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L'affaire Delerm... #1Ecrire est une enfance

Par Mademoizela
L'affaire Delerm... #1Ecrire est une enfance


J'avais déjà évoqué ma passion pour les Delerm.
Je crois que Philippe Delerm est l'auteur le plus présent dans ma bibliothèque et sur ma liseuse.

L'affaire Delerm... #1Ecrire est une enfance

J'adore cette poétisation de l'instant présent, ce regard amusé et mélancolique qu'il porte sur les objets et les gens. C'est un contemplatif. C'est un magicien de l'instantané. Bref, je l'adore.
Et je considère chacune de ses œuvres -du moins celles qui sont désormais miennes et que j'ai lues- comme desfriandises, des goûters, des bonbons, bref des gourmandises.

L'affaire Delerm... #1Ecrire est une enfance

Je vais parler aujourd'hui de: Ecrire est une enfance"


Ce roman est à la fois une autobiographie, un manuel d'écriture, le parcours d'un écrivain... Un homme qui analyse sa façon d'écrire, qui observe au microscope son parcours en tant qu'homme, en tant que professeur de lettres et en tant qu'écrivain. Il élargit ensuite à l'Ecriture sous toutes ses formes (la chanson, le roman, la poésie...) mais aussi à l'ensemble des personnes vouées à écrire.

L'affaire Delerm... #1Ecrire est une enfanceLes passages où il parle de son fils, de sa femme, de son petit-fils sont d'une tendresse et d'une délicatesse fortes.

"La mélancolie de l'attente était plus forte que le bonheur du succès. Dans la mélancolie, on préserve davantage l'enfance, l'adolescence surtout, on est plus intensément soi."

( Il revient aux origines de son envie d'écrire. Il remonte au temps de ses médiocres rédactions d'enfant et commente ses chefs d'œuvres ça, c'est moi qui le dis. Je formule ce mot sans que lui ne l'ait prononcé une fois. Je crois qu'il est trop humble pour considérer ses livres comme tels.) d'adultes.

L'instant pour l'instant ne m'intéresse pas. L'instant ne me touche et ne devient mon sujet que quand il est fragile, menacé, enrichi de tous les instants plus forts qui l'ont précédé. J'ai écrit quelque part: "Le bonheur, c'est d'avoir quelqu'un à perdre." Sans trop me parodier, je pourrais aussi dire: l'écriture est une enfance à regagner."


Philippe Delerm est auteur qui ne se torture pas; ce n'est pas un artiste maudit, en mal de vivre, angoissé par la page blanche. Il vit. Il expérimente. Il ressent. Puis il écrit. Il ne se met pas dans des situations précises, il ne s'enivre pas pour pouvoir produire. C'est un sensoriel. C'est un sensitif. C'est un poète (ça aussi, c'est moi qui le dis) du quotidien.

L'affaire Delerm... #1Ecrire est une enfance"Renoncer à tout ce qui est de l'ordre de la logique, ne pas essayer de saisir le monde par le raisonnement, mais seulement par l'acuité des sensations ."


Il a aussi un regard acerbe (le mot est peut-être un peu fort) en tout cas bien aiguisé sur le ( beau/ dur) métier de professeur. Et surtout celui de prof de lettres en voie d'extinction. La littérature n'intéresse plus beaucoup. Il faut dire que les Littéraires ont une sacrée panoplie d'étiquettes peu valorisantes (déconnectés, à côté de la plaque, rêveurs, inutiles, déjantés, dans leur monde...). Ce ne sont que des étiquettes...
Bref, Philippe Delerm reste lucide quant à l'avenir de notre profession mais aussi aux rêves avortés de pratiquer la littérature et non plus seulement la transmettre.
Illusions, désillusions... Le rêve de la reconversion du prof de français lambda en écrivain génialissime... On y pense tous et on revient sur terre. Certains franchissent le cap et réussissent; d'autres se prennent des portes, des murs, et d'autres enfin enfouissent au plus profond d'eux ce rêve-là, quelque peu hors de portée.

"Il me semble que tous les jeunes profs de lettres portaient en eux une mythologie de l'écriture, ne pouvaient envisager de vivre sans cristalliser ainsi tout ce qui leur manquait dans l'existence. Certains, comme nous, avaient déjà un enfant, d'autres étaient célibataires. L'avalanche nouvelle des copies à corriger, des cours à préparer faisait paradoxalement surgir une envie d'inventer des clairières de temps pour tenter de libérer un essentiel très vague et d'autant plus désirable: écrire."

Dans ce "roman", mon auteur fétiche analyse les origines de l'Ecriture. Ecrire n'est pas un acte factice ni anodin. Il y a quelque chose dans cet acte-même d'écrire qui est viscéral, nécessaire. C'est un besoin urgent de dire le monde, de se le représenter et d'y trouver sa place en tant qu'être humain avec son intimité propre et sa manière de l'envisager. Il évoque inlassablement le fort pouvoir évocateur des mots, leur sens et leur portée ainsi que le rapport de l'écrivain avec ce mot.

Le mot juste. Le mot qui manque. Le mot imparfait.

L'écriture est toujours la traduction d'un manque, d'une fêlure, une façon de déplacer les atomes de la réalité. Parmi ces manques, l'amour silence reste une douleur déterminante. Etre sûr à la fois que la rencontre qui changerait tout est là, mais qu'elle ne se fera pas en raison même de sa perfection, c'est sentir vraiment le pouvoir des mots avec la mélancolie de se dire qu'ils viennent toujours trop tard. [...] Mais je n'en tirerai pas la conclusion que les absences de rencontre de l'amour silence eussent été pareillement bancales. Celles-là sont à tout jamais parfaites, puisqu'elles n'ont pas connu les mots ratés. Il y a donc des mots à réussir. Des mots que le trop tard invente. Des mots d'amour silence."

Outre toutes les qualités énumérées, ce que j'admire chez Philippe Delerm, c'est sa propension à réinvestir quelques mots archaïques ou tombés en désuétude. Quand je lis Delerm, je sais que je vais apprendre de nouveaux mots.

Le premier mot que j'ai découvert et qui m'a profondément marquée, il y a maintenant dix ans, est le verbe SOURDRE.

Je ne l'ai jamais oublié. J'ai aimé ce mot et j'ai aimé cette phrase...

"Tu ne revivras pas, mais il y a ce chemin des mots qui mène un peu plus près de ton sourire; le souvenir ne te rend pas mais tu sourds quelquefois de cette folie douce de t'écrire, avec au bout le son-vertige de ta voix."

Tu ne revivras pas, mais il y a ce chemin des mots qui mène un peu plus près de ton sourire; le souvenir ne te rend pas, mais tu sourds quelquefois de cette folie douce de t'écrire, avec au bout le son-vertige de ta voix
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