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On y était – 35èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes

Publié le 06 janvier 2014 par Hartzine

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35èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes, du 4 au 8 décembre 2013

Certes, on est loin d’être les premiers sur le coup. Plutôt les derniers. Alors que presque tous les scribouillards de notre espèce y sont allés de leur bilan de ces 35èmes Trans Musicales depuis un paquet de jours déjà, il nous aura fallu pour notre part un peu plus de temps que prévu pour se décoincer la plume. La faute, sans doute, à un corps pouvant de moins en moins supporter soixante-douze heures d’excès non-stop. Et aussi à ce maudit vendeur de chich taouk dont on préfère ignorer la provenance des ingrédients. Bref, il fallait digérer tout ça. Quoi qu’il en soit, on aura finalement survécu une nouvelle fois à ce dangereux festival, qui pour sa part affiche cette année encore une insolente santé : plus de 60 000 spectateurs, dont 30 000 entrées payantes, record une nouvelle fois battu et budget à l’équilibre. Une exception dans le paysage décimé des festivals de musiques actuelles, d’autant plus lorsqu’on a pris le parti de parier pour l’essentiel de sa programmation sur d’illustres inconnus du grand public. Preuve que pour survivre, on peut aussi compter sur la curiosité des gens plutôt que leurs supposés gouts de chiottes… Même si cette prise de risques passe forcément par son lot de déceptions, dont on va essayer de ne pas trop parler ici, histoire de rester constructifs et ne pas se faire une fois encore passer pour des aigris. Et même si nos Trans, il faut bien l’avouer, ont commencé cette année dans une certaine médiocrité. Sans doute le lot habituel du premier jour, toujours un peu tronqué. Entre l’arrivée dans cette bonne vieille ville de Rennes, le règlement des petites formalités en tous genres, et la crainte d’y aller trop fort dès le départ alors qu’il faudra tenir trois nuits, on se porte désormais facilement vers une certaine prudence à l’entame du match.

Passage du côté du Liberté oblige en ce premier après-midi ensoleillé, c’est Fat Supper qui ouvrira le bal pour nos esgourdes encore vierges de tout excès sonore. Grand mal nous en prendra : visiblement décidé à prouver au public sa virilité galopante, le groupe s’amusera beaucoup en enrobant ses chansons faiblardes de riffs de guitare aussi lourdauds que malvenus. Un coup pour rien, donc, mais tout n’était pas perdu : le Parc Expo, avec MoodoidLuck Jenner et les – inexplicablement – attendus London Grammar devait nous donner un peu plus de grain à moudre.

Et comme prévu, défiant le théorème des Trans consistant en un invariable échec de toute tentative de planning, nous fûmes bien au rendez-vous, avec même assez d’avance pour assister à la prestation des Canadiennes Chic Gamine. Présentées comme une sorte d’hybridation entre Feist et Arcade Fire, on restera totalement hermétiques aux minauderies somme toute très classiques de cette joyeuse bande dont l’accent ne suffira pas à déclencher en nous un geyser de sympathie. En tous les cas, on changera rapidement de hall pour l’entrée en scène de Moodoid. Et on a bien fait, tant ce concert commença sur de bons rails, le groupe déroulant tranquillement une pop légèrement psychédélique, ronde et voluptueuse, qui rappellera parfois avec bonheur les travaux de notre bien aimé Jef Barbara. Malheureusement, Moodoid s’enlisera par la suite dans des digressions world et incantatoires totalement hors propos, qui gâcheront au final une pourtant prometteuse entame. Et on ne reviendra pas sur les propos de l’intéressé concernant le Stade Rennais, c’était suffisamment gênant sur le moment. On suivra tout de même de près le bonhomme à l’avenir, qui semble assez cinglé pour faire de bonnes choses. Ce qui n’est pas le cas du groupe qu’on verra ensuite. Certains diront qu’il est facile et vain de se démarquer en tirant à vue sur un groupe que tout le monde a aimé. Mais franchement, London Grammar reste pour nous une énigme. On doutait que le groupe puisse se révéler sur scène encore plus ennuyeux que sur disque, mais ces Anglais ont décidément des ressources insoupçonnées : c’est plat, linéaire, faussement cool, bref, chiant au possible, la faiblesse des compositions le disputant à l’absence totale d’enthousiasme sur scène, sans doute une histoire d’attitude, tu vois. Il était alors temps de continuer notre odyssée musicale auprès de l’ex-Rapture Luke Jenner. On était en effet plutôt curieux de voir de quoi ce garçon était capable en solo. Et on sera agréablement surpris. Ou plutôt soulagés. Car il était quand même à craindre que cette embardée solitaire ne soit pour Jenner l’occasion de rééditer seul les dernier méfaits de son ex-groupe, l’émulation collective en moins et les boursouflures égotistes en plus. Mais non, avec une humilité bienvenue, Luke Jenner enchainera des chansons plutôt intimistes mais groovy, planté, sourire aux lèvres, derrière son piano. Rafraîchissant, voire enthousiasmant. Et comme il était important de clôturer cette première soirée sur une bonne note, il convenait de s’arrêter là en ce qui concerne le Parc Expo.

La seconde soirée, elle, sera marquée pour la plupart des festivaliers par la venue ultra attendue de Stromae. Pour notre part, nous n’aurons même pas tenté la moindre approche d’un Hall 9 gavé comme une oie à l’approche de Noël. Et si ce succès reste là aussi pour nous un phénomène irrationnel, on est bien obligé de constater que ce type déplace les foules partout où il passe. Tant mieux pour les finances des Trans Musicales. Et de toutes façons, nos attentes étaient placées en un autre groupe qui les comblera sans mal : le trio américain Jacuzzi Boys aura en effet, comme prévu, tout emporté sur son passage. Et pas seulement à coup de riffs de guitare saturée et d’éructations punkisantes. Car le groupe fait bien plus que du garage survitaminé : il écrit réellement des chansons. Avec une structure. Et ça, ça fait toute la différence avec la concurrence. Un concert urgent, braillard, dansant, mais aussi, sous un certain angle, assez raffiné. Auteurs en octobre dernier d’un troisième album excellent, les Californiens confirment qu’ils s’inscrivent bien depuis leurs débuts sur une trajectoire qui pourrait vite les mettre en orbite. Parmi les – rares – grands gagnants de cette seconde soirée, il conviendra aussi de citer les Londoniens de Public Service Broadcasting. Pourtant, déclencher l’enthousiasme à plus de 4h du matin dans un festival n’est pas donné à tout le monde. Mais cette sorte de post-rock bardé de messages publicitaires antiques et autres slogans propagandistes piqués à la BBC marche bel et bien. Un crossover entre organique et électronique parfaitement maîtrisé, et magnifié par un show visuel réussi. La bonne surprise du petit matin.

S’il faut enfin aborder la dernière soirée de cette édition des Trans, il ne sera pas compliqué d’en désigner les héros. Conformément aux attentes, on pourrait bien sûr citer les jobards de Rhume et leur hip-hop riche en blagounettes, mais auxquelles on rit jaune. Un duo bien plus corrosif que festif, dont on ne sait si l’avenir sera à l’explosion ou l’implosion. On peut aussi bien sûr féliciter une nouvelle fois Acid Arab dont la prestation fut une réussite tant leur house orientale aura fait transpirer les corps. Mais non, nos vrais coco-jolis du soir resteront définitivement les DOIST!, dont l’EBM décomplexée, d’une profondeur organique étonnante, nous aura séchés sur place. Programmé dans une Green Room finalement trop petite pour lui, le duo aura méchamment fait danser un public aux anges, aussi réjoui qu’étonné d’être tombé, sans doute un peu par hasard, sur un tel phénomène. Intrigués, nous déciderons d’ailleurs de rencontrer le groupe un peu plus tard dans la nuit, histoire de lui poser quelques questions. Et on ne manquera donc pas, avec notre célérité désormais légendaire, de vous en faire part bientôt. On vous fera par contre grâce de nos ultérieures divagations avinées qui auront clôturé ce festival, dont on attend invariablement la prochaine édition avec une certaine impatience.

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