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[Critique] DALLAS BUYERS CLUB

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] DALLAS BUYERS CLUB

Titre original : Dallas Buyers Club

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Jean-Marc Vallée
Distribution : Matthew McConaughey, Jennifer Garner, Jared Leto, Steve Zahn, Denis O’Hare, Dallas Roberts, Griffin Dunne, Michael O’Neill, Kevin Rankin…
Genre : Drame/Biopic
Date de sortie : 29 janvier 2014

Le Pitch :
Dallas, 1986 : Ron Woodroof, 35 ans, est un cow-boy, un vrai. Il aime le rodéo, qu’il pratique assidument, le whisky, la cocaïne et les femmes. Plus ou moins raciste, c’est également un homophobe convaincu. Un jour, après un malaise, un médecin diagnostique le sida à Woodroof, avec une espérance de vie d’un mois. Tout d’abord incrédule, Ron doit se rendre à l’évidence, devant la progression de la maladie qui l’affaiblit de jour en jour. Décidé à ne pas se laisser abattre si facilement, il refuse de se heurter à l’impuissance du corps médical américain, et décide de se tourner vers des traitements alternatifs non approuvés qu’il va chercher à l’étranger. Au fil du temps, Woodroof rassemble d’autres malades et crée le Dallas Buyers Club, qui fournit ces médicaments à ses adhérents. Le succès est vite au rendez-vous et place Woodroof et son organisation dans la ligne de mire des autorités. Histoire vraie…

La Critique :
Matthew McConaughey a encore frappé ! Ce type est tout simplement incroyable. Depuis La Défense Lincoln, qui marque le début de sa chevauchée flamboyante, rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter. De film en film, le bougre impressionne et prend à revers. Il trouve à chaque fois le ton juste, frappe dans le mille, ne se répète jamais et rayonne dans des œuvres qui instantanément, rentrent dans la légende. L’ex-playboy abonné aux trucs du genre Comment se faire larguer en 10 leçons, Playboy à saisir ou le lamentable Hanté par ses ex est ainsi passé à la vitesse supérieure, en enchaînant coup sur coup, Magic Mike, Killer Joe, Mud, Le Loup de Wall Street et Dallas Buyers Club. Même dans le pourtant pas terrible Paperboy il s’en sort avec les honneurs. Incroyable. Entre temps, McConaughey a aussi trouvé moyen de produire la série HBO True Detective, en apparaissant également au générique aux côtés de son pote Woody Harrelson. Une série où il brille de mille feux en campant un enquêteur virtuose et torturé à la poursuite d’un tueur en série, dans la chaleur moite de la Louisiane.
Il apparaît logique de commencer par lui quand on entend capturer la puissance évocatrice de Dallas Buyers Club. Là encore, McConaughey s’est investi à fond. Présent à la production, c’est lui qui a embauché le réalisateur québécois Jean-Marc Vallée (populaire pour son excellent C.R.A.Z.Y.), après que quelques autres se soient cassés les dents sur le projet. C’est lui qui a maintenu le film à flot en révisant son salaire à la baisse et en misant ses propres dollars. C’est donc lui qui porte le film. Au propre comme au figuré. Et ce film justement, parlons-en !

L’incroyable histoire de Ron Woodroof demandait un maximum de prudence. Comment parvenir à saisir la signification de sa démarche sans dénaturer le personnage ? Comment dessiner à l’écran une personnalité aussi complexe et rendre ainsi authentique sa rédemption et son combat pour la vie et la justice, sans céder aux clichés ?
Au départ, on nous présente un type assez détestable. Un queutard dégueulasse, alcoolo, fan de rodéo. Un pur produit de l’Amérique White Trash. Un fier redneck qui pue la sueur et le bourbon bon marché. Un homophobe virulent doublé d’un macho hardcore qui flirte constamment avec un racisme latent. Le jour où il chope le sida, après la coucherie sordide de trop, il devient le vilain petit canard. Ses potes sont comme lui : gavés de préjugés. Des préjugés sur le sida qui en 1986 est une maladie d’homosexuels et de junkies. Pour eux, Ron est homo et donc indésirable. On peut attraper le sida rien qu’en le touchant. À l’hôpital, les docteurs portent d’ailleurs des masques pour lui parler. Le sida commence son ouvrage morbide et personne ne sait de quoi il est fait. Réunis dans les bas-fonds des villes où ils débattent des traitements, les malades sont mis à l’écart et traités avec dédain et dégout. Woodroof lui, refuse cet état de fait. Il refuse que les docteurs prescrivent un médicament qui fait plus de mal que de bien et cherche une solution. Une quête qui le mènera à exporter des traitements de l’étranger, plus efficaces, et à ouvrir le Dallas Buyers Club. Un lieu inspiré d’un concept qui cartonne à l’époque et qui permit à de nombreux malades d’allonger considérablement leur espérance de vie. Woodroof y compris, malgré les pronostics alarmistes initiaux des spécialistes.

Il convenait de marcher sur des œufs donc, pour ne pas tomber dans la démagogie. Pour raconter avec sincérité et sobriété la transformation de Woodroof qui est passé -en gros- d’égoïste intolérant à philanthrope concerné et généreux. Une histoire tellement incroyable qu’elle ne pouvait pas échapper au cinéma. Coup de bol, Jean-Marc Vallée, McConaughey, les autres acteurs, et les scénaristes Craig Borten et Melisa Wallack ont tout compris, et leur long-métrage est un petit miracle de cinéma, même si il n’évite pas tous les lieux communs inhérents à sa condition presque (et fatalement) pré-définie de bête à Oscars.
À aucun moment Dallas Buyers Club ne se vautre dans la complaisance. Si la comparaison avec Philadelphia est facile, elle est tout à l’honneur du film, car il arrive à se démarquer et à raconter sa propre histoire. Même refrain avec les performances stupéfiantes de Matthew McConaughey et de Jared Leto qui transpirent la sincérité et le respect pour les personnes auxquelles ils prêtent leurs traits. Des traits décharnés (-22 kg pour le premier et -25 pour le second) qui servent la crédibilité de leur démarche mais qui jamais ne font de l’ombre à la performance. Des acteurs qui s’effacent totalement derrière leur rôle. De quoi regretter l’absence ces dernières années de Jared Leto, décidément un comédien exceptionnel, en ce moment plus porté sur la musique avec son groupe 30 Seconds to Mars. Et c’est tout aussi valable pour la méritante Jennifer Garner. Une actrice rare, et rarement louée pour son talent, qui parvient à exister sans se réfugier dans l’ombre rassurante de ses deux partenaires.

Si Dallas Buyers Club est aussi réussi, c’est également grâce à l’angle d’attaque choisi. Quand il reçut son Golden Globes (amplement mérité cela va sans dire), Matthew McConaughey termina son discours en soulignant que ce film ne parlait pas de la mort mais bel et bien de la vie. Dallas Buyers Club contient bien sûr quelques passages vraiment tristes. On pleure, c’est certain, mais jamais très longtemps. À l’image de Ron Woodroof, le long-métrage a plus d’un tour dans son sac et le rire n’est jamais bien loin. Une recette savamment dosée qui permet à l’œuvre de faire place à un espoir vibrant. En résulte une ode à la vie. Une fable narrant le combat d’un homme pour sa survie et pour celle de ses semblables, en lutte contre un gouvernement largué et contre une maladie terrible.
Dallas Buyers Club raconte une partie de l’histoire de notre société, à travers le prisme d’un homme ordinaire qui devient extraordinaire sous la pression de la maladie. Il le fait avec une pertinence pénétrante et un bon sens qui forcent le respect et qui appellent l’empathie la plus totale. Peut-être tente-t-il d’en raconter trop. En parlant à la fois du sida, du scandale de l’industrie pharmaceutique, de la communauté gay, de l’homophobie, ou encore de l’addiction, il survole peut-être un peu, mais c’est finalement un détail tant le résultat final reste cohérent et éloquent.
Passionnant de bout en bout, mis en scène avec pudeur, force et audace (la lumière est par exemple 100% naturelle), quitte à avoir recours à de petits tics un peu gênants à la longue, Dallas Buyers Club ne s’apitoie pas sur ses personnages que le sida a transformé en résistants. À leur tête, un homme qui a changé la donne. Son histoire est saisissante et le film qui la raconte mémorable.

@ Gilles Rolland

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Crédits photos UGC Distribution

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