Magazine Culture

Échos du monde musulman N° 210

Par Alaindependant

5 janvier 2014

La Tunisie semble avancer, mais…

Le projet de constitution qui doit être adopté d'ici le 14 janvier avance, mais la procédure est lourde. Les islamistes sont pris entre leurs convictions et la recherche d'un compromis, car un blocage accentuerait leur illégitimité (ils gouvernent via une assemblée qui aurait dû disparaître il y a plus d'un an), et rendrait plus difficile la victoire électorale qu'ils espèrent ensuite.

Mon avis est que cette notion de constitution, et donc de démocratie, n'est pas parfaitement assimilée : une constitution n'est pas là pour dicter le comportement des gens, mais pour garantir leur liberté. Ensuite à chacun de choisir son genre de vie. Or on a l'impression qu'en Tunisie, et ailleurs, la constitution doit imposer une certaine dose « d'islamiquement correct ». Que cette « dose » résulte d’un compromis et non de la violence est bien sûr une bonne chose, mais ce n'est pas l'objet d'une constitution.

C'est une question de principe, mais c'est aussi une question pratique : si on cherche à fixer juridiquement les comportements, on ne se mettra jamais d'accord et la rédaction de la constitution peut capoter à tout moment sur tel ou tel détail.

L'Algérie de plus en plus bas dans les classements

Résumé d’un article un peu morose de Hind Slamani ; texte complet et références à :

http://www.elwatan.com/economie/l-algerie-a-la-traine-dans-les-classements-internationaux-30-12-2013-240397_111.php

1- Corruption : l’Algérie occupe la 94e place, contre la 105e en 2012 et n’entretient pas de relations économiques et commerciales avec les pays les moins corrompus : Danemark, Finlande, Nouvelle Zélande, Singapour, Suède, Islande, Pays-Bas, Suisse, Norvège et Australie (je rappelle que la Chine est le premier fournisseur de l'Algérie).


2- Compétitivité : 110e rang mondial, perte de 23 places devant (uniquement) la Libye et le Yémen.
Ce classement regroupe une centaine d’indicateurs tels que le cadre institutionnel, la santé, l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, l’efficacité des marchés financiers et l’innovation… Par ailleurs l'Algérie n’est pas encore membre de l’OMC, réservée aux économies ouvertes.

3- L’Algérie régresse de la 118è à la 131e pour les technologies de l’information et de la communication (TIC), et est à la 144e pour leur usage dans le domaine des affaires.

4- Pour la liberté économique : l’Algérie est au 142e rang sur 152etrecule depuis 2005.

5- Pour l’innovationl’Algérie a encore reculé de 14 places en étant 138e.

6- Pour la prospérité et le bien-être, l’Algérie est 99e.

7- Pour la paix et le développement (criminalité, violence, délinquance …), l’Algérie est 119e.

Pour tous ces classements l’Algérie est derrière le Maroc et la Tunisie, et souvent très loin derrière.

Dans le même esprit, un autre article déplore la généralisation du « faux et usage de faux », avec un coup de patte politique : « dès son indépendance, l'Algérie avait pris un faux départ », allusion discrète à la prise de pouvoir par le clan Boumediene « légitimée par la libération du pays », alors que l'armée des frontières n'y est entrée qu'après le cessez-le-feu :

http://www.elwatan.com//actualite/quand-la-culture-du-faux-s-enracine-dans-notre-societe-25-12-2013-239798_109.php

Turquie : peaux de bananes entre amis

La presse française a bien décrit le réseau de corruption et de trafic d'influencequi fait l'objet d'enquêtes vigoureuses de la police, avec garde à vue de proches du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, homme fort de la Turquie, brillamment réélu aux dernières législatives, notamment parce que son parti se vantait d'être incorruptible. Outre l'affaire elle-même c'est le déroulement de l'enquête qui est intéressant.

Voir la police et la justice s'attaquer au sommet de la hiérarchie politique peut être considérée comme une illustration de la séparation des pouvoirs, donc d'une démocratie solide. Mais voir le premier ministre « sacquer », en représailles et pour stopper l'enquête, la haute hiérarchie de la police et la justice va en sens inverse. En fait il s'agit d'une lutte entre deux mouvements islamistes, et je renvoie nos lecteurs à plusieurs numéros anciens de notre lettre qui expliquaient l'importance et la puissance du réseau islamiste « guléniste », notamment dans la police. Extrait de notre lettre de mars 2008 (il y a 5 ans !) :

Ce réseau mondial a été lancé par le Turc Fethullah Gulen, prêcheur charismatique et homme d’affaires efficace, donc devenu un excellent Américain (pays dans lequel il réside pour être hors de portée de jalousies politiques). Il aurait fondé 500 écoles (avec internat) dans 90 pays, mariant l’anglais, le turc (quid de la langue locale ? de l’arabe ? un érudit peut-il nous le dire ?) et les matières scientifiques.

Il y vante la démocratie et « les opportunités » du monde occidental.

Est-il proche de l’AKP au pouvoir en Turquie ? L’armée turque le craint, d’autant que70 % des policiers seraient sympathisants.

Ou sont-ils au contraire rivaux sur le même créneau, celui de « l’islam moderne » ou « de marché » (appui sur les entrepreneurs privés, par opposition aux laïques, qui s'appuient sur l'administration, les entreprises d'État et l'armée) ?

Nous savons maintenant que ce réseau était bien dans le même camp que l'AKP « islamo-démocrate » de M. Erdogan lors de sa conquête du pouvoir et l’a aidé à écarter l’armée « laïque ». Mais depuis quelque temps, une hostilité réciproque est manifeste, liée à l'autoritarisme croissant du premier ministre, qui peuple les prisons de « laïques », militaires et journalistes, et qui s'est attaqué aux écoles privées des gulénistes, qui leur apportaient influence … et finances. Bref, son orgueil l'a amené à se battre sur plusieurs fronts !

Il y a des élections municipales dans 4 mois, puis des présidentielles que comptait bien remporter M. Erdogan, l'opposition laïque étant toujours divisée et sans chef populaire. Reste donc à savoir comment se comporteront les gulenistes. Et l'armée se réveille : elle demande une révision du procès qui a mis des centaines de ses officiers en prison, aux côtés de nombreux journalistes.

Le scandale a aussi des répercussions sur l'économie turque, en perte de vitesse après plusieurs années de forte croissance. Or ce sont ces succès économiques, au moins autant se que son conservatisme religieux, qui ont permis à M. Erdogan de gagner les élections précédentes.

Et bonne année !


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