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Stephen King – Conférence 16/11/2013 au Grand Rex – Compte-rendu

Publié le 18 novembre 2013 par Gruz

Je ne veux en aucun cas être exhaustif, mais juste essayer de faire passer quelques émotions et partager avec vous ce qui m’a marqué.

Mes traductions personnelles ne sont pas littérales, mais j’ai veillé à garder au mieux le sens de ses propos.

2 800 personnes qui bravent le froid, certains depuis tôt dans la journée, dans l’attente de voir et d’écouter le King à 20h30. 2 800 personnes dans une ambiance calme et bon enfant et qui arborent un énorme sourire jusqu’aux oreilles. 2 800 chanceux, puisque les billets ont été vendus en quelques heures.

Après quelques heures d’attente à l’extérieur (2 heures me concernant), l’ouverture des portes à 19h30 permet à tous d’enfin se réchauffer. A peine entré, nous avons droit à notre jeu de la loterie et de choisir notre exemplaire de Docteur Sleep dans les tas qui se présentent à nous. 100 exemplaires dédicacés sur les 2 800 distribués, soit 3,57 % de chance de tomber sur le bon ;-). Nous étions une petite dizaine dans notre groupe, une des dix personnes a tiré un exemplaire gagnant à cette loterie (donc très au dessus des possibilités statistiques).

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Le Grand Rex est une salle superbe, grandiloquente, digne d’un tel événement. Excellents sièges, sono parfaite et grand écran pour retransmettre l’événement, filmé par plusieurs caméras. Bref, une organisation sans faille.

20h30, arrivée du Maître, un monstre de la littérature de genre qui arrive… à petits pas, habillé le plus simplement du monde d’un simple tee shirt et avec un regard visiblement un peu étonné de ce qui se présente devant lui. Il dira durant la conférence que c’est sans doute la salle la plus étonnante dans laquelle il a pu intervenir. On sait, on sent que Stephen King a peur des rassemblements de foule et qu’il n’est pas friand de ce genre d’exercice. Il faut d’autant plus le féliciter, car il a joué le jeu avec bonhomie prouvant, dès ses premiers sourires, qu’il est loin d’avoir la grosse tête qu’on pourrait imaginer.

La soirée est animée par Augustin Trapenard de Canal + et France Culture qui, même s’il a bien préparé son lot de questions et proposé une prestation professionnelle, ne connaît visiblement pas grand chose de l’œuvre de King. Un peu dommage…

Arrivée du King sur scène, devant une standing ovation, bien évidemment, et qui commence son intervention par quelques mots en français. Une attention bien sympathique, que tous les américains venant en France n’ont pas la délicatesse d’avoir. Il s’excuse de ne pas maîtriser notre langue, lui qui vient du Maine, qui est souvent considéré comme une extension du Canada et du Québec tout proche. Il explique combien la culture française imprègne son état et nous parle de Zola.

Stephen King se lance dans de longues tirades et il convient de saluer le superbe travail du traducteur pour retranscrire le tout de manière rapide mais vivante.

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A la question de pourquoi avoir attendu 66 ans pour venir en France, il élude un peu le sujet ;-).

S’ensuit 1 heure 30 de bonne humeur, avec certains passages profonds et émouvants devant un parterre extrêmement attentif (hypnotisé ?). Un King tout sourire et assez facétieux, qui remercie humblement la salle lorsqu’elle réagit au titre d’un de ses livres et qui est sincèrement touché lorsque la foule applaudit à l’évocation de son fils et de son œuvre.

Pour le vrai fan de King c’est comme de voir un père, un frère ou un oncle qui vous a accompagné durant une bonne partie de votre vie. Je ne suis pas le premier à avoir cette sensation et pas le dernier. Sa simplicité et son humilité sont à des années-lumière de ce qu’on pourrait imaginer de la part d’un écrivain ayant vendu 350 millions d’exemplaires de ses romans à travers le monde. On le sent étonné de toute cette agitation autour de lui, mais visiblement touché par tout cet amour qui se propage à travers la salle.

Stephen King est pour moi avant tout un auteur de l’émotion, mais on lui colle de manière indélébile l’étiquette de maître de l’horreur. Les toutes premières questions de Trapenard concernent donc sans surprise « la peur ». King en joue de cette peur (« si vous avez peur, moi je suis content »), parle de la peur du noir et profite pour parler au passage de ses propres peurs (la foule). Première intervention, premiers traits d’humour qui vont donner le ton de la soirée.

La suite découle naturellement sur Docteur Sleep, suite de Shining, 36 ans après. Il explique que depuis toujours lors des dédicaces, les lecteurs lui parlent de ses personnages et lui demandent ce qu’ils sont devenus. Lui même se pose la question et c’est c’est ce qu’il a voulu proposer en présentant le personnage principal, Danny Torrance, à l’âge adulte. Un personnage qui n’a jamais vraiment quitté son esprit durant toutes ces années.

Il explique qu’à l’époque, il était particulièrement facile de nous faire peur, nous ses fans de la première heure, nous qui avions 14 ans à l’époque. Tenter de produire le même effet et de toucher un public adulte avec ce nouveau roman a été un vrai challenge pour lui.

S’en suivent des questions sur son processus d’écriture et l’environnement dans lequel il écrit. Il affirme y prendre toujours autant de plaisir, plongé dans « Woodlands », son bureau aménagé à 100 mètres de chez lui. Il insiste sur la journée type d’un auteur, banale. Il explique qu’en arrivant dans Woodlands, il prend toujours la dernière page de la veille et qu’à ce moment tout est froid. Et puis au fur et à mesure, l’histoire défile devant ses yeux et tout se réchauffe.

Qu’est-ce-que le mal, lui demande t-on ? Lui répond que le mal ce sont les camping-car ;-). Qui peut imaginer ce qui se passe derrière leurs vitres teintées, eux qui ont même droit à des parkings bien à eux aux Etats-Unis. Bref, King déteste les camping cars ;-).

Il parle ensuite de la place de l’enfant dans ses romans et s’amuse de l’imagination sans limite des enfants qui leur permet de croire au Père Noël même lorsque l’on veut leur prouver que c’est techniquement impossible.

Ses influences ? Sans surprise : Bradbury, Matheson, Lovecraft (… et Angus Young, guitariste d’AC/DC ou Eric Clapton).

Concernant l’image et pour les références plus actuelles, il est scotché par les séries Breaking Bad et Sons of Anarchy (clameur dans la salle). A la question de savoir quel film lui fait peur, il répond sans hésiter Le projet Blair Witch (qu’il n’a pas réussi à regarder en entier la première fois).

Question bateau : quel est son propre roman préféré. Réponse plus étonnante, Le fléau et l’Histoire de Lisey (« je constate qu’il y a moins de réaction à l ’évocation de ce titre dans la salle », dit-il malicieusement). Il a mis énormément de lui dans ce second roman mentionné, et de l’amour pour sa femme.

Pourquoi écrire souvent sur des personnages d’écrivain ? Parce qu’on écrit toujours mieux sur ce que l’on connaît. Et d’expliquer que, concernant leurs névroses, que les gens vont chez un psychiatre et payent leurs consultations, alors que lui écrit des romans et se fait payer pour ça.

La soirée continue ensuite avec l’arrivée sur scène de Maxime Chattam qui nous explique d’entrée que sans Stephen King, il ne serait sans doute jamais venu à l’écriture. Un Chattam qui vient poser des questions d’auteur à auteur, un Chattam sobre et qui a l’intelligence de rester en retrait pour poser des questions vraiment intéressantes.

King met-il du temps à revenir à la réalité après s’être plongé dans son imaginaire ? Pour lui c’est comme une transe hypnotique, une fois la séance terminée, il en sort comme si on claquait des doigts, pour aller ensuite sortir les poubelles ;-).

On sait que l’antre où écrit Chattam est un vrai musée, il demande à quoi ressemble celui de King. Des posters, mais surtout des livres, des livres et des livres. Pour lui, si on n’est pas un lecteur, on ne peut pas être un bon écrivain.

Les scènes qui ont été les plus difficiles à écrire sont, celle où Danny (dans Shining) va découvrir le cadavre de la femme dans la baignoire et qu’elle va ouvrir les yeux (King était terrorisé rien qu’à l’idée de l’écrire) et celle où il fait mourir une jeune femme dans 22/11/63.

Se fixe t-il des limites ? « Non, c’est comme ça qu’on reconnaît un fou »

;-)

A t-il déjà en tête son dernier Roman ? Absolument pas, il écrira jusqu’à que Dieu le flingue.

S’enchaînent des questions prises dans le public, un public bigarré, de jeunes et de moins jeunes avec des interventions de spectateurs de 16 ou 18 ans (c’est toujours drôle et agréable d’assister à ce genre de chose, nous les anciens, connaissant la longévité du King et son œuvre foisonnante).

Concernant son écriture avec d’autres (Straub…), il confesse que c’est lui qui s’adapte beaucoup au style des autres. Concernant l’écriture avec son fils, Joe Hill, c’est bien plus simple, leurs styles sont interchangeables selon lui.

Plusieurs questions sont posées concernant ses relations avec le cinéma et les réalisateurs (« pas de relations sexuelles, bien que j’ai eu souvent l’impression qu’on me baisait »).

Il insiste sur la qualité du travail réalisé par Rob Reiner (Stand by me, Misery) et Franck Darabont (La ligne verte). Les autres (dont Kubrick), il leur a laissé les clés et leur a souhaité bonne chance.

Il se moque des adaptations concernant Les enfants du Maïs en disant attendre une version de Chucky contre les enfants du maïs ou Freddy contre les enfants du maïs.

A l’évocation de son seul film en tant que réalisateur, Maximum Overdrive, et aux applaudissement de quelques personnes dans la salle, il leur dit avec malice qu’ils ont de bien drôles de goûts ;-).

Arrive t-il à aimer tous ses personnages ? Oui, même les pires (« tu n’es pas d’accord Maxime ? », « surtout les pires » répond Chattam). Oui il les aime tous, quoi que à y réfléchir… il n’a jamais pu comprendre Randall Flagg (personnage récurrent qu’on trouve dans Le fléau, Les yeux du dragon ou La tour sombre) et il a un peu honte d’avoir de l’affection pour Annie Wilkes (la tortionnaire de Misery).

Les films qui l’ont le plus inspiré : Le bon, le brute et le truand de Sergio Leone, Les diaboliques de Clouzot (film cité plusieurs fois durant la soirée) et… Bambi, S’en suit une parodie de Bambi avec les voix du petit faon et de sa maman. Il affirme que Walt Disney a terrorisé bien plus de monde que lui ;-).

Il a pour projet de longue date de se lancer dans un roman graphique original. Reste à trouver la deuxième moitié du couple.

La soirée se termine avec un Stephen King debout qui lit les deux premières pages de Docteur Sleep en anglais, dans un silence de cathédrale.Une façon de dire au revoir.

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Au final, une très belle soirée, unique, exceptionnelle, hors du temps. Un Stephen King qui a donné de sa personne, avec une grande simplicité et un sourire d’enfant un peu étonné d’être là.

Nous avons appris beaucoup sur la nature humaine et les émotions en lisant ses livres. En découvrant l’homme, je ne crois pas me tromper en disant que c’est vraiment un homme bien.

Je tiens tout particulièrement à remercier Jean-Luc Fradin qui a fait un magnifique travail durant toute la semaine de présence du King sur notre sol, en publiant des tonnes d’infos, photos et messages sur son excellente page Facebook : Stephen King : son univers. Les photos de ce billet viennent directement de sa page, avec son aimable autorisation.

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