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Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

Publié le 21 décembre 2013 par Chatquilouche @chatquilouche

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L’effroyable feu coulait sur la ville, amollissait l’asphalte autant que les cerveaux.  Les peaux moites, les bouches sèches, les corps presque liquides : tout cela suintait la soif, le besoin d’air, le rêve de froid.  La violence se tenait tapie dans le peu d’ombre disponible, l’irritabilité de chacun prête à fondre sur l’autre pour le moindre prétexte – mais une violence fourbe, molle tout d’abord, puis folle, prompte comme une gifle.  L’ardeur du ciel tape sur les nerfs, chauffe à blanc les âmes les plus sages.  L’air manque.  On se tient prêt à tuer le voisin pour pouvoir respirer – bouche ouverte, happer le vide frénétiquement, à la manière d’un poisson hors de l’eau.

Les jambes ralentissaient ainsi que les voitures, comme si le soleil, imbuvable dieu, serrait dans son poing de feu l’humanité entière.  Les températures avoisinaient les fours.

L’œil hagard, la démence défigurant leurs traits, les hommes et les femmes de la ville brasier paraissaient déjà morts, déjà calcinés, délestés de ce qui fait l’être humain, pires encore que des bêtes.

Comme un mouvement de foule, dont la propagation surprend par sa vélocité, chacun se mit à quatre pattes, mu par un sombre instinct.

Ils marchent ainsi désormais, loups citadins prêts à s’entretuer, guettant le moindre point d’eau sale, la moindre chair plus fraîche.  La chaleur littéralement les écrase, les asservit, et leur langue n’est plus bonne à parler ou à psalmodier quelque vaine prière.
L’air est comme du plomb, l’homme est l’esclave du ciel et, rampant sur les trottoirs, il cherche quelque improbable salut en hurlant à la mort dans un cri rauque et sec.

La nuit, avec un peu de chance…

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge 

Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…
Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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