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Objectifs potentiel de conservation

Par Baudouindementen @BuvetteAlpages

Le 7 mai 2013, le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie commandait au Muséum National d’Histoire Naturelle une mission d'expertise collective scientifique sur “L’Ours brun dans les Pyrénées.

Extrait de la 5 ème partie : Stratégie de conservation d’une population viable d’ours bruns dans les Pyrénées

Objectifs potentiel de conservation

i. Considérations légales

La conservation de l’Ours brun dans les pays européens est soumise à plusieurs accords et traités internationaux. Bien que le traité juridique le plus pertinent pour les Etats membres de l’Union Européenne soit la Directive Habitats (92/43/EEC), plusieurs autres textes tels que la Convention Internationale sur le Commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), la Convention sur la Diversité Biologique, la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, et la Convention de Bonn, relative à conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), déterminent également le cadre juridique de la conservation de la nature et de la protection des espèces sauvages.
Concernant l’Ours brun en France, la Convention de Berne (signée en 1979) constitue le traité le plus ancien en vigueur sur la conservation des espèces sauvages à l’échelle de l’Europe. Elle détermine des responsabilités claires concernant le maintien de populations viables de toutes les espèces européennes autochtones. La Convention de Berne ne dispose cependant pas d’un dispositif de sanctions dissuasives ou de mesures fortement incitatives encadrant la mise en œuvre de ses dispositions.
La Directive Habitats fournit un cadre légal similaire mais beaucoup plus contraignant pour la conservation des espèces. Elle fournit un cadre cohérent à l’échelle de toute l’Europe et une vision unifiée pour la conservation de toutes les espèces menacées. Les principaux objectifs de la Directive Habitats sont clairement formulés (art. 2) : ils établissent clairement que l’objectif global est de restaurer et de maintenir la biodiversité dans la Communauté Européenne et de viser un état de conservation favorable des espèces et des habitats. Les articles 12 à 16 portent sur les espèces : les Ours bruns sont listés dans l’annexe II (avec quelques exceptions) et en conséquence les Etats Membres sont tenus de maintenir les populations d’Ours bruns dans un état de conservation favorable tel que défini dans l’art. 1. Le concept d’état de conservation favorable a été abondamment débattu et il reste sujet à une diversité d’interprétations. La Commission Européenne a toutefois approuvé en 2008 un ensemble de lignes directrices sur « les plans de gestion des niveaux de population » (Linnel et al. 2008). Ces lignes directrices clarifient le concept appliqué aux grands carnivores en Europe et constituent le principal texte de référence pour mettre en œuvre le concept d’état de conservation favorable en Europe. Elles déterminent les objectifs des actions de conservation des populations de grands carnivores et fournissent le cadre juridique et technique pour atteindre ces objectifs au niveau de chaque population.

ii. Considérations écologiques

L’aire totale de présence de l’Ours brun dans les Pyrénées est de l’ordre de 3.800 km2. A large échelle, on constate que de grandes zones constituées d’habitats de bonne qualité (type source) restent inoccupées et que les Pyrénées pourraient donc accueillir un plus grand nombre d’individus qu’actuellement. La densité actuelle de la population pyrénéenne dans ce type d’habitat est faible avec 0.3 individus /100 km2 pour 2.1/100 km2 dans les Monts Cantabriques. En se basant sur la densité de population cantabrique, on peut estimer que l’ensemble des Pyrénées (à la fois sur la France et l’Espagne) a la capacité d’accueillir au moins cent dix individus en cumulant les habitats type source bon et moyen qui couvrent une superficie de 6.013 km2 sur l’ensemble des Pyrénées.

iii. Considérations démographiques et génétiques

L’objectif ultime de toute stratégie de conservation espèce centrée est de maintenir la viabilité du système de populations considéré en coexistence avec les activités humaines. Cette viabilité résulte des interactions entre l’écologie de l’espèce, la qualité de l’habitat disponible en prenant en compte les effets anthropiques sur cet habitat ou sur l’espèce ainsi que les fluctuations normales ou catastrophiques de cet habitat, ainsi que les mesures de conservation mises en œuvre (Beissinger & McCullough 2002, Morris & Doak 2002).
Ces facteurs influencent les interactions génotypes, phénotypes, environnements qui in fine affectent positivement ou négativement la viabilité de la population au travers des trois processus de survie, reproduction et dispersion (Hanski et al. 1996, Gilpin 1991).
Le cadre démographique constitue donc un filtre au travers duquel s’expriment tous les facteurs pilotant la viabilité du système considéré. La projection de viabilité dépend cependant de l’échelle spatiale et temporelle considérée.
D’un point de vue spatial, il s’agit ici d’envisager la viabilité de la population pyrénéenne d’Ours bruns dans l’ensemble de son habitat potentiel actuel et futur, tout en considérant le devenir de chacun des noyaux actuels de présence de l’espèce. L’horizon temporel pour ce futur doit se fixer dans les standards internationaux de conservation tels que recommandés par l’UICN (2001, 2012) et soutenus par la commission européenne dans la définition des états favorables de conservation pour les grands carnivores (Linnel et al. 2008).

Il s’agit donc de définir le meilleur état de conservation démographique et génétique possible à terme pour cette espèce en fonction de la disponibilité et la qualité de son habitat potentiel de façon à assurer la viabilité maximale au-delà des horizons temporels usuels de gestion. Les critères listes Rouge incluent le critère synthétique de viabilité (critère E) et les indicateurs de cette viabilité concernant l’effectif d’individus matures (critère D), la surface d’occupation ou d’occurrence (critère B). Pour rappel, selon l’ensemble de ces critères la population d’Ours des Pyrénées est actuellement considérée comme ‘en danger critique’.
L’habitat futur disponible (critère B UICN) tel qu’évalué précédemment fournit une perspective de plus de 6.000 km² de zone d’occupation sans fragmentation sévère pour des habitats de plus grande qualité et de plus de 12.000 km² si l’on inclut les habitats de moindre qualité ce qui dans les deux cas est suffisamment favorable pour une classification en préoccupation mineure sur ce critère.
L’effectif mature espéré (critère D UICN) se situe aux environs de 110 individus (Martin et al. 2012b) dont 94 matures en hypothèse basse ce qui permettra de passer, sur ce critère, de la catégorie ‘en danger critique’ à la catégorie ‘en danger’. Si l’on considère les potentialités d’habitats les plus larges, un effectif de 258 individus dont 220 matures peut être atteint. Il mènerait à une catégorisation ‘en danger’ mais proche du seuil ‘vulnérable’ de la population pyrénéenne. Les possibilités de connections futures avec d’autres populations (par exemple celle des monts cantabrique) semblent, en l’état, limitées ce qui ne permet pas d’améliorer significativement cette perspective.
Le critère global de viabilité (critère E UICN), qui de fait résulte de tous les autres facteurs (effectifs, distribution spatiale etc…) fait référence pour une ‘préoccupation mineure’ à un seuil de 10% de risque d’extinction à 100 ans sur l’ensemble pyrénéen.

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