans et que j'écoute trés souvent, c'est celle de la BO de "vas vis deviens", le magnifique film de Radu Mihaileanu (un film que je vous conseille ardemment si vous l'avez jamais vu).

En effet, lors de la vision du film en salles, j'avais été bouleversé par le film et aussi énormément par sa bande originale, et notamment par le premier morceau Exode qui m'avait vraiment mis les larmes aux yeux...

Cela, je n'ai pas manqué de dire à Armand Amar lorsque je l'ai eu au téléphone (car ce fut une rencontre téléphonique et non pas physique comme pour Geluck) puisque, grace à Armonie, j'ai eu la chance mercredi après midi de m'entretenir une petite demi heure avec Armand afin qu'il réponde à toutes les questions que j'avais envie de lui poser.

Ma rencontre avec Armand Amar, un des plus grands compositeurs de musique de film!!

 Car l'actualité d'Armand Amar, c'est évidemment son travail sur la BO du film "Belle et Sebastien" dont je vous ai pas manqué de dire du bien mardi dernier, et sur le film et sur la partition musicale du compositeur .... Une BO que j'ai eu la chance d'écouter longuement avant d'aller l'interviewer... Mais évidemment, comme je n'ai pas tous les jours l'opportunité de parler à un compositeur de musique de film, j'avais d'autres questions à lui poser en plus de son travail sur Belle et Sebastien...

Ce qui est évident, c'est  à quel point Armand Amar m'a répondu avec la même gentillesse à toutes mes questions, même aux moins originales qui soient ( pour Geluck j'étais accompagné de mon acolyte qui donnait le ton décalé à l'ensemble, là j'étais tout seul).... Mais trèves de salamalèques, sans plus attendre, je vous livre le détail de notre rencontre avec 10 questions réponses posées à Armand Amar :

 Entretien exclusif Blog Baz'art avec Armand Amar, compositeur de la BO de Belle & Sebastien:

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Blog baz'art : Bonjour Armand et merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques petites questions pour les lecteurs de Baz’art. Tout d'abord, j'aimerais savoir comment vous vous êtes retrouvés sur le projet Belle et Sebastien.  Est-ce Nicolas Vanier qui est venu vous chercher et si oui, savez vous  pour quelle raison il a fait appel à vous?

Armand Amar : Oui, Nicolas Vanier est venu à ma rencontre, pas forcément directement, mais par l’intermédiaire de Gilles Legrand qui est à la fois cinéaste avec qui j’ai déjà travaillé ( pour "La jeune fille et le loup" & "tu seras mon fils") et également producteur de films dont ce belle et Sebastien, ce qui a facilité les choses. Et Nicolas connaissait déjà mon travail –  qu’il appréciait et estimait que j’allais pouvoir facilement m’adapter à son univers cinématographique.

Le fait notamment que j’ai pu travailler avec Gilles Legrand ou Yann Artus Bertrand pour "Home" sur des films qui mettent également la nature au premier plan était un bon indice quant à  la possibilité d’une collaboration entre nous et du fait que j'aimais comme lui la nature et pourrait essayer de servir avec ma musique, ses magnifiques prises de vues .

  Baz'art : Nicolas Vanier vous  a-t-il donné des indications de travail, notamment par rapport au travail de Daniel White, le compositeur  de la série originale ? Et d'ailleurs,comment avez-vous fait pour vous réappropirez son travail en intégrant votre patte personnel ?

Armand Amar : Non, Nicolas ne m’a donné aucune indication, il m’a laissé totalement libre dans mon travail en amont. Et effectivement, le gros de mon travail a été de partir du travail de Daniel White, basé sur des accords relativement simples, plutôt minimalistes dans l’orchestration et d’et essayer d’élargir à quelque chose d’un peu différent, de plus ample et aéré.  Je ne connaissais pas vraiment l’univers de la  série, car je n’étais pas en France au moment de sa diffusion, donc il était plus facile pour moi de m’en détacher un peu et d’intégrer mon univers.

Après, la différence que j’ai pu avoir dans ma collaboration avec Nicolas Vanier par rapport aux précédents cinéastes avec qui j’ai pu travailler, c’est que Nicolas était moins dans une démarche intellectuelle, notamment sur les thématiques à aborder dans la partition, mais qu’il me disait très simplement «  ca j’aime » ou "ca j’aime pas" lorsque je lui proposais des pistes musicales, et je dois dire que j'ai bien apprécié cette façon de faire, différente de ce que j'ai pu connaitre dans mes autres expériences.

 Baz'art : J’ai vu, notamment sur le livret de CD que Nicolas Vanier  louait votre travail et disait avoir beaucoup apprécié votre collaboration ensemble, mais a reconnu qu’il y avait eu quelques petites  dissonances au départ car vous n’étiez pas forcément sur la même longueur d’ondes…sur quoi portait exactement les éventuels sujets de friction  et dans quel sens avez-vous réussi à vous entendre ?

Armand Amar : Oh, il ne s’agit pas vraiment de frictions ou de dissonances…il fallait simplement qu’on accorde nos violons sur nos méthodes de travail car j’avais besoin de voir les images du film et de participer au mixage pour vraiment me faire une idée du travail que je dois fournir. Or, dans un premier temps nos premières discussions étaient trop théoriques , car à part le scénario que j'avais pu lire , je ne pouvais m’appuyer sur peu de concret. Une fois que j’ai pu visionner les images en salle de montage, nous avons pu travailler ensemble avec beaucoup d’efficacité et de plaisir réciproques.

 Baz'art : Comment avez-vous traditionnellement l’habitude de procéder dans votre collaboration avec un réalisateur ?

Armand Amar :Comme je vous le disais juste avant en parlant de mon travail avec Nicolas Vanier pour Belle et Sebastien, il est très important pour moi d’avoir des discussions très précises avec le réalisateur en amont avant de démarrer mon travail de compositeur, plus la discussion est précise, plus je pourrais trouver les bases de ma partition musicale qui tienne le coup.

Ensuite je demande à être associé au travail de mixage et de montage. C’est un vrai travail d’équipe et je ne veux absolument pas faire mon travail dans mon coin sans échanger régulièrement avec l’équipe du film.

Baz'art : Quels sont les critères essentiels qui vous font accepter une collaboration avec un cinéaste ? Est que la filmographie de celui-ci est essentielle ou bien son discours et ses intentions sont plus determinantes quant à votre choix à venir ?

Armand Amar : Non, la filmographie du cinéaste n’influe en rien sur ma décision de travailler avec tel ou tel cinéaste. C’est vraiment le projet du cinéaste, ses intentions et son envie d’intégrer son univers au mien qui prédomine. Je peux tout à fait travailler avec des jeunes cinéastes comme Mohamed Hamidi pour Né quelque part, ou des cinéastes avec qui je n’avais jamais travaillé et dont l’univers est a priori loin de moi, comme Philippe Muyl, avec qui j’ai collaboré pour son prochain film, le Promeneur d'oiseau( qui sort fin févier 2014),  un film étonnant qui se passe en Chine avec des acteurs chinois, un projet différent de ce que j'ai pu faire, mais qui m'a énormément plu.

Baz'art:Pour quelles raisons, selon vous, un cinéaste vient vous chercher précisemment ? Est ce pour votre univers qu'il sent soluble dans le sien?

Armand Amar : Déjà je dois vous dire que je n’ai pas d’agent, ni aucun intermédiaire pour me rencontrer. Lorsqu’un cinéaste fait la démarche de me parler d’un projet, c’est que dans son esprit,  c’est une réflexion qui déjà été avancée et qu’il a déjà pu se faire une idée plus ou moins précise de mon univers et que ca l'interesse de travailler avec moi.

Par ailleurs,  je crois que mon univers est désormais facilement indentifiable, j’ai du mal à faire des musiques gaies, allant souvent vers des partitions assez lyriques avec pas mal de cordes,. D’autre part, utilisant pas mal de musiques du monde et ayant  pas mal travaillé avec des cinéastes d’origine étrangère, il y a peut etre une étiquette  de "compositeur exotique" qui me colle un peu à la peau, mais en même temps, c’est assez logique, j’arrive avec un univers assez reconnaissable et c’est normal qu’un cinéaste qui vienne me chercher ait cet univers en tête.

Baz'art : Vous avez eu une consécration avec votre premier césar de la meilleure musique du film  avec la BO du film Le Concert en 2010… comment avez recu cette récompense, avec un peu de recul, ou alors une grande fierté et considérez vous que c’est votre meilleur travail à ce jour ?

Armand Amar : En fait, lorsque j’ai recu le césar en 2010, cela faisait déjà la 4ème fois que j’étais nommé (les autres fois nommé pour Amen en 2003, Vas vis deviens en 2006 et Indigènes en 2007 ). En même temps, à chaque fois les compositeurs consacrés ces années là sont des personnes d’une immense qualité, notamment Wojciech Kilar en 2003, primé pour Le pianiste de Polanski. C'est un compositeur polonais  exceptionnel qui a un fait un travail remarquable pour le roi et l’oiseau  de Paul Grimault en 1979 et qui a notamment travaillé avec Jane Campion, James Gray ou Kristov Kieslowksi donc c’était normal qu’il  été consacré et pas moi…Cela dit, lorsque j’ai eu le césar pour le concert, je me suis plus dit que c’était plus pour récompenser l’ensemble de mon œuvre et notamment des 3 films nominés que  pour le concert proprement dit.

Baz'art :  A ce propos,  quels sont vos rapports avec les autres compositeurs de musique du film ?

Armand Amar : Nos rapports sont bons…il n’y a pas vraiment de concurrence. Vous savez, il y a environ 260 films français qui sortent par an, donc il y a largement de la place pour tout le monde. Et personnellement, je travaille aussi un peu pour le cinéma étranger, donc je ne suis pas cloisonné dans le cinéma français exclusivement.

Baz'art : Vous avez participé à très peu de comédies (à part votre tout premier film Grosse Fatigue de Michel Blanc en 1994) …est ce du à un choix délibéré de votre part ?

Armand Amar : Concernant le travail avec Michel Blanc pour Grosse Fatigue, c’est quelque chose de très spécifique. En fait, il cherchait des tambours japonais pour une scène et comme c'est un type d'instruments que je connaissais bien, j’ai collaboré à ce niveau, mais ma première vraie musique de film, ce n’est qu’en 2000 avec Costa Gavras pour Amen que je le dois…  Et sinon, effectivement, je fais très peu de comédies- Belle et Sebastien est le film le plus léger que j’ai pu faire jusqu’à présent- car autant je suis quelqu’un de  très drôle dans la vie, autant je n’arrive pas du tout à composer pour des comédies, c’est un travail totalement différent dans lequel je ne me sens pas du tout à l’aise… Je suis naturellement porté vers une musique véhiculant énormément d’émotions , donc la comédie, non ce n’est pas mon truc.. Mais comme  d’autres le font très bien, tout roule... 

Baz'art : Avant de finir cet entretien, j'aimerais qu'on revienne à vos tous débuts dans la musique de film. Comment êtes vous arrivés dans le domaine de la musique du film, assez tardivement d’ailleurs en 2000 ( à 47 ans) alors que vous êtes dans la musique depuis 1974 ? Et quel bilan pourriez vous tirer de ces différentes expériences dans ce domaine?

Armand Amar : J’y suis arrivé un peu par hasard, c’est Costa Gavras avec qui je suis ami qui m’a demandé de travailler pour lui sur ce film Amen qui lui tenait énormément à cœur et qui était quand même une grosse production, donc j’appréhendais un peu cette nouvelle expérience…

Et d’ailleurs, dans les premiers temps, j’ai eu un peu de mal à travailler sur ce film, j’ai même voulu abandonner après plusieurs mois car Costa Gavras n’était pas satisfait du travail que je lui avais montré. Je voyais cette œuvre comme un film sur les camps de concentration aavnt tout,  et Costa Gavras m’a dit qu’il ne fallait pas l’envisager sous cet angle là, mais plus d’"un film qui parlait avant tout  de la responsabilité". Cette phrase m’a servi de déclic, j’ai compris alors ses intentions et j’ai pu lui livrer une partition conforme à ce qu’il attendait.

  Désormais, je fais environ 5  à 6  films par an (en raison de 2 mois en moyenne de travail sur une BO) mais à coté je fais des choses différentes, je travaille notamment pour des compagnies de danse (notamment celle de Marie Claude Pietragala), ou pour des compagnies de théâtre ( comme celles de Patrice Chéreau il y a quelques années) et cette diversité est nécessaire à mon équilibre.

Merci beaucoup, Armand, d'avoir bien voulu jouer le jeu des questions réponses avec une énorme gentillesse,  et d'avoir apporté ces quelques précisions sur une profession de compositeur que personnellement je connaissais quand même assez peu de l'intérieur...

Et si vous avez envie d'écouter cette très belle B.O quand bon vous semble, vous pouvez vous la procurer ici même.


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