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Julius Horwitz – Natural Enemies

Publié le 15 décembre 2013 par Gruz

natural_enemiesPaul Steward, éditeur d’une revue scientifique et ex-journaliste du New York Times, est un mari raté, un père raté, il considère sa vie entière comme un échec.

Sa décision est prise, elle est radicale, une seule échappatoire : tuer sa famille et se suicider ensuite.

Horwitz nous décrit dans ce livre la journée de cet homme : entretiens professionnels, voyages dans les transports en commun, discussions avec des amis…

Mon avis

Tenir ce roman entre les mains, c’est comme tenir un morceau de glace. Le contact en est immédiatement froid, pour devenir vite glacial. Ce froid se propage insidieusement à l’intérieur de votre corps, le long de votre échine. Frissons. Tremblements.

Au fur et à mesure, cette sensation glaciale se transforme en brûlure, comme si on vous marquait au fer rouge de l’intérieur.

Mais de la glace, c’est également fascinant à regarder de très près. Structure complexe, sophistiquée. Enchevêtrement de différentes couches qui rend le tout mystérieux.

Regardez le monde à travers ce morceau de glace translucide, et vous le verrez de manière déformée et pourtant parfaitement reconnaissable.

C’est toutes ces sensations qui sont présentes dans ce roman étonnant, détonnant, éprouvant, prenant et vraiment glaçant.

Rien à voir avec un polar, c’est un roman noir, très noir sur un homme qui se lève le matin avec la ferme intention de flinguer femme et enfants durant la soirée, pour se tuer par la suite. Froidement. Je ne dévoile rien, c’est le pitch de départ.

L’auteur nous convie à suivre cet homme durant sa (dernière ?) journée et à plonger au plus profond de son esprit (et de celui des gens qu’il va côtoyer durant cette courte période).

Roman hors-norme par son sujet et par son traitement, roman intemporel (même s’il date de 1975), roman psychologique et analyse d’une société (déjà) en perte de repères : Natural Enemies (qui n’est étonnamment pas le titre original) est un iceberg sur lequel vont s’écraser nos valeurs en berne.

Un roman sur la peur surtout, une peur insidieuse qui se propage dans notre société et nos relations humaines et familiales.

Ces circonlocutions d’esprits malades de leurs valeurs, ces monologues de personnages perdus dans leur égoïsme, ces échanges de personnes qui ne se comprennent pas font froid dans le dos.

Un récit particulièrement hostile par son propos qui appuie là où ça fait mal et dont les aspérités ne permettent pas de s’accrocher à un semblant de lueur. Et pourtant, à la lecture, on est fasciné.

Sexuellement très explicite, psychologiquement violemment dérangeant, c’est une aventure humaine extrêmement douloureuse et qui nous pique au cœur, aux tripes, au sexe et à l’âme.

Un roman sans aucune concession, sans compromission. Un roman difficile à lâcher, une lecture rude, un propos d’une rare intelligence, une plume recherchée. Même s’il m’a semblé quelquefois un peu trop bavard, ce roman est une expérience unique et une gifle magistrale.

(La couverture Folio de l’édition 2013 est parlante et bien trouvée)

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥♥

Note générale : ♥♥♥♥

Un autre avis ? Allez chez Black novel


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