Magazine Bien-être

Dans "l’Île aux enfants" de Caroline Bienaimé.

Publié le 27 janvier 2014 par Montaigu

  Carolineb.photo

Une autre entrepreneuse nous conte son parcours, pas toujours confortable : Caroline Bienaimé, créatrice de "l’Ile aux enfants", halte garderie bilingue.

Quelle mouche vous a piquée ? 

Je suis fille d’entrepreneurs, ma mère a une boutique à La Baule. Très jeune j’ai tenu des commerces saisonniers 7j sur7. A 16 ans, je me suis lancée dans une aventure hasardeuse. Je me suis débrouillée pour débloquer un livret d’épargne que mes parents avaient constitué pour moi. Tout ça pour aller avec un copain acheter à Troyes un stock de t-shirts Ralph Lauren que nous avons vendus au marché de La Baule.  J’ai eu la surprise de voir débarquer le revendeur officiel Ralph Lauren flanqué d’un huissier car persuadés qu’il s’agissait de contrefaçons.

Je suis dotée d’un état d’esprit entrepreneurial et je n’ai jamais eu un profil salarié type. Il me fallait des challenges réguliers. Beaucoup d’idées ont germé en moi sans que j’aille au bout. 

Et puis…Mon fils Eliott est né en 2002. Pour m’occuper de lui, j’avais largué mon job chez Universal.

Je cherchais un mode de garde adapté à ma demande et je ne trouvais rien.

L’idée de monter une garderie privée me trottait dans la tête. J’ai eu la chance de bénéficier d’une ouverture de cet environnement.

Il y a un peu plus de 10 ans, le secteur des halte garderies et des crèches était du domaine exclusif de la mairie : crèches municipales ou associations subventionnées par la mairie et la CAF. Il n’existait pas de crèches privées, au sens propre du terme.

La fondatrice d’Amstramgram, pionnier du genre, a fait un procès à la DASS s’appuyant sur le fait qu’à partir du moment où toutes les règles de conformité étaient réunies, l’administration ne pouvait s’opposer à l’ouverture d’une crèche ou halte garderie au prétexte qu’elle soit privée. Elle a obtenu gain de cause et ce résultat a fait jurisprudence.

Je me suis engouffrée sur ce créneau et j’ai ouvert "l’Ile aux enfants" en novembre 2004 pour offrir aux enfants des activités qu’ils font avec leur maman à la maison. Et "bilingue" parce que je voulais continuer à entretenir mon anglais. Je parle peu anglais avec les enfants, certes,  mais avec les parents et les puéricultrices anglaises.

Autre point où j’ai eu de la chance : je voulais utiliser le nom "l’Ile aux enfants" propriété d’AB productions. Le nom avait été déposé partout sauf… pour les crèches et halte garderies.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie ? 

Je suis devenue chef d’entreprise. Se lancer est une expérience de vie. Il faut une énergie féroce car croire en son projet, clé de la pérennité de son entreprise, nécessite un investissement  non pas à 50 ou 100% mais à 200%. On ne compte pas ses heures et ce faisant on empiète sur le temps dédié à sa famille. Il faut jongler entre la part "entrepreneuse", "maman" et "épouse". Ce n’est pas forcément du goût de tout le monde. Mon entreprise a participé ainsi à la ruine de mon mariage. Mon mari n’a pas supporté ma réussite.

Ensuite j’ai pris des risques. Si je suis la "boss", mes patrons à moi sont mon banquier et l’administration, sans compter mes salariées et leur famille vis-à-vis de qui j’ai une responsabilité. Tous ces éléments sont générateurs d’angoisses qui sont permanentes. Ce sont des valises lourdes à porter. Je ne peux bien évidemment pas en faire état auprès des gens que j’emploie pour qui je suis la locomotive. Si j’arrive pâle et défaite le matin, mon équipe ne suivra pas. Je les laisse donc à la maison où il y a mes enfants. Il me faut me forcer parfois à leur sourire alors  même que je suis dévorée par la peur.

Sans compter bien sûr l’aspect financier. Pendant les 3 premières années, je ne me suis pas versée de salaire. Depuis un an, non plus. Certains jours, il n’y a rien à manger. Mes enfants ont appris à faire des sacrifices. 

Entre l’idée de l’entreprise et la réalité, j’ai appris la différence.

J’avais une vision idyllique en matière de management, notamment. Je pensais qu’exerçant tous le même métier, mes employées et moi, avec une grande proximité, une écoute, les relations seraient fluides. Ce n’est pas possible. Quand j’accorde de la souplesse pour rendre service et pour ce que je crois être momentané, il est en réalité très difficile de revenir en arrière. Si je suis obligée de rappeler les règles, selon la personne en face de moi, je suis taxée de méchante ou de raciste.   Il est en fait nécessaire de conserver une certaine distance et être très ferme. Si je remonte autre chose, ce sera, j’en suis certaine, avec un minimum de personnel.

Néanmoins je ne regrette rien. J’ai besoin de ce défi, de cette adrénaline, inscrits dans mon tempérament.

  

Les bonnes et mauvaises nouvelles 

En France, ce qui est compliqué, est le regard que l’on porte sur la réussite, en général, sur les entrepreneurs et les femmes, en particulier.

Une des conséquences désastreuses et que je n’imaginais pas est mon divorce. Je suis issue d’un milieu provincial avec une image familiale très structurée : mariage pour la vie, plusieurs enfants, la femme dédiée aux enfants et " inférieure" à son mari. Ma réussite a tout fait voler en éclats. Le regard de mon mari sur moi a changé, nous étions en concurrence. 

Ensuite quand une entreprise fonctionne, on devient un voleur qui gagne de l’argent sur le dos de ses salariés. Personne ne prend en compte les risques pris, les angoisses qui nous rongent. Personne ne pensera, bien sûr, que cet argent obtenu durement est un juste retour sur investissement.

Enfin l’administration, la DFPE (ex DASS), porte un jugement négatif sur la garderie privée : à ses yeux, il est indécent de gagner de l’argent en gardant des enfants.

 Pour résumer, il faut être à la limite de  l’inconscience  pour sauter dans cette aventure.

Le mot de la fin : " Eliott", mon fils, par qui tout a commencé.


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