Parmi les richesses dont août nous inonde, il y a les bleuets, bien sûr. Mais on retrouve également le
Rubus idaeus L. – ça vous en bouche un coin, hein !? À moi aussi, avant que je lise sous l’appellation latine et savante : framboisier sauvage. Qui d’entre nous, enfants et adultes, n’est jamais allé cueillir ce petit fruit bulbeux, charnu, rouge ou rosâtre ? Il suit les fraises dans la saison et chevauche le début de la cueillette des bleuets. Pour ne pas les trouver, il faudrait vraiment faire exprès. Il y en a partout où des terrains ouverts lui permettent de croître sans qu’une végétation plus robuste ne l’écrase : dans les clairières perdues des forêts – où les ours noirs s’en repaissent –, tout comme le long des routes, le long des clôtures qui quadrillent les pâturages, dans les brûlés, dans les anciennes coupes forestières, sur des sols plats ou pentus, aux trécarrés, à l’orée des bois… Les framboises s’offrent. On les dégustera en tartes chaudes, aux pointes couronnées d’une boule de crème glacée, en coulis, toutes nues dans des céréales, en renversés… Comme en d’autres domaines, seule l’imagination limite la gourmandise.
Hier, dans le rang Saint-Jean-Baptiste, entre Chicoutimi et La Baie, je cueillais consciencieusement ces fruits juteux. Il n’était que neuf heures, mais déjà le soleil tapait dur. Autour de moi, les faux bourdons, les abeilles et les guêpes vrombissaient entre les enfants qui se disputaient le prix du cueilleur le plus rapide. Au bout de ma talle, j’ai grimpé un raidillon jusqu’à un étroit plateau rocheux, où s’excitait un volatile qui lançait des kill-dîâ forts, insistants, répétés, et des dî-dî-dî plaintifs, tout en effectuant, à mes pieds, une ronde endiablée, tournant en cercle, aile gauche traînant au sol – comme si, blessé, il m’avait invité à le poursuivre. Un Pluvier Kildir. Un oiseau de la grosseur d’un merle, monté sur de longues pattes jaunâtres. Facilement reconnaissable à son plastron blanc, aux deux colliers noirs qui lui barrent la falle et à son croupion cannelle, qu’on peut apercevoir lorsqu’il prend son envol. Facilement identifiable, aussi, par son comportement : un agité perpétuel. Je n’ai jamais observé un pluvier qui déambulait normalement. Cet inquiet chronique court, hoche la tête et lance sans cesse ses cris étourdissants.

Particularité : lorsqu’un intrus s’approche de son nid, il mime l’oiseau blessé à l’aile. Pour éloigner le prédateur de sa couvée, il s’offre lui-même comme proie.
Un instinct parental à admirer…
L’AUTEUR…
Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon

