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Nymphomaniac part 1&2

Publié le 01 février 2014 par Picotcamille @PicotCamille

Le BFF est fan de Lars Von Trier. Il est aussi en adoration devant Charlotte Gainsbourg. Alors allez voir Nyphomaniac était plus qu'une évidence.

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D'abord il y a cette magnifique séquence d'ouverture. D'abord un son d'eau qui coule contre de la tôle. Puis le silence et l'image, la neige qui tombe sur un batiment de briques rouge. Puis on tombe sur Joe (Charlotte Gainsbourg), couché sur le sol, du sang sur le visage. La musique de Rammstein déboule sur un vieux monsieur mettant son écharpe, se préparant à sortir. Il passe devant la ruelle où se trouve Joe, d'abord sans la voir puis à son retour il l'aperçoit. Il l'invitera à se reposer chez lui, elle lui racontera son histoire. Celle d'une nymphomane.

D'abord un mot sur le director's cut, raccourcis par le producteur et dont Lars Von Trier se dédouane dès le début avec un encart. Qu'est ce qu'on nous cache? Les scènes les plus hards seulement? Qui enlèveraient 1h30 de film? Des fois c'est à croire que c'est un boucher armé d'une machette qui a fait le découpage. L'image saute tellement que c'est à se demander si celui qui a fais ça n'a pas voulu souligner, surligner, fluoter que LÀ il a coupé! Et puis après à savoir ce que ça change dans le résultat, il me faudra visionner la version de Lars Von Trier.

L'histoire de Joe se découpe en huit chapitres. Ce qui est intéressant c'est de voir la vision que Joe a d'elle-même, foncièrement négative, comparé à celle de Seligman (Stellan Skarsgård) qui raccorde à chaque fait une anecdote, une explication, une information qui rend l'acte moins coupable, voire carrément légitime. Par exemple quand Joe et son amie B parcourent un train afin de trouver le plus d'hommes à se faire dans les toilettes, Seligman fait un parallèle simple avec un pécheur qui remontrait la rivière pour trouver l'endroit où sont les meilleurs proies. De salopes, elle passe à chasseresse experte.

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La relation entre Seligman et Joe est intéressante. Comme dans un confessionnal officieux, Joe raconte son histoire, qui n'est autre que la longue liste de ses pêchés. Sans en avoir honte, mais il me semble, avec la volonté de choquer ce vieux monsieur seul qui vit comme un moine (je crois d'ailleurs qu'ils y font allusion dans le film). Une partie du film pourrait se résumer ainsi comme l'expiation d'une nymphomane par son antagoniste. Il y a plusieurs références à la religion dans le film. Un rapport avec le sexe comme profession de foi?

Nymphomaniac est un film qui pose pas mal de questions autant techniques qu'artistiques. D'abord sur le changement des acteurs. Il y a trois interprètes pour Joe, deux pour Jérôme. Il y a bien entendu un premier critère d'âge qui fait changer d'interprètes mais je ne pense pas que. Car au moment où l'on voit la première fois Joe/Charlotte comme personnage de l'histoire qu'elle raconte; elle partage la scène avec Jérôme/Shia. Pourtant plus tard quand nous retrouvons Jérôme, ce n'est plus le même acteur mais un Jérôme plus vieux, interprété par Michael Pas. Il y a une scène de confrontation vers la toute fin du film entre Joe/Charlotte et Jérôme/Michael, et ça m'a fait bizarre, parce que même si mon cerveaux avait comprit que "oui c'était Jérôme", le fait qu'on ait peu vu Jérôme sous les traits de Michael et bien j'avais du mal à faire le lien. Surtout que pour tirer un peu les choses par les cheveux, Joe est sensée être un peu plus jeune que Jérôme. Donc la scène entre Joe/Charlotte et Jérôme/Shia, ben pourquoi? Est-ce que Lars Von Trier considère que ces personnages "vieillissent" à la suite d'une prise de conscience? de la fin d'un sentiment? Et que, par conséquent, la différence entre la Joe/Stacy et la Joe/Charlotte, comme entre le Jérôme/Shia et le Jérôme/Michael, serai la fin de l'amour? A méditer.

Nymphomaniac est un film audacieux. Qui prend des libertés tant sur la compositions (le montage juste magnifique du début du premier film, le split screen sur Bach) que sur l'histoire. J'avais peur avant d'y aller. Peur de tomber sur un film dont la seule vertu était de choquer la bourgeoise (j'en ai longuement parlé dans 8 femmes) en faisant subir à ces personnages le pire, juste dans ce but: choquer. Et bien j'ai été surprise et en bien. Il y a une sorte de tendresse dans ce film. Car ce film parle d'une fille, que la société met à l'écart à cause de sa névrose. Je ne sais pas si le terme névrose est approprié. Parce que nous sommes tous névrosés. Car au final le film nous démontre que ce n'est pas cette fille qui est un problème, c'est la société qui n'arrive pas à l'assimiler. Je pense que le fait que ça touche au sexe, est encore plus difficile.

Il y a à mon avis deux fins dans le film. La première est la libération de Joe, sa déculpabilisation. Avec ces paroles qui feraient s'étouffer un adepte de la théorie du genre "Vous avez simplement vécu votre vie comme un homme". Rédemption. Puis il y a la suite. Ce n'est pas que ça m'a déçue mais on passe en deux minutes de la lumière (fin heureuse) aux ténèbres (tragique). D'où cette question, est ce que Lars Von Trier pense que nous pouvons nous en sortir? Car après avoir passé quasiment 4 heures à magnifier ces deux personnages, Joe et Seligman, il l'ai fait retomber encore plus bas qu'il n'étaient.

J'ai aimé Nymphomaniac, car il me pose pleins de question, et c'est ce que j'attends d'un film qu'il me questionne sur mon quotidien. Et là c'est carton plein, parce qu'il tombe super juste, aurai-t-on traité Joe pareil si elle avait été un homme? Rien que le choix de son prénom pose cette question. Et ça me touche d'autant plus, que c'est un sujet non seulement très présent dans l'humanité mais qui me travaille assez personnellement ces derniers temps. Puis-je être considérée comme un individu avant qu'on m'enferme dans une case trop étroite de fille ou garçon? Je pense vous faire une note là dessus, suite à ma lecture du très intéressant livre de Mona Chollet, Beauté Fatale, les nouveaux visages d'une aliénation féminine. Mais c'est un sujet qui est dans l'air du temps il me semble, à moins que j'y sois juste particulièrement sensible, pour preuve cette note de Diglee que je trouve très juste.

Allez je vous laisse, j'ai Les pièces en un acte de Tchekhov et Osez la sodomie de Coralie Trinh Thi à finir.


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