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2014, l’année André Gorz

Publié le 06 janvier 2014 par Ecosapiens

D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, puis ils vous combattent et enfin, vous gagnez.

Gandhi

Le barbare, c’est celui qui croît à la barbarie.

Claude Levi-Strauss

2014, l’année André Gorz
Ne cherchez pas plus loin. Le mot quatorze ne rime avec rien dans la langue française. Alors le seul que l’on puisse mettre à l’honneur c’est André Gorz, penseur indémodable de l’écologie politique, père de la décroissance, penseur du travail avec quelques longueurs d’avance.

Quenelles en quenouille

Je vous la fais courte mais au départ, je voulais écrire un truc sur Dieudonné, Soral et les quenelles. Il se trouve que je n’ai pas attendu la déferlante médiatique pour m’y intéresser. Au point que je suis assez dubitatif sur la qualité des « censeurs » et « détracteurs » improvisés. Qu’on ne se méprenne pas, je ne suis pas un défenseur du duo « pestiféré »; je trouve que, fidèle à son habitude, médias et politiques sont en dessous de tout et parlent d’un phénomène qu’ils caricaturent.

De la même manière que je ne marche pas dans ces incantations du « retour de la croissance » ou de « la baisse du chômage » qu’on nous serine en boucle comme si ce serait une bonne chose, et que fidèle à la ligne de Partant, je suis plutôt pour « que la crise s’aggrave« , je ne marche pas dans la diabolisation de l’humoriste et de l’intellectuel.

Ils sont « anti-système » (faudrait voir ce que cela veut dire…)

Ils ont du succès, un succès même incroyable alors qu’aucun média ne les pousse; ce qui est d’ailleurs révélateur.

Et comme ils sont ambigus sur l’antisémitisme, on les traite d’antisémite.

Quand des gens comme Ivan Illich, André Gorz, François Partant, Jacques Ellul, Cornélius Castoriadis établissaient en leur temps leur critique radicale du système (école, santé, travail, développement, technologie, publicité, démocratie, croissance…) ils étaient forcément marginalisés. En tant qu’objecteur de croissance, dans ma prime époque estudiantine, je peux vous dire que se revendiquer de ces mouvements c’était aussi être un pestiféré. Donc, et même si les différences sont énormes avec ce mouvement quenelle (nous y reviendrons), je ne vois pas pourquoi il faudrait jeter l’opprobre sur un phénomène social, culturel et politique émergent.

2014, l’année André Gorz
Je dis phénomène car je me suis aperçu que Dieudonné touchait toutes les sphères, transcendait toutes les classes et traversait tous les âges. Et il serait insultant pour tous ces gens de les suspecter d’antisémitisme. Une manière intéressante de poser la question serait non pas « Dieudonné est-il antisémite ? » mais « La France est-elle capable de basculer dans l’antisémitisme ? ». La réponse est clairement oui.

Autrement dit, ce n’est pas l’humoriste qui fait peur, ce sont les Français, c’est à dire nous-mêmes… Mais si la France devait basculer, ce ne serait pas « à cause de » tel ou telle célébrité.

C’est du brun ou du vert ?

Voyons maintenant pourquoi la critique « anti-système » issue de l’écologie politique est fort différente de celle formulée par la mouvance « Egalité et réconciliation » (représentée par Alain Soral, ovni politique formée à la sociologie notamment par Castoriadis, passé au Parti communiste, puis au Front National, fâché avec une frange de l’extrême droite et obsédé par la question juive).

Petite digression. J’ai toujours été étonné de voir que ce site était en lien avec 3 sites marchands approchant de près ou de loin la question environnementale. Une boutique de produits du terroir bio (Au bon sens), une enseigne de vin au nom bien connu des objecteurs de croissance puisque « Sang de la Terre » i.e. Sanguis Terrae » est le nom de la maison d’édition ayant notamment publié « La Décroissance » de l’économiste Gorgescu-Rogen, et une boutique survivaliste dont les kits de survie incitent à retourner vivre dans les bois comme Thoreau !

Digression dans la digression : de même que nous déréférençons Sodastream car cela est produit sur des territoires illégalement occupés par Israël en Palestine, nous n’accepterons pas les produits liés à la sphère soralienne. Un partout…

Fin des digressions et des digressions de digressions.

Après cette première connivence « brun-vert », connivence illustrée d’ailleurs par le transfuge de l’écologiste profonds Laurent Ozon, passé des Verts au Front National en quelques années, il y a bien sûr ce constat partagé. Celui que quelque chose ne va pas ! Et qu’il existe des lobbies qui travaillent non pas pour l’intérêt  général mais bien pour leur propres intérêts.

Chez les écologistes, on identifie les lobbys OGM, nucléaire, pétrolier, pharmaceutiques etc. Chez les extrémistes de droite, on va fustiger les technocrates de Bruxelles, et donc chez Soral l’oligarchie bancaire atlantico-sioniste. Chacun sa tasse de thé… Et quand on voit que le Front National soutient au parlement européen la pêche en eau profonde, on voit bien qu’écologie et nationalisme sont à l’opposé dans leur priorité !

Au risque de choquer, et pour l’avoir bien étudié, le système Soral « fonctionne » c’est à dire qu’une fois les postulats posés, les éléments s’enchaînent assez bien et produisent une lecture du monde cohérente. Mais un peu comme une géométrie non-euclidienne (celle de Lobachevsky ou de Riemann qui sont des géométries fécondes mais dénuées de sens physique à notre échelle), il convient de contredire les axiomes utilisés et non pas les conclusions.

Structure globale ou culture spécifique ?

2014, l’année André Gorz
Pour comprendre la différence, je vais prendre un exemple chez Jacques Ellul consistant ce qu’il appelle l’auto-accroissement de la technique. Il permet d’expliquer entre autre pourquoi, sur la question du nucléaire, malgré Tchernobyl, Fukushima et tout cela, nous ne parvenons pas à sortir du nucléaire.

En quelques années, la France a lancé son programme nucléaire civil et militaire. Cela a entraîné la création de structures hautement spécialisées sur ces questions (le CEA, EDF et AREVA entre autres) en s’appuyant sur une corporation technique, le corps des Mines de l’Ecole Polytechnique qui a tout simplement verrouillé les postes de décision de ces structures. Le nucléaire en France est l’affaire d’une caste qui a réussi à conserver son pré carré, à se rendre indispensable et à produire les informations en toute partialité pour justifier sa continuité. Si la France abandonnait le nucléaire, cette « techno-structure » serait déboussolée et aurait logistiquement du mal à se ré-orienter. On ne devient pas spécialiste de l’éolien après avoir étudié 30 ans la radioactivité, créé des protocoles et des méga-structures qu’il faut « rentabiliser ». Vous avez en fin de chaîne des salariés, des ingénieurs, des thésards, des techniciens, des stagiaires qui font leur boulot et qui n’ont surtout pas envie que la France sorte du nucléaire sinon que feraient-ils ?

L’auto-accroissement de la technique, c’est simplement l’idée que la technique, couplée avec de forts moyens humains, financiers et industriels a une telle inertie qu’elle ne peut être remise en cause. Inutile de préciser qu’elle implique forcément aussi une gestion anti-démocratique. Pour Ellul, il ne s’agit pas de « complot » ourdi par des technocrates, mais d’un processus propre à la domination (pour Ellul, la Technique est le phénomène total de domination).

Maintenant la version « complotiste » appliquée par exemple aux Juifs sur-représentés dans certaines sphères d’influence (médias, spectacle, politique, finances). Outre qu’il existe de nombreuses raisons historiques (rappelons que l’usure fut longtemps confiée à des non-Chrétiens) on comprend bien que l’identité juive n’a rien à voir là-dedans. Resterait à démontrer qu’une caste juive se serait cooptée, ce qui est tout simplement idiot.

2014, l’année André Gorz
On peut à la rigueur comprendre qu’il y ait des pistons mais quand ceux-là existent, ils sont trop évidents et invitent plutôt à sourire. Ce que je veux dire, c’est que ce phénomène d’auto-accroissement est un phénomène structurel et non pas culturel (encore moins lié à une religion). La population juive moderne se situe globalement dans des classes d’élite (universitaire, politique, entrepreneuriale…) mais est tout simplement dans le détail impossible à homogénéiser dans ses affinités.

Bernard-Henri Levy est un filousophe usurpateur non pas parce qu’il est Juif mais parce qu’il est nul. Et c’est d’autant plus vrai quand on l’entend parler d’écologie d’ailleurs ! Mais il suffit d’évoquer quelques Juifs modernes (Edgar Morin, Claude Levi-Strauss, Wilhelm Reich, Noam Chomsky…) pour se rendre à l’évidence : bien malin celui qui trouvera une « idéologie juive », et en particulier liée à la domination.

Après, c’est vrai que l’on peut se demander pourquoi BHL occupe l’espace médiatique et politique alors qu’il ne représente rien. Mais on pourrait dire la même chose de Claude Allègre… (désolé de revenir aux sujets qui m’intéressent !).

Bref, 2014, pour moi, pour nous c’est l’année André Gorz. André Gorz, dont le père était juif et la mère catholique. Le père a du se convertir en 1930 dans une Autriche devenue antisémite.

Merci Dorine, merci André Gorz ! Depuis notre enfer et paradis terrestre, je vous souhaite là-haut une bonne année 2014 !


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