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[Critique] BELLFLOWER

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] BELLFLOWER

Titre Original : Bellflower

Note:

★
★
★
★
★

Origine : États-Unis
Réalisation : Evan Glodell
Distribution : Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes…
Genre : Drame/Romance
Date de sortie : 5 août 2011

Le Pitch :
Woodrow est sur le point de réaliser le rêve de pas mal de gamins (enfin, des petits mecs) : pouvoir se balader avec Medusa, une voiture de badass avec deux gros lance-flammes sur le toit, conçue par son meilleur ami et confident, Aiden. Un ami et un véhicule apocalyptique, Woodrow aurait tout pour être heureux. Tout, sauf une douce et tendre. Emmené par Ayden dans un bar à la suite d’une rupture, il fait la rencontre de Milly. Une femme qui, à elle seule, bouleversera bien plus l’ordre des choses que n’importe quelle voiture infernale. Dans le monde de Woodrow, l’apocalypse est proche, et plus dure sera la chute…

La Critique :
«Vu que c’est notre première sortie, il faut que je t’emmène dans un restaurant sympa. – Plutôt crever. Je veux que tu m’emmènes dans le plus pourri, le plus paumé, le plus effrayant endroit que tu connaisses ». Ce dialogue, au sujet d’un rencard, résume l’état d’esprit de Milly, mais aussi l’amour tel qu’il est vu dans le film. L’amour, c’est compliqué (cette phrase vous a été écrite par l’Amicale des Enfonceurs de Portes Ouvertes) et filmer l’amour sans tomber dans la mièvrerie dégoulinante est encore plus compliqué. Les premières secondes qui montrent un bref aperçu de ce qui suit dans le film, plantent le décor. Non, Bellflower ne fait pas dans le sentimentalisme à l’eau de rose et à la guimauve, mais va chercher dans le côté obscur, non de la Force, mais du sentiment le plus noble exprimé par un être. Véritable tragédie grecque, le film reprend des références de l’époque (Medusa, le nom de la voiture, est une gorgone mortelle de la mythologie grecque, mais dans Bellflower, la Méduse n’est pas celle que l’on croit) et des thèmes comme l’amour destructeur, la trahison, les destins tragiques. « Imagine. L’apocalypse vient de commencer. Et personne n’est préparé pour ça. Parce que ça vient d’arriver et que tout n’est que chaos, et que tout le monde se demande ce qu’on va pouvoir faire. Et on débarque dans une diabolique, rutilante, terrible, muscle car à lance-flamme. Et un de nous sort, des kilos et des kilos de métal et de cuivre sur le dos, et commence à tout embraser. À ton avis, qui va diriger le monde ? Medusa ». Ici, Roméo et Juliette côtoient Mad Max dans une relecture apocalyptique. Bellflower aborde également le thème du passage à l’âge adulte de doux rêveurs insouciants, un passage qui se fera dans la douleur, et qui prendra l’allure d’une fuite en avant tambour battant. Qui pourrait croire en voyant l’affiche du film et le pitch qu’on assiste à une réelle descente aux enfers ? De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas, et Evan Glodell a choisi de passer de l’un à l’autre dans les extrêmes.

Bellflower est au-delà d’un simple film, il s’agit d’une œuvre d’art à la beauté empoisonnée, incandescente. Sa photo et son montage participent à cette impression d’être constamment dans la thématique du feu, de l’enfer, dont les lance-flammes de la voiture sont une métaphore. Pas toujours facile à appréhender, le film navigue entre passé proche et présent, réalité, fantasme. Est-ce que toute cette folie est un rêve éveillé ou s’agit-il d’une triste réalité ? Difficile de le savoir, et c’est le tour de force d’Evan Glodell, acteur, scénariste, et réalisateur du film, tourné caméra à l’épaule mariant la douceur de la photo, très stylisée, avec de beaux effets (sur les couleurs, des filtres, des ralentis) à la rage du propos. Les acteurs sont tous brillants, mention spéciale au duo Evan Glodell et Jessie Wiseman dont la confrontation fait penser aux étincelles que produirait un bulldozer chargé d’explosif qui déboulerait sur une citerne remplie de liquide inflammable et marque au fer rouge la romance au cinéma.
Très bien écrit et réalisé, magnifiquement joué et mené par une B.O. envoûtante, Bellflower accomplit l’exploit d’être un très bon film pour un budget de seulement 17.000 $ quand des millions de dollars peuvent être dépensées dans des soupes sans saveur. Cette belle claque, autant visuelle qu’au niveau de l’écriture, n’usurpe pas sa réputation de véritable bombe du ciné indépendant américain. On attend maintenant que premier film ait de dignes successeurs. Que ce coup de maître ne soit pas qu’un coup d’essai.

@ Nicolas Cambon

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Crédits photos : UFO Distribution

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