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Doxa et individu : tout ce que vous avez rêvé de demander à Hegel sans oser questionner Lacan

Publié le 13 janvier 2014 par Cdsonline

bullesgraphikDans la démocratie athénienne — la Mère de toutes les démocraties comme on dirait aujourd'hui — toutes les opinions sans exception devaient pouvoir s'exprimer sur l'agora, et selon le mot d'Aristote, une démocratie ne vaut que par la qualité des citoyens qui la composent.

Quiconque stygmatise "les juifs" n'a rien compris à rien, et vraisemblablement ne comprendra jamais rien à rien, ni à l'histoire, ni à l'esprit, ni à l'art, ni à la politique.

La croyance dans la culpabilité du juif en présuppose une autre, encore plus débilitante pour le genre humain — et encore plus répandue ! — qui consiste à croire que si la société va mal, c'est forcément la faute à quelque "chose", un "ennemi intérieur" qui empêche les choses d'aller bien, qu'il suffirait d'y remédier, d'une manière ou d'une autre, yaka ! fokon ! just do it ! et hop, tout pourrait rentrer dans l'ordre…

Cette naïveté, qui confine à la bêtise la plus lourde, la plus tenace, la plus insidieuse — et qui touche massivement toutes les "couches sociales" sans exception ("CSP" comme on les appelle maintenant) — s'abrite derrière une formidable obstination à ne rien vouloir savoir de ce qui, depuis Hegel en 1850, s'est soigneusement démontré sur les rapports de la société aux individus et des individus à la société (idées reprises avec plus ou moins de variations par Marx, Freud, Benjamin, Lacan, Lukács, Žižek, entre autres… avec sensiblement le même taux d'engouement populaire), il faut bien reconnaître que faire porter la faute à l'autre apparaît immédiatement plus simple que de se remettre en question.

Car cet "ordre", tel qu'il est "visé", n'existe pas, un ordre stabilisé où chaque chose est à sa place, où chacun vaque à ses activités, etc. (même dans la Comté des Hobbits!) n'a jamais existé nulle part, il n'y a jamais eu en aucun lieu une prétendue "harmonie préalable" qui aurait été rompue…

Cette croyance est l'effet d'une projection rétroactive due à ce que Lacan déploie comme logique du signifiant, ce qu'avait parfaitement identifié Hegel un siècle auparavant, en d'autres termes, qui sont devenus plus clairs depuis Lacan, justement.

Attention développement dialectique inside, les non-lecteurs sont priés d'abandonner ce billet là, les non-idiots sont invités à poursuivre…

Si pour Marx, "l'essence de l'homme est la totalité de ses relations sociales" et pour Hegel, la Substance, prise comme substance sociale, accouche du sujet, (cf."de la substance au sujet"), nous sommes fondés en toute logique à avancer que le sujet hegelien n'est finalement qu'une réduction secondaire d'une relation à soi de la Substance…

C'est seulement ici que se rencontre très nettement la différence (et même l'antagonisme) entre l'individu et le sujet.

Écoutons Slavoj Žižek : "Le "sujet" hegelien n'est finalement rien d'autre que le nom de l'extériorité de la substance à elle-même, de la fissure par laquelle la Substance devient "étrangère" à elle-même, se percevant (à tort) à travers l'œil humain, comme l'Altérité réifiée et inaccessible.

Autrement dit, dans la mesure où la relation du sujet à la substance recouvre le rapport à soi de la Substance, le fait que la Substance apparaisse au sujet comme une entité étrangère, extérieure et inaccessible, témoigne d'un clivage de la Substance elle-même.

Dans ses Écrits, Lacan résout le problème obsolète de la relation entre l'individu et la société, précisément par une élégante référence à ce moment de la philosophie de Hegel: la théorie psychanalytique nous permet de reconnaître la "réconciliation", la médiation de l'Individu et de l'Universel, dans la clivage même qui s'opère en chacun d'eux.

En d'autres termes le problème reste insoluble tant que l'on insiste, soit sur l'Individu, soit sur la Société, comme un TOUT organique, inclus en lui-même : le premier pas vers la solution consiste à reporter le clivage qui divise la Substance sociale… au clivage constitutif du sujet (dans la théorie lacanienne), le sujet n'étant précisément pas un in-dividu, un Un indivisible, mais apparaissant constitutivement divisé, raison pour laquelle Lacan le note : "$".

Cette lecture de Hegel qui consiste à localiser la "réconciliation" possible de l'Universel et du Particulier dans le clivage même qui les traverse — et donc les unit — peut également apporter une réponse à l'éternel problème du solipsisme et à la possibilité de la "communication"…

PS : Je rajoute ce lien que je viens de recevoir après la rédaction de ce billet, une démocratie ne peut pas rester longtemps une démocratie si la liberté d’expression n’est pas la priorité des priorités.

Spinoza lui-même, après d'autres, a payé cher la haine qu’il a suscitée pour la vérité qu’il énonçait. Ce n’était pas une démocratie. Aujourd’hui, la plupart des sociétés occidentales ne sont déjà presque plus des démocraties. Elles le sont encore un peu « formellement », plus du tout « réellement ».

Qu’aujourd'hui un gouvernement (représenté par un « nervi » ambitieux qui, comme un autre, occupe « l’intérieur ») arrive à faire interdire un spectacle contre les instances de la justice, n'augure rien de bon pour la suite…

http://fr.sott.net/article/18819-Interdiction-de-Dieudonne-la-France-qui-derape-n-est-pas-celle-qu-on-nous-montre-du-doigt


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