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Etrange pouvoir

Publié le 15 février 2014 par Lonewolf

Je haïs ce monde, du plus profond de mes tripes, de toute mon âme. Depuis le grand cataclysme, je me terre. Voyageant de poche de résistance en poche de résistance. L’épidémie s’est déployée comme une traînée de poudre. Peut-être quelque chose avait-il été répandu sur toute la planète avant l’étincelle qui avait tout déclenché. Si l’on m’avait dit que le monde finirait ainsi, j’aurais pensé que la personne était bonne pour la camisole. Mais désormais il n’y a plus rien à faire. Les dernières défenses tombent petit à petit. La fin est proche, ils sont là dehors, je les entends. Si j’écris ces quelques lignes c’est principalement pour laisser une trace. Je suis peut être le dernier encore vivant. Du moins le dernier qui ne soit pas contaminé.

Si un jour quelqu’un lit ce message il faut que vous compreniez bien. Le jour du cataclysme tout allait bien, rien ne laissait présager quoi que ce soit. J’étais assis sous le porche de ma véranda. Je regardais les enfants des voisins faire leurs bêtises habituelles. Je n’aime pas les enfants. Je n’aime pas plus les voisins à vrai dire. Je n’aime personne serait un bon résumé. Bref j’étais assis tranquillement mon journal sur les genoux et Marty à mes pieds. Marty était mon chien. Il a été pris par l’épidémie lui aussi et je n’ai rien pu faire. Les petits Mulligan étaient en train de bricoler une de leur superbe invention sur le gazon de leur maison. A les entendre piailler et s’exciter je pensais qu’ils devaient avoir dépassé encore les bornes de leur propre bêtise. Lorsque le plus grand sortit des allumettes j’avais pris la décision de me réfugier à l’intérieur. Immanquablement ils allaient encore réussir à mettre du bazar partout dans la rue voir même sur mon magnifique gazon. Afin de leur faire peur, je fis jouer la culasse de mon fusil bruyamment.

Par le passé j’avais déjà utilisé Betsy (ma carabine) sur une de leur si fertile création. Et ils connaissaient le bruit. La preuve ils levèrent le nez vers ma fenêtre, et je vis le petit se brûler le bout des doigts avec son allumette. J’avoue avoir souri à l’idée que j’avais réussi à leur imposer la peur. Dire qu’ils ont été emportés par l’épidémie aussi… Enfin revenons à ce jour-là. Il y a eu un grand bruit dehors. Très étrange, comme une explosion ou quelque chose approchant. Imaginant que les petits Mulligan étaient responsables, je jetais un coup d’œil par la fenêtre. Mais au lieu de ça je les vis planté au milieu du gazon le nez levé vers le ciel. Ils étaient figés. Au point que j’ai cru qu’ils étaient devenus des statues. Ils sont restés ainsi quelques instants avant de reprendre leurs esprits. Puis ils se sont regardés, et se sont embrassés. Je me suis demandé ce qui avait pu les effrayer à ce point. Je n’avais pas conscience que l’épidémie avait déjà pris corps en eux. J’allumais la télé, toutes les chaines ne parlaient que de cette foutue explosion. Elle avait été entendue et vue dans le monde entier. Quand je dis vue, c’est parce que les images montraient ce qui s’était produit. Une sorte de grosse boule bleue entourée d’un halo orangé.

Impossible d’en savoir plus. Je suis d’un naturel méfiant, les enfants semblaient plein de bons sentiments ce jour-là. Ils allaient de porte en porte dans tout le quartier. Embrassant tous les habitants et leurs parlant. J’avais une besace, j’y fourrais quelques boites de conserve, je pris mon fusil et des cartouches et je sortis par derrière. Passant sous ma clôture où j’avais installé quelques planches amovibles je rejoignais ma voiture. Ce ne sont pas les petits qui m’avaient convaincus de m’enfuir. Mais cette explosion ne me disait rien qui vaille. Je crois que j’ai pensé qu’une guerre atomique venait d’être déclarée. Avec Marty nous sommes montés dans la camionnette et j’ai pris la route. Comme à son habitude Marty est monté à l’arrière du pickup. Moi j’avais fermé toutes les fenêtres. Eteint la climatisation. Je ne voulais pas que d’éventuelles retombées puissent m’atteindre.

Quelques rues plus loin j’ai eu l’impression d’avoir une vision de l’apocalypse. Les rues étaient désertes, les voitures abandonnées. La ville semblait morte. Quelques véhicules étaient encastrés les uns dans les autres. Et j’entendais parfois des pneus crisser. Un vent de folie semblait régner alentour. A un croisement j’arrêtais le pickup pour tenter de trouver une radio qui aurait pu me donner des nouvelles. Un homme est sorti de sous un porche. Il souriait mais s’approchait étrangement de la voiture. Je fermais la portière de l’intérieur. Il se mit à tambouriner contre la vitre. Son sourire était étrange, en contradiction totale avec ses coups violents. Marty s’est mis à aboyer depuis le plateau. L’homme s’est arrêté et s’est approché de lui. Marty n’est pas méchant. L’homme l’a pris dans ses bras et l’a embrassé. Marty s’est laissé faire. Descendant de la camionnette il s’est mis à le suivre. Le pauvre type est revenu vers ma vitre. J’ai eu peur. J’ai démarré en trombe manquant le renverser.

Je me suis mis à accélérer tant et si bien que j’ai atteint les limites de la ville très rapidement. La radio parlait d’une étrange épidémie qui se répandait incroyablement vite. Toute la planète semblait touchée. Mais avant d’avoir des détails les stations de radio ont commencées à sombrer dans le silence. J’avais beau tenter toutes les fréquences je n’obtenais plus rien. J’atteignais rapidement la route qui menait à mon petit chalet. Je m’y engageais en vérifiant que je n’avais pas été suivi. Cette vieille bicoque de planches vermoulues est installée sur le versant d’une forêt donnant sur un lac. Loin de tout j’y venais souvent pour trouver le calme que la ville me refusait. Vérifiant que tout semblait en ordre je m’installais rapidement et m’enfermait à double tour. J’y suis resté plusieurs jours, combien exactement je ne saurais le dire. Sans nouvelles de l’extérieur j’ai rapidement perdu le compte. Surtout qu’au début je n’osais pas dormir la nuit. Je me suis retrouvé bien vite à cours de nourriture. J’ai dû reprendre la voiture et la route…

Je ne savais pas trop où aller. A la première station-service que j’ai rencontrée, j’ai fait le plein. Il n’y avait pas âme qui vive alentour. J’ai laissé quelques dollars sur la pompe et je me suis enfui sans chercher plus loin. J’ai ensuite découvert un refuge comme j’en ai croisé plusieurs depuis. Des hommes et des femmes qui n’étaient pas atteints par l’épidémie vivaient enfermés dans une place fortifiée. Le monde avait changé, les infestés étaient de plus en plus nombreux. Plus rien ne fonctionnait, le monde tournait au ralenti et il devenait de plus en plus difficile de trouver à manger. Les infestés eux semblaient ne pas avoir besoin de se nourrir. Peut-être peut-on vivre d’amour et d’eau fraiche? En tous les cas personne ne savait quel était leur régime alimentaire ni même s’ils ne mourraient pas de ne pas manger. D’ailleurs la seule chose que j’ai pu apprendre c’est qu’ils semblaient atteints d’une béatitude telle qu’ils souriaient tout le temps. La contagion se propageant par leurs baisers maudits. Il suffisait d’un baiser sur une portion de peau dénudée pour être contaminé. Qui se méfie d’un baiser? Voilà pourquoi la contamination a été si rapide…

Surtout que dans les refuges certains avaient perdu un enfant, un mari, bref lorsqu’ils approchaient souriant et les bras ouverts, il suffisait qu’une personne craque pour que tout le refuge soit compromis en quelques heures. Pour ma part je ne me suis jamais arrêté plus que nécessaire pour recharger en nourriture et essence avant de repartir. Mais depuis deux jours je suis à pied. Plus d’essence, plus de refuges. Plus d’humains alentour… Ce matin j’ai failli me faire avoir, je ne sais comment mais Marty m’a retrouvé. Lorsque je l’ai vu je me suis figé. Il s’est approché maigre, décharné mais je savais que c’était lui, il voulait me lécher la main. Je l’ai abattu. Je n’ai plus de balles, plus de nourriture et ils sont derrière la porte de cette vieille maison branlante. Il faut que j’essaye de sortir. Je ne veux pas mourir ici, je préfère mourir en me battant. Parce que malgré leurs sourires, ils sont agressifs, ils sont même terriblement violents. J’espère que ce message me survivra…

-   C’est ainsi que se termine le témoignage de Jébédiah Carlsson. Si nous l’étudions aujourd’hui c’est parce qu’il a été le sauveur de notre monde. Prenez vos cahiers nous allons noter comment.

Lorsque Jébédiah sortit de sa cachette, le premier infecté à se jeter sur lui n’a pas réussi à le toucher. D’ailleurs il pensait arriver à se glisser entre deux infectés quand il a senti un baiser sur sa main. Il s’est rendu compte d’une brûlure étrange et l’infecté à côté de lui s’est mis à hurler de douleur. Un juron est sorti de sa gorge, un de ceux qu’affectionnait Jébédiah. Puis l’homme s’est retourné apeuré par la présence de tous les infectés autour d’eux. Mais petit à petit le pouvoir de Jébédiah, sa haine viscérale des hommes s’est propagée, d’infecté en infecté comme une sorte d’antiviral. On a souvent parlé du pouvoir de l’amour dans les histoires pour enfant, mais jamais du pouvoir de la haine. Et ce pouvoir a permis de lutter contre ce fléau qui aurait dû détruire l’espèce humaine. Vous êtes tous les enfants de la haine, les enfants de Jébédiah. Grâce à son pouvoir contre nature, il a soigné les infectés et tous ceux qu’il a guéri se sont transformés à leur tour en guérisseurs. Voilà comment l’épidémie qui aurait dû décimer l’espèce humaine s’est arrêtée.

-   Madame?

-   Oui Marcus?

-   Pourquoi les superhéros ils ont toujours des pouvoirs bénéfiques, des trucs qui font du bien aux gens? Et pourquoi le seul vrai héros de notre monde il était méchant?

-   C’est une bonne question Marcus, je ne sais pas si Jébédiah était méchant. Mais il n’aimait personne, et c’est ce manque d’amour qui a permis à la vie de continuer et à l’amour de renaitre sans être corrompu. Comme lorsque dans la nature il faut que la vie meure pour donner à nouveau vie…


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