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Sigmaringen, roman par Pierre Assouline

Par Mpbernet

14 janvier 2014

Août 44 – avril 45 : un épisode peu reluisant de l’histoire de France, quelques mois pendant lesquels une foule de collaborateurs sont venus se réfugier dans cette petite enclave en pays de Bade-Würtemberg, à la suite du gouvernement de Vichy en exil forcé.

Sigmaringen

Le Maréchal Pétain logé dans l’ "Olympe » du huitième étage, le Président Laval et ses ministres qui se déchirent, leur nombreux collaborateurs (aux deux sens du terme) rapatriés par les Allemands face à l’avance des Alliés reconquérant l’Europe.

Près de deux mille Français émigrés dans la petite ville, dominée par le château des Hohenzollern-Sigmaringen, vivent difficilement un été et un hiver sous les grondements des bombes américaines qui détruisent Ulm toute proche, se déchirent entre clans, s’approvisionnent comme ils peuvent, craignent les « taupes », continuent à faire comme si, comme si Vichy avait encore un sens.

Le narrateur est Julius Stein, le majordome général du château. Il a reçu la mission du Prince de Hohenzollern de maintenir en toutes circonstances le style de cette Grande Maison. Julius est un allemand francophile qui n’a jamais adhéré à l’idéologie national-socialiste. Cependant, il a le devoir de servir les hôtes du château : le Maréchal, qui se considère comme prisonnier et se mure dans le silence, Pierre Laval, déjà fortement amaigri, qui s’abstient aussi de toute activité mais prépare sa défense sans jamais s'éloigner de sa pelisse dans laquelle il a dissimulé une capsule de poison, les ministres que l’on dit « actifs » et prétendent continuer à légiférer au travers d’une fantomatique Commission Gouvernementale, et les autres, dits « passifs » qui trompent comme ils peuvent leur ennui. Il y a des stratégies subtiles pour ne pas se croiser dans les couloirs, prendre ses repas dans des salles distinctes, assister à des concerts, recevoir d’illustres dignitaires nazis.

Julius Stein doit composer avec deux équipes : les serviteurs français et allemands, dont les préoccupations divergent : au fur et à mesure de l’avancée des Alliés, les Français craignent les représailles de leurs compatriotes quand les Allemands redoutent l’enrôlement dans le Volkssturm, car jusqu’au bout, certains espèrent la mise au point d’armes nouvelles susceptibles de renverser le sort de la guerre.

Entre « La Grande Illusion» et « Les Vestiges du jour », la vision d’un homme pétri de principes, attaché à sa patrie mais malheureux de la folie de ses gouvernants, qui vit une passion impossible avec la belle Jeanne, intendante du maréchal, et observe les manies et les bassesses des figures "historiques" de la Collaboration comme Fernand de Brinon, Joseph Darnand, le docteur Ménétrel, Marcel Déat, le général Bridoux, Jean Luchaire, sa femme et sa fille, et aussi le docteur des pauvres, Louis Destouches, mieux connu sous son nom d’écrivain Louis-Ferdinand Céline, ici en partie réhabilité.

Entre roman et histoire, un huis-clos étouffant décrit avec minutie, sur une enclave du temps et la folie de quelques français perdus. Emouvant et éclairant.

Sigmaringen, roman par Pierre Assouline, Gallimard, 360 p. 21€


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