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La bande dessinée au cinéma

Par La Nuit Du Blogueur @NuitduBlogueur

Dans la bande dessinée, comme au cinéma, il y a un scénario, des plans, et du montage. En bien des manières les deux arts se ressemblent, et bien souvent les deux se sont confondus, se sont nourris l’un l’autre.

S’il semblait important d’aborder ce sujet pour notre deuxième "Sujet du mois", c’est que la question de l’adaptation au cinéma est fréquente. Si le cinéma est un art total, il est indéniable de considérer que celui-ci est aussi la somme de références, et d’inspirations venant de tous les autres arts. Il est intéressant de constater que la bande dessinée est elle aussi un art inspiré, trouvant ses origines dans d’autres arts comme le dessin, la peinture, la littérature, et même parfois dans le cinéma lui-même. Et c’est parce qu’elle se construit par un scénario, des plans, un montage, et même par la recherche d’une rythmique propre, bien qu’elle ne soit pas "dotée" du mouvement qui est la spécificité du septième art, que le cinéma s’en est récemment emparé.

C’est cette recherche récente et donc abondante qui nous intéresse dans la rédaction de ce Sujet. Plus que le divertissement populaire que Hollywood a fait de l’adaptation de son patrimoine "comics", c’est l’approche purement artistique et "auteuriste" qui nous intéresse particulièrement. Comment un auteur de cinéma reprend-t-il à son compte, avec ses spécificités, l’œuvre d’un auteur de bandes dessinées ? Comment adopte-t-il la vision de son confrère ? Et qu’est-ce que le cinéma apporte, ou ne réussit pas à apporter, à ces histoires d’abord couchées sur papier ? Comment un art du découpage comme la bande dessinée est-il traité par l’art du mouvement, le cinéma ?

Plusieurs réponses sont possibles, plusieurs approches ont été tentées. Et il nous a semblé essentiel de réduire le spectre de l’interpénétration des deux activités artistiques à l’étude de quelques cas d’adaptations d’œuvres dessinées en œuvres cinématographiques. Il nous semblait impossible de traiter largement des relations entre ces deux sphères en seulement quelques articles, les auteurs de cinéma s’étant souvent inspirés, nourris, de la bande dessinée, et les auteurs de bandes dessinées ayant parfois, de leur côté, fait le pas vers le cinéma ou la télévision et inversement.

Un scénariste comme Van Hamme (XIII, Thorgal, ou encore Largo Winch) travaillait d’abord pour la télévision belge avant d’écrire quelques unes des meilleurs bandes dessinées belges de ces dernières années, en y trouvant notamment l’opportunité d’y développer plus profondément des univers, car instaurant un rythme de récit et de lecture plus distendu dans le temps. À l’inverse, un des grand réalisateurs post-surréalisme des années 1960-70, inspiré par les mouvances hippies, Alejandro Jodorowsky, a quitté le cinéma, trop contraignant à son goût, pour travailler et approfondir son univers décalé dans la plus grande liberté d’imagination que lui offrait la bande dessinée. Il signera par la suite ce qui reste certainement aujourd’hui la plus grande œuvre dessinée de science-fiction, L’Incal, avec Moebius, qui a lui aussi inspiré de nombreux réalisateurs, comme Ridley Scott pour Alien ou Blade Runner. Moebius inspirera un autre très grand dessinateur de bandes dessinées de science-fiction française, Enki Bilal, qui lui-même réalisera par la suite quelques films ou travaillera avec Resnais, grand réalisateur français inspiré par la bande dessinée et son esthétique. Les connexions sont multiples, diverses, variées, trop pour toutes les traiter en seulement quelques articles. 

Il faut remarquer avant de vous laisser à la lecture de nos articles qu’une constante revient dans chacun d’entre eux. Chacun d’entre nous, ayant choisi son sujet d’article indépendamment, en répondant à la problématique de l’adaptation de la bande dessinée au cinéma, a répondu à une autre problématique qui aurait pu nous paraître évidente : celle de l’inspiration visuelle de chacun des réalisateurs.

Dans notre approche, si la bande dessinée est adaptée au cinéma, c’est qu’en retour du mouvement et du rythme qu’apporte le septième des arts au neuvième, celle-ci apporte son graphisme différent, nouveau pour les cinéastes qui y trouvent une nouvelle manière de mettre en scène. Zack Snyder, dont Larry Gopnick nous offre son analyse de l’adaptation de Watchmen d’Alan Moore, en est le parfait exemple : il est LE réalisateur actuel dont toute l’imagerie a été inspirée par les grands auteurs de romans graphiques américains (Moore et Franck Miller). L’adaptation de Tintin par Spielberg est aussi un exemple d’une adaptation réussie car respectant les codes graphiques de la ligne claire de l’école belge de Hergé.

Ce sont des exemples et beaucoup d’autres auraient pu être développés, comme la réussite de Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre pour lequel Alain Chabat a réussi là où les autres adaptation de la bande dessinée d’Uderzo et Goscinny ont échoué : retrouver l’esprit de l’œuvre originale tout en y apportant un humour contemporain et donc un souffle nouveau. Nos choix ne sont pas exhaustifs, mais personnels, et peut-être celui d’entre nous qui le souhaitera pourra aborder à nouveau ce sujet fort intéressant dans notre rubrique "Focus".

En attendant, je vous invite à entrer dans ces deux univers parallèles par les portes que nous entrebâillons aujourd’hui pour vous, en espérant que nous vous donnerons l’envie de les ouvrir complètement.

Simon Bracquemart


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