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Sharon est mort

Publié le 12 janvier 2014 par Fabianus

SHARON EST MORT

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Israël a rendu hommage dimanche au général Ariel Sharon, «héros» selon les médias mais «criminel de guerre» pour les Palestiniens, dont le cercueil est exposé jusqu’en  fin d’après-midi devant le Parlement à Jérusalem.
Le décès d'«Arik» (diminutif d’Ariel), mort samedi à 85 ans après huit ans de coma, a plongé Israël dans une atmosphère de deuil national, avant son enterrement lundi dans sa ferme familiale du sud du pays.
Il était comateux  depuis huit ans et visiblement l’euthanasie active (comme passive) n’est pas l’apanage de l’armée  israélienne encore et durablement hantée  par l’état nazi. Huit ans dans un tunnel, jusqu’à ce que sous tes reins, le mal te frappe ô Sharon ! Le trépas pond (très Papon ?) parfois une longue galerie : tu y prendras  le métro, le Sharon ! Tu craignais que rame allât en Cisjordanie, lieu où l’on te lyncherait mais le train des profondeurs t’emmena au terminus et non à la terre minée. Huit ans sous terre ! Qu’y  as-tu fait ? J’imagine que la vie a eu largement le temps de passer et repasser en boucle ! Tu t’es mille fois revu en faucon car vrai stratège. Tu as le cœur dur comme la pierre, certains te nommeront « Sharon-Stone ».  Impitoyable voire « boucher » sauf pour écouter les mélopées israéliennes à la gloire du roi David. A 20 ans, déjà  officier d’infanterie, tu combattras devant la forteresse de Latroun  sans jamais reculer devant l’ennemi.  Rien n’est interdit pour faire plier l’Arabe. En 1953, à la tête de l’unité 101, au sang neuf, une équipe de choc composée de parachutistes aguerris, tu lanceras des représailles contre le village de Kibya : 69 villageois tués. Quelques regrets vite dissimulés sous la conviction qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs. Durant la guerre des 6 jours (1967) tu prendras à revers l’armée égyptienne en franchissant le canal de Suez ! Tu cadenassas le cas de Nasser ! Tu te gonfles d’orgueil comme un mongol fier : Kahn a le dessus, aise ! Tu t’illustreras, de nouveau, à dessein, lors de la guerre de 1973, celle du Kippour qui pourrit tes relations avec ton état-major car tu as désobéi et ça les rend mossad ! Le sommet de ton infamie restera cet épisode criminel de l’occupation au Sud Liban, en 1982. Pour éloigner les tirs de roquettes sur le nord d’Israël tu lanceras l’opération « Paix en Galilée » !  Ton arbre belliqueux porte ses ramages en Galilée apportant, dès lors, gueules en sang et de la mire (de fusil). Tes armées s’engouffrent dans le pays du Cèdre jusqu’à Beyrouth. Là, des milices chrétiennes massacrent des centaines de Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Plus tard la justice de ton pays te destituera pour avoir laissé faire les miliciens ! Responsabilité indirecte ! Tu voulais trop réduire à néant les enfants de l’Islam ! Et d’Allah tu sabres A, châtie l’A pour qu’il ne reste plus que deux L et H ! Mais ça ne suffit pas ! Tu laisses la milice rugueuse terminer : un brin de zèle et hache et c’est la  boucherie ! Comment as-tu pu rebondir après une telle infamie ? La faiblesse de tes adversaires politiques te fera monter au pouvoir. Hanté par les évènements de 1982 tu chercheras la voix de la Paix ! Une sorte de chemin de Damas qui naît, en incrustant sur ta route guerrière des petits éclats de rédemption argentée ! Oui, à présent tu aspires à la Paix des Braves. Mais une Paix dans la sécurité ! Si la bande de Gaza est trop belliqueuse il ne faut plus l’irriter. Tu feras évacuer les troupes de Tsahal de cette petite bande côtière pour montrer de la bonne volonté d’apaisement. Sans l’occupation israélienne Gaza gazouille.  Mais, à l’Est, en Cisjordanie, un mur de la honte se dressera pour assurer la sécurité des colons, selon ta bonne volonté. Ah, le fameux mur aux contours surprenants et au coût abyssal. Un mur pour protéger les nouveaux arrivants israéliens. Tu inciteras les colons juifs  à «se saisir de chaque colline, pendant qu’il en est encore temps». Collons sans caler des colons sur collines aurait pu être ton crédo. En septembre 2000, tu graviras le mont du Temple (l’esplanade des Mosquées pour les musulmans)  pour enflammer les esprits d’une torche provocatrice. Tu créeras l’étincelle de  l’Intifada­ (guerre des pierres), celle des jeunes palestiniens qui veulent en découdre avec l’occupant ! Le 17 août 2005, 21 colonies seront évacuées. Quatre ans plus tard, de guerre lasse et avec plus de quatre mille morts (les trois quarts étant palestiniens) tu cesseras la poudre avec laquelle tu lessivais, Ariel.  Le 1er février 2004, sous la pression internationale, tu annonceras : «J’ai donné des instructions pour évacuer 17 colonies à Gaza. J’ai l’intention de réaliser cette évacuation – ­ pardon, ce redéploiement ­ des implantations qui nous causent des problèmes et que, de toute façon, nous ne garderons pas dans le cadre d’un accord définitif.»  L’heureux déploiement pour les uns, trahison pour les autres. Les rabbins s’indignent, l’hébreu gueule, les députés de la Knesset houspillent qu’untel avive la décolonisation ! Des  sinistres de ton propre parti, le Likoud, lancent des appels à la désobéissance ! Likoud liquide les codes de bonne conduite et pense à la désertion. Mais tu tiens bon ! Le 17 août 2005, l’évacuation de 21 colonies de Gaza et de 4  autres dans le nord de la Cisjordanie débute. C’est une autre guerre des 6 jours : ce laps de temps suffira pour voir  trente-huit ans d’occupation s’effacer sous les décombres de pelleteuses. Chat rogne la souris colonisatrice. Tu revois pour la ultième fois cette année 2006 ! Tu te vois conquérant pour  une troisième campagne électorale à la tête de ton nouveau parti, Kadima ! Mais coma qui dit maux médicaux moud d’un coup Kadima ! Tu tombes dans l’inconscience sans pouvoir mener à terme ton plan, ce plan surgi des ténèbres obsessionnelles de la sauvegarde de ton peuple et soudain auréolé d’une certitude : le Grand Israël n’est pas la terre promise des Juifs, n’en déplaise à la Bible ! «Je laisserai à une autre génération le soin de faire une paix définitive avec les Palestiniens», oui, tu as eu le temps de méditer et de « reméditer »  cette petite phrase tandis qu’autour de toi  s’affairent  les médecins impuissants. Voilà, terminus ! Fin du tunnel ! La camarde enfin qui te prend dans ses bras pour écarter un pâle sosie hospitalier. Certains te pleureront, d’autres maudiront ta mémoire. Et le problème israélo-palestinien promène indéfiniment sa longue carcasse à l'ombre des miradors, sous un soleil de plomb durci.

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