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Disponibilité des habitats

Par Baudouindementen @BuvetteAlpages

Le 7 mai 2013, le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie commandait au Muséum National d’Histoire Naturelle une mission d'expertise collective scientifique sur “L’Ours brun dans les Pyrénées".

Extrait de la 4ème partie : Viabilité de la population actuelle dans les Pyrénées

Disponibilité des habitats

Comme de nombreux grands carnivores, l’Ours brun est une espèce à faible densité qui nécessite de grands espaces pour répondre à ses exigences écologiques. Evaluer quantitativement les habitats disponibles s’avère donc indispensable pour tout programme de maintien ou de restauration de cette espèce. Plusieurs analyses réalisées sur l’Ours brun tendent à montrer que la partie Est des Alpes constituerait un habitat favorable pour accueillir plusieurs centaines d’Ours bruns.
Une analyse sur l’ensemble des Pyrénées a été récemment réalisée pour évaluer à la fois la qualité des habitats disponibles et leur distribution spatiale à deux échelles spatiales différentes et complémentaires en utilisant des données issues de la population des Monts Cantabriques (Espagne).

A large échelle (aire d’étude divisée en pixels de 5x5 km), une approche qui s’appuie sur les modèles source-puits a permis de cartographier la qualité des habitats en fonction des liens supposés entre paramètres démographiques (survie et reproduction) et habitats (Naves et al. 2003). Cette étude ne préjuge pas de la tendance démographique en termes de maintien ou extinction des populations. Elle évalue en revanche la capacité de soutenir une population plus ou moins abondante.
Cette approche conduit à définir en fonction de variables naturelles et anthropiques quatre catégories de qualité d’habitat décroissante :

  • type source (favorable pour la survie et la reproduction),
  • refuge (favorable pour la survie mais pas pour la reproduction),
  • puits attractif (favorable pour la reproduction mais pas pour la survie)
  • puits (défavorable à la fois pour la survie et la reproduction).

On constate que les patrons de sélection de l’habitat à large échelle sont similaires entre les deux populations d’Ours bruns et qu’il est possible de cartographier la qualité des habitats dans les Pyrénées à partir des prédictions du modèle développé dans les Monts Cantabriques. Les habitats de type source correspondent bien à la présence de l’Ours brun avec environ 70% des indices de présence localisés dans cette catégorie d’habitat et 90% des indices de présence de femelles suitées. A large échelle, sur l’ensemble de la zone d’étude des Pyrénées, les habitats les plus favorables de type source couvrent une surface de 12.289 km2.
A une échelle locale (aire d’étude divisée en pixels de 200x200m), un modèle de niche écologique a été développé avec les données de présence des Ours bruns dans les Pyrénées. Le couplage des deux échelles spatiales permet une hiérarchisation plus fine de la qualité de l’habitat. Le modèle de niche écologique montre une bonne adéquation avec le modèle à large échelle : les bons habitats prédits par le premier sont le plus souvent dans les habitats de type source prédit par le second. Ainsi les prédictions par le modèle local permettent une hiérarchisation qualitative des différentes catégories d’habitats. Par exemple, les habitats de type source, les plus importants pour le maintien de l’Ours brun, sont classés en trois groupes : les bons, les moyens et les basiques

9-hierarchisation-des-habitats

Notons que de grandes zones constituées d’habitats sources restent inoccupées et que les Pyrénées pourraient donc accueillir un plus grand nombre d’individus qu’actuellement. La densité actuelle de la population pyrénéenne dans ce type d’habitat est faible avec 0.3 individus /100 km2 pour 2.1 dans les Monts Cantabriques.
En se basant sur la densité de population cantabrique, on peut estimer que les Pyrénées (à la fois sur la France et l’Espagne) ont la capacité d’accueillir au moins cent dix individus d’après la quantité d’habitats type source disponibles. Enfin nous constatons que des habitats de type source permettent de connecter les habitats occupés actuellement par les noyaux central et occidental. Il s’agit donc d’une zone cruciale à gérer afin de permettre l’échange d’individus entre ces deux noyaux.

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